‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 180 sur 224 · Mémoires (le la Comtesse de lioijfiie, I. p · texte numérisé non relu

Mémoires (le la Comtesse de lioijfiie, I. p

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France, au mois de juin? — Mais, Monseij^neur, répondait l'autre, après avoir mûrement réfléchi, je n'y vois pas d'inconvénient. »

Montyon connut-il, lui aussi, les partis pris outranciers, les attitudes extravagantes? Professa-t-il ces opinions « qui mettaient le comble à la déraison » ? On doit en douter a priori, lorsqu'on a éprouvé comme nous, depuis lonj^temps, l'indépendance de son caractère et la liberté de ses juj,^ements ; d'après certaine lettre qu'il écrivit à sa vieille amie de Lausanne, Madame de Sévery, à la date du 13 mai 1794, on peut même conjecturer qu'il aperçut très vite sur quelle pente glissaient les compagnons de son exil et que le ridicule était au bas. Parlant de J.allv-Tollendal. et faisant allusion aux incroyables persécutions dont celui-ci devenait victime, de la part des royalistes, il dit, en elTet : « Je ne puis vous mander beaucoup de nouvelles de M. de Lally. Il est retiré dans un village, pi'ès de Londres, avec Madame d'Hénin. On le voit peu, ou plutôt, on ne le voit pas, dans les sociétés françaises de Londres parce qu'on est ici fort inquiété et qu'on ne pardonne pas \e?, erreurs '. »

Toutefois, de ce qu'il ne fut point un ultra, on aurait tort de conclure que notre émigré devint lui aussi un monarchien, et ceux qui n'ont pas hésité devant cette conclusion se sont g-rossièrement trompés -. Son passé lui défendait de servir un autre parti que celui de la royauté absolue. Le rédacteur du Mémoire des Princes s éiaii interdit, par avance, toute adhésion aux doctrines d'un Malouel ou d'un Montlosier. Et même dans le cas où son séjour en Suisse et ses relations avec les hommes de ce pays lui eussent suggéré des sentiments libéraux, sa dig^nité ne lui aurait guère permis de les publier. Le vrai semble

1. Aloys de Molin, op. cit., p. 61. Le mol erreurs a été soulij^né par Moiityoïi. On sait que les erreurs de ce pauvre Lally-Tollendal étaient d'avoir fait partie, aux Etats Généraux, de la minorité de la noblesse, et d'être passé avec elle au Tiers Etat, puis d'avoir formé dans la Constituante avec Malouel, Mounier, de Montlosier, etc., le parti des monarchistes conslitulionnels. Il n'est pas d'avanie qu'on ne lui ait fait subir à Londres, où on le surnomma la lie du peuple. V. là-dessus Bardoux, Le comte de Montlosier et te Galliciinisme.

2. Xolaniment M. Labour, qui écrivait en 1880, et qui éprouva, par suite, le besoin de i-anj^er Montyon parmi les ancêtres de la constitution de 1875. Historiquement, rien n'est plus faux que cette idée.

MONTYO>" PENDANT L ÉMIGRATION 30")

donc qu'à son arrivée à Londres, Monlyon, bien loin de prendre une position frondeuse et agressive, vis-à-vis des royalistes inlransig^eants, usa, au contraire, du crédit que lui procuraient ses services antérieurs à la Révolution ; pour la première lois de sa vie, cet homme de robe, ce nohliau, se sentait en poche des lettres de naturalisation, auprès de ce qu'on appelait la « haute société ». Il les sortit, el s'en prévalut : il fut de la compag-nie des Breteuil, des Morthemar, des Crussol ', des Barentin,des d'Antraigues -, plus tard des Guilhermy-* ; prenant deux le mot d'ordre, docile à leurs directions, il ne perdit aucune occasion d'affirmer, soit la solidité, soit la pureté de ses principes. A la fin de décembre 1794, par exemple ', le comte d'Artois décide de g-ag-ner les côtes d'Angleterre, pour lancer de là quelques partisans vers les rivages français ; qui donc suit de loin, et avec anxiété, la barque portant cet étourneau et la fortune du royalisme ? C'est Montyon. Lorsque la barque louche au port, qui encore trouve-t-on sur- la jetée de Spithead? C'est toujours Montyon, venu là pour faire sa cour à l'homme dont il méprise peut-être l'âme frivole, mais dans lequel il se plaît à saluer « Monsieur, frère du Roi '' ».

On était alors au mois d'août 1795, et depuis quelques semaines, la France possédait, en effet, un roi de plus. Mais ce roi ne possédait point la France, et, pour bien comprendre l'altitude politique de Montyon, au cours des années qui vont sui\re, il est nécessaii'e de rappeler quelles étaient au juste la situation de I^ouis XVIII et celle de son parti, après le 9 thermidor ''.

Jusqu'à ce que l'heui'e de quitter la France eût sonné pour lui, ce prince avait tlatté les révolutionnaires, et, de même (pie

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