Ibid
A la faveur des préoccupations qui le retenaient ainsi dans le grand port méditerranéen, Montyon aurait peut-être oublié la Provence, sa constitution, ses prérogatives et jusqu'à ses procureurs. Mais rassemblée des communautés tenue à Lambesc, en novembre 1772, vint lui rappeler que tout cela existait et qu'à la rigueur, si les Provençaux se passaient aisément d'un intendant, il était interdit à l'intendant de se passer d'eux.
Dès le mois d'octobre, en effet, le ministère avait indiqué les demandes de contributions ou d impôts dont le représentant du roi devait saisir l'assemblée. Presque toutes renchérissaient sur celles de l'année précédente. La plus osée tendait à une contribution annuelle de 120.000 livres « destinée à l'amortissement d'un emprunt de 3.400.000 livres, pour le remboursement des offices de la Cour des comptes, aides et finances de Provence, récemment supprimée ' ».
Il n'y eut qu'un cri dans l'assemblée lorsque Montyon fit part de cette demande, et ce fut, comme on pense, un cri de refus. Plusieurs orateurs osèrent observer qu'on avait promis au peuple la justice gratuite, mais qu'au moyen d'artifices divers, on trouvait encore le moyen de la lui faire payer très cher. Puis, d'un vote unanime, l'assemblée refusa la contribution de 120.000 livres et « délibéra de faire à Sa Majesté les remontrances les plus fortes sur les griefs que la Provence éprouvait, soit dans ses facultés, soit dans ses privilèges - », Comme de coutume, l'archevêque d'Aix fut solennellement chargé d'aller porter ces doléances jusqu aux pieds du trône.
Un pareil échec n'était évidemment propre ni à raffermir l'autorité de Montyon sur son département, ni à consolider son crédit dans le ministère. Avec l'acuité de vue que procure quelquefois la haine, ses adversaires connurent donc que le