‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 40 sur 224 · Fragment inédit. Archives de l'Assistance Publique · texte numérisé non relu

Fragment inédit. Archives de l'Assistance Publique

3. Il n'est pas inutile, pour faire connaître comment la vertu est accueillie dans certaines cours, de rapporter ici la réponse du roi : Voilà qui est bien pour vous, mais les 20 ou .30.000 fr. que je vous donne m'aideraient peu ; allez proposer le même sacrifice a M. de Choiseul, vous verrez comme il le prendra. (Note de Montyon.)

MOKTYON MAGISTRAT DE 1754 A 1767 43

Une leçon publique et nécessaire donnée à un roi, un sacriQce des bienfaits du roi qui devait lui attirer la haine de tous les gens en faveur, une réponse ferme à un ministre tout-puissant, le mépris de l'argent signifié au ministre qui ledistribue,voilàdes procédés nobles et magnanimes. Il en est beaucoup d'autres encore qui prouvent l'élévation de son àme : mais comment concilier ces sentiments avec la timidité presque puérile qu'il a montrée quelquefois visà-vis des gens en place, un profond respect pour la faveur, des égards pusillanimes pour tout ce qui en présentait l'apparence ou l'ombre, certaines audiences secrètes accordées tous les matins, à Versailles, aux subalternes et même à la valetaille de la cour, une soumission presque sansborne à lamaiti-esse duroi, des procédés de courtisan si déplacés dans un homme de bien, dans un magistrat, dans un vieillard ?

Les courtisans eux-mêmes, étaient étonnés de trouver à la toilette de la marquise les cheveux blancs de cet homme vénérable.

Ses confrères furent surpris de le voir se prêter à rapporter au conseil des dépêches pour un secrétaire d'Etat, fonction qu'avant lui, nul conseiller d'Etat n'a^ ait pris et qu'après le maréchal de Belle-Isle, nul ministre n'a voulu confier.

Voici, ce me semble, la cause de ces contradictions apparentes; élevé et nourri au sein de la magistrature, de la piété, de la vertu, il y avait puisé des principes de probité, de justice, de fermeté, de générosité. Lorsqu'il consultait son àme, il se conduisait toujours bien. Transporté de son cabinet et du Parquet du Parlernent, au Conseil du roi, où il parut avec éclat dès qu'il y fut parvenu, il voulut prendre le ton et les errements du pays qu'il allait habiter, et, voulant copier, il s'égara.

En écrivant ces dernières li<j;nes, Monlyon négligea évidemment de faire un juste retour sur lui-même. Et pourtant, ainsi que nous le disions plus haut, on peut douter qu'il ail eu, dès cette époque, une force d'âme et une austérité supérieures à celles de Gilbert de Voisins, et de tant d'autres magistrats courtisans. Lui aussi connut le monde et la cour, et consentit à en adopter le ton, sinon les maximes ; lui aussi entretint des liai-

sons qui n'auraient pas manqué de paraître singulières aux yeux d'une critique aussi peu indulgente que la sienne... Nous allons maintenant le suivre dans cette sorte de contradiction.

Pendant qu'il était avocat du roi au Châtelet, Montyon habitait encore rue Sainte-Croix-de-la-Brelonnerie, et faisait maison commune avec sa mère, à laquelle il payait annuellement 3.000 livres de pension. En 1761, le 26 juillet, M"^*- de Montyon mourut ' . Montyon s'en fut alors habiter chez son beaufrère, Bouvard de Fourqueux. Là, il commença de mener vie à part, ayant sa table, ses domestiques, ses voitures, et son écurie. Mais les relations avec les Fourqueux n'en étaient pas moins très intimes et très suivies. Leur constance témoigne de leur solidité. Pendant plus de vingt-cinq ans, Montyon a suivi M. et M'"^ de Fourqueux dans tous leurs déménagements ; nous le trouvons, en 1765, rue \ ieille-du-TempIe - et en 1767, rue Sainte-Avoye ^ ; nous le retrouverons, en 1771, rue du Temple « en facede l'Hôtel de Monbart ' )),en 1773, place Saint-Michel •', en 1775, rue des Francs-Bourgeois ^ ; il sera toujours et partout le locataire de son beau-frère et de sa sœur.

On a beaucoup médit de M™^ de Fourqueux. Plusieurs de ses contemporains n'ont vu en elle qu'une ambitieuse, aux prétentions ridicules ; la postérité l'ignore, ou la classe parmi les faiseurs de romans ennuyeux. Pour nous, ces romans auront cependant un grand prix ", ils nous permettront de reconstituer

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