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L'iJiTENDANCE DE PROVENCE 133
des quatre heures entières, chez M. de Montyon. Accoutumé à ces visites, qui avaient pour principe l'honnêteté et le devoir de bien vivre, M. l'Intendant parut vouloir les exiger. Il ne s'apercevait pas que les procureurs du pays, surchargés d'ailleui's d'occupations très souvent pressantes auxquelles le service du Roi et de la province se trouvent souvent intéressés, ne pouvaient point les renvoyer. Tantôt il leur écrivait de passer chez lui, tantôt il leur demandait des renseignements par écrit, capables d'absorber une partie du temps qu'ils devaient donner aux affaires du pays. On eut l'honneur de le lui représenter ; ces représentations lui déplurent, et on a eu la douleur de voir après qu'il a été impossible de se concilier dans les oppositions que l'on a eues conjointement avec lui *.
Leclerc cite, avec détail, un assez grand nombre de ces « oppositions » . Malheureusement, quand on rapproche son récit des pièces officielles et de documents moins personnels, on s'aperçoit qu'il n'a pas tout dit et qu'afin de ménager à Montyon le mauvais rôle, il a passé sous silence des faits importants. Voici par exemple l'affaire de la capitation, à Aix. Leclerc affecte de n'y voir qu'une taquinerie de l'intendant à l'adresse des officiers municipaux de cette ville. Mais en réalité, il s'agissait d'une question de probité administrative à laquelle tous les citoyens semblaient intéressés, et le fait seul de l'avoir soulevée constitue, nous allons le voir, un acte courageux et honorable.
On était au mois de juin 1772 ; tous les ans à cette date, les municipalités procédaient à la répartition, entre les habitants, des impôts déjà répartis entre les communautés par rassemblée de Lambesc. Les consuls ou officiers municipaux jouissaient sur cet objet d'une extrême latitude et pouvaient modifier jusqu'à l'assiette des contributions. Sous prétexte de vendanges médiocres, on les voyait alors prélever un piquet sur la farine ou un trenstain d'olives, là où ils avaient perçu douze mois auparavant, une rêve de vin... A Aix, ils firent mieux encore : dans le dessein de masquer certaines dépenses municipales, ils imaginèrent de les gager au moyen d'une majoration pure et simple de l'impôt royal. Ils augmentèrent donc de six mille livres par an, la part
1. Journal des nouvelles du marquis d'Alberlas, t. III, p. liiO.
contributive de la ville d'Aix à l'abonnement de la capitation ; cette somme, disaient-ils, servira à couvrir les non-valeurs de l'année p^'écédente. Mais, en fait, la somme était beaucoup trop élevée pour une telle affectation, et on l'employait à des travaux édilitaires.
Montyon évente la ruse et réclame énergiquement la suppression de cet excédent qui, dit-il, c grève inutilement les pauvres». Les procureurs du pays refusent d'entrer en conversation avec lui et introduisent un pourvoi devant le Conseil. En apparence, au moins, Terray soutient l'intendant dont il a reçu les explications détaillées; en fait, ce sont encore les intrigues de cour, qui triomphent, car le Conseil approuve la thèse et la méthode des procureurs du pays '.
A ce coup, le courage de Montyon parut, un moment, ébranlé : on le vit abandonner l'un après l'autre la plupart des projets qu'il avait formés relativement àl'administration delà Provence ; état de situation des communautés, amélioration des chemins et des canaux, il affecte de tout oublier. Plus que jamais ses regrets continuent d'aller vers la contrée où s'exerça son initiative, et où quelques-unes de ses conceptions les plus chères furent jadis réalisées. Quand ses amis veulent le prendre par son faible, c'est de l'Auvergne qu'ils l'entretiennent. On en peut juger par cette lettre que Thomas lui adresse de Paris, le 17 août 1772, et dont la flatterie ingénieuse ressemble fort à une consolation 2;
Monsieur,
La bonne ville d'Aurillac, où votre nom est adoré et pour plus d'une bonne raison, vient de m'écrire ; elle me demande une inscriptioa pour l'obélisque que la reconnaissance élève à l'humanité. Je l'ai faite et la voici :
Nourrir un peuple entier de famine expirant, Par les mains de ce peuple embellir notre ville, Rendre le malheur même utile,
1. Archives des Bouches-du-Rhône,C. 1017. et Journal des nouvelles du marquis d'Albertas.