‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 213 sur 224 · Le mot est, comme on sait, de Bonald · texte numérisé non relu

Le mot est, comme on sait, de Bonald

4. Cette étonnante appréciation sur Rousseau, que d'ailleurs nous citâmes déjà, se trouve dans l'analyse que Montyon fit, en 1816, d'un ouvrage dont il indique comme suit l'auteur, le titre et le mérite : « Observations sur le principequi a produit les Révolutions de France, de Genève et d Amérique, par M. Isnard, ingénieur des Ponts et Chaussées, Evreux, de l'Imprimerie de la veuve Malassiot, imprimeur du roi, et de Monseigneur l'Evèque, ouvrage très fort en politique. La cause funeste que nous indique M. Isnard est le Contrat Social et ses funestes principes ; il est clair, en effet, que ce Rousseau, qui a passé la majeure partie de sa vie à se laisser séduire par ses vices, la seconde à séduire les hommes, la dernière à se persuader qu'il était abhorré des hommes, n'était qu'un adroit imposteur, etc. » !.\rchives de l'Assistance Publique.) On voit par là, une fois de plus, que jusqu'à la fin de sa vie, Montyon fut hanté parla préoccupation de réfuter et de combattre le philosophe de qui on l'a étourdiment rapproché luimême. De cette préoccupation, ou pourrait trouver une nouvelle preuve dans le fragment suivant, qui n'est pas daté.

Pensées extraites d'Emile de n • • < •

Rousseau. Pensées ajoutées ou opposées.

Le meilleur moyen pour empé- 11 en est de même pour les peucher les enfants de pleurer et de pies ; une nourrice est le modèle de crier est de les distraire par quelque ceux qui gou\ernent les nations, objet agréable et frappant. ..

Le défaut des enfants est ici celui

Il ne faut pas que les enfants aient des hommes. C'est même quelqueun vocabulaire plus étendu que fois le défaut des grands hommes : leurs idées, si non, ils s'habituent à ils risquent leurs épigrammes, jetprononcer des mots sans en savoir lent des mots à l'aventure, et n'ont la valeur. .. pas conscience de leur signification.

Des anecdotes choisies avec soin, venaient presque toujours, et d'abondance, illustrer ces discours sévères. Montyon les contait d'autant plus complaisamment et d'autant mieux qu'il avait acquis, sur ce point, une réputation déjà ancienne, et dont il tirait fierté. Jusqu'à la fin de sa vie, il conserva même l'habitude de préparer leur récit par écrit, et, tel nous le surprîmes jadis, s'appliquant à imiter Grébillon le fils, en des dialogues du ton le plus vif, tel nous pourrions encore le montrer^ vers l'âge de quatre-vingt-deux ans, s'efforçant de donner un tour heureux aux « particularités » dont sa mémoire était pleine'. A ce jeu, il gagna bientôt d'être de plus en plus recherché et écouté ; dès qu'il entrait, le cercle se faisait autour de lui, nombreux et attentif : voilà, disait-on, voilà M. de Montyon, « l'homme de France qui sait le plus d'anecdotes ^ ».

Sur un succès aussi complet, nous possédons d'ailleui^s le témoignage d'un connaisseur. Nous voulons parler de Joseph de

II ne faut point tenter de mener Principe applicable au gouverne"

un enfant par la raison, il faut le ment, conduire par les seules lois du possible et de l'impossible, la sphère de l'un et de l'autre lui étant inconnue, on rétend, ou on la resserre comme on veut.

{Archives de V Assistance Publique.)

1. Malheureusement la plupart des brouillons d'anecdotes qu'il a laissés ne sont pas datés, et il est très difficile de leur assigner une place déterminée dans la série de ses travaux. Voici, pourtant, un fragment dont l'écriture semble indiquer qu'il fut rédigé dans les dernières années de la vie de Montyon. On y retrouve la peinture d'un trait de mœurs fort célèbre au dix-huitième siècle, souvent rappelé depuis, notamment dans les Anecdotes de Chamforl, et dans les Mémoires de la comtesse de Boigne :

Correspondance du comte et de la comtesse de Maugiron.

Le comte de Maugiron à sa femme.

« Je suis à Nîmes où je me trouve fort bien, la bonne compagnie est assez médiocre, mais la mauvaise est excellente. »

La comtesse de Maugiron à son mari.

« Je vous écris, ne sachant que faire, je finis ne sachant que vous dire. Sassenage, bien fâchée d'être Maugiron. »

Si cette correspondance qui a couru le monde a réellement existé, continue Montyon, il faut espérer que quelquefois l'amour conjugal de ces deux époux avait des expressions plus tendres.

Page 1