Archives de V Assistance Publique
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Enfin par tes vertus faire adorer ton rang-,
Ce fut là ton heureux ouvrage, Monthion ; que ce marbre à jamais respecté
Ti-ansmette à la postérité Nos maux et tes bienfaits, ta gloire et notre hoiuniage.
Je ne puis faire aucun bien, mais je "chante du moins celui que font les autres, et jamais je n'ai été plus agréablement occupé que cette fois.
Nous venons de faire un voyage au Mont d"Or avec Madame Xecker; les eaux ne lui ont rien fait. Ah ! depuis que vous avez quitté ce pays les eaux mêmes ont perdu leur vertu bienfaisante.
Recevez ma vieille reconnaissance et mon attacliement et mes respects.
A Paris, 17 août 1772.
Les découragements de Montyon furent toujours passagers. A peine déçu du côté d'Aix et de la Pi'ovence proprement dite, il se tourne vers Marseille, et manifeste à l'endroit de cette ville les ardeurs d'un zèle infatigable. Au premier coup d'œil, une telle attitude pourrait surprendre et l'on n'aperçoit pas très bien comment ce magistrat attaché aux principes et aux formes, ami des sociétés cultivées et polies, put chérir d'une alVcction particulière la cité des marins et des marchands, le grand caravansérail, mouvant et bariolé, où les civilisations et les races se mêlent sans se pénétrer, et d'où semble essentiellement bannie l'unité d'une tradition, d'une loi, d'une culture morale.
Cependant, si l'on examine de près, les conditions économiques et administratives dans lesquelles Marseille se développait, à la fin de l'ancien régime, des motifs apparaissent vite qui pouvaient incliner un intendant à la préférer et à l'entourer d'une sollicitude spéciale.
Marseille, ainsi que nous l'avons déjà indiqué en passant, ne fit jamais partie intégrantedes anciens comtés de Provence et de Forcalquier ; unie à ces fiefs par la seule contiguïté territoriale.
elle s'intitulait terre adjacente el relevait directement du pouvoir royal et de ses représentants.
Des intérêts économiques considérables la rattachaient d'ailleurs à Tensemble du royaume et les échanges commerciaux qu'elle effectuait avec toutes les villes de France, en avaient fait un port véritablement national. Enfin, à une époque de protectionnisme et de droits prohibitifs, l'industrie et le commerce marseillais sollicitaient constamment l'intervention du roi, de ses conseils et de ses agents.
On voit par là combien l'initiative et l'autorité d'un intendant pouvaient s'exercer dans ce coin unique d'une province mal assujettie. Travailler pour Marseille, c'était servir le roi; c'était aussi vraiment se servir soi-même, car un homme avide, comme l'était Montyon, de connaissances et d'observations ne pouvait que tirer profit dune magistrature exercée dans un immense port de commerce en relations continues avec l'Afrique et avec rOrient. Montyon l'entendait si bien ainsi qu'il écrira plus tard: « J'ai appris le commerce à Marseille » et qu'en attendant, il se faisait gloire de cumuler les fonctions d'intendant avec celles d'Inspecteur du Commerce du Levant et celles de président de la (Compagnie royale d'Afrique. 11 possédait de ce chef un pied à terre à Marseille, en l'hôtel de la Trésorerie des Galères, et d'après le grand nombre de lettres datées de cette résidence, on peut inférer que l'intendant la préférait à celle d'Aix \
De leur côté les officiers municipaux et les membres de la Chambre de commerce de Marseille ne négligeaient rien de ce qui pouvait flatter et honorerle représentant du roi auprès d'eux. Voici, par exemple, la relation officielle « des cérémonies et civilités», qui marquèrent l'entrée solennelle de Montyon dans la grande ville :
Le 20 octobre 1771, M. de Montyon, intendant en Provence, étant arrivé, en même temps que M. d'All)ertas, à Marseille, MM. les six échevins en chaperon et MM. les députés accompagnés de l'archivaire et d'un grand nombre de négociants de cette ville, ont été lui
1. Archives commiinitles et Archives de la (Chambre de commerce de Marseille.
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faire compliment. M. l'Assesseur Ta haranjifué tant au nom delà ville que de la Chambre; après les civilités ordinaires, ils ont été reconduits jusque sur le palier de l'escalier.
Le 23 octobre 1771, M. de Montyon, intendant en Provence, estvenu rendre sa visite à l'Hôtel de Ville ; MM, les échevins en chaperon l'ont reçu à l'entrée de la salle des assemblées, avec MM. les députés et l'archivaire qui avaient été prévenus de sa visite. Il a été salué en entrant, par un salut do .50 boîtes. Après les politesses ordinaires, M. de Montyon s'est retiré; il a été reconduit jusqu'à la rue et salué, comme en entrant, par 50 boîtes *.
Avec le temps, les relations ainsi commencées ne feront que se resserrer et s'améliorer; un jour viendra, où Montyon, d'ordinaire si peu expansif, annotera de sa main et comme suit sa réponse officielle aux vœux de bonne année que lui avaient présentés les échevins marseillais : « Indépendamment du compliment, messieurs, je me llatte que vous comptez sur mes sentiments pour votre ville et pour vous en particulier-. »
Derrière ces échanges de cordiales politesses, régnait de la part de l'intendant, la plus absolue confiance dans la sagesse des échevins marseillais, et, de la part des échevins, la plus entière soumission aux ordres et instructions de l'intendant. Peut-être même faut-il ajouter que ceci créa cela et que, si la municipalité de Marseille mérita le crédit du plus défiant des intendants, ce fut à force de docilité et d'égards. Dès qu'il s'attache à embellir et améliorer sa ville de prédilection, nous voyons en effet Montyon y commander en maître, et diriger les travaux publics, avec ce goût marqué pour l'autorité dont il nous donna jadis de si éclatantes preuves. Obtient-il en faveur de Marseille une remise annuelle de 25.000 livres sur le produit de l'augmentation du prix du sel ? Il se réserve aussitôt d'employer cette ressource d'après ses propres conceptions, et dans un but déterminé par lui seul : « La somme de 25.000 livres écrit-il aux échevins ne doit être employée quaux ouvrages
1. Archives de lu Chambre de commerce de Marseille,Li\ves des cérémonies, civilités et présents que le commerce fait à ceux à qui il est ybligé de les faire.