Archives nationales, F
3. Rosalie de Constant, apud Lucie Achard, op. cit., t. II, p. 11.
4. Lettre de Gibbon à Wilhelm de Sévery le 12 octobre 1792, citée par Aloysde Molin, op. cit., p. 47.
MONTYON PKNDANT L ÉMIGRATION 303
A Londres, l'ien de pareil ; ni le climal, ni les mœurs n'amollissent les âmes et n'endorment les courag'es ; on est au pays de lénergie et des affaires ; on profite à son propre insu des exemples que prodigue autour de soi ractivilé britaïuiique. Nulle part, celle des émigrés ne se déploiera donc plus librement et plus complètement. Encouragée d'ailleurs, au point de vue moral, par la présence dun prince du sang dans une ville proche *, soutenue, au point de vue matériel, par le gouvernement de Pill ^, on peut dire de l'émigration londonienne, qu'elle seule fui réellement organisée en parti politique, ayant sa doctrine, son programme d'action, sa discipline.
Comme dans tout parti naissant, et qui veut vivre, celle-ci était rigoureuse, excessive, hérissée d'exigences mesquines. Elle posait en principe un optimisme de commande, une confiance absolue dans le succès de la cause royaliste. A titre de corollaires, elle ordonnait de se leurrer soi-même et de tromper autrui, de créer une atmosphère artificielle, où la masse des l'éfugiés viendrait reprendre souffle et courage. Par exemple, dès 1792, la coutume s'établit dans les conversations de métamorphoser en défaites toutes les victoires de la République ■'. Un peu plus tard, il devint du belusagede «ne louer un appartement que pour un mois ; toute personne qui faisait autrement était mal notée, car il ne fallait pas douter qu'on ne fût toujours à la veille d'être rappelé en France, par la contre révolulion ^ ». De jeux aussi innocents, les habiles de l'ancienne cour, un Galonné, un Breteuil, ne furent certes pas dupes ; mais les autres, les simples, les braves gens, ceux dont le cœur se nourrissait de foi aveugle, vécurent, en réalité, sur de semblables pauvretés, et elle est encore présente à toutes les imaginations, cette eau-forte gravée par le maître des Mémoires d'Oulre- Tomhe : « Deux vieux évèques, qui avaient un faux air de la mort, se promenaient, au printemps, dans le parc de Saint-James. Monseigneur, disait Tun, croyez-vous que nous serons en
1. Le comte clArtois s'installa à KdiinlK^urj^, à la fin de 1795.
2. ^'oi^ là-dessus André Lebon. L'AïKjlelerre et l'Kinuf ration frnnçaine. •3. Chateaubriand, Mémoires d'Oulre-Tombe.