DISCOURS DE M. DURY, PRÉSIDENT DU CONSEIL PROVINCIAL
De nombreuses sympathies et d’ineffacables regrets viennent se mêler aux douleurs de l'honorable famille qui pleure celui que nous avons aimé avec elle, notre digne ami, Auguste Royer, enlevé à sa tendresse et à notre attachement.
Témoin de ses vertus et de ses œuvres; durant plus de vingt ans, honoré de sa confiance et confident des sentiments et des idées qui ont été la règle de tous les actes de sa vie, j’accomplis un devoir, un devoir bien pénible, mais que je considère comme sacré, en venant, dans ce triste moment, rendre un dernier hommage à sa mémoire vénérée.
Lorsqu'un homme simple, droit, bon et généreux, pur de toute défaillance, disparait de ce monde, c’est un devoir de signaler à la société la perte qu’elle a faite.
Entré de bonne heure dans la carrière commerciale et industrielle, Monsieur Royer a été un type d'ordre, d’exactitude et de délicate loyauté.
Sa remarquable intelligence et son indomptable activité devaient le conduire à des entreprises d’une importance peu commune; et en effet, il fut au premier rang parmi les fondateurs des plus grands établissements industriels de cette province,
Je parle surtout de ce vaste établissement de Floreffe qui a lutté pendant longtemps et qui ne cesse de rivaliser sur tous les marchés du monde avec les plus puissantes fabriques de glaces du continent.
Nous le trouvons au nombre des premiers organisateurs de cette colossale entreprise : — c’est en son nom qu'a été acquis le terrain sur lequel elle s'élève. C’est sous sa présidence et avec le concours de son énergie qu’elle s’est développée et qu’elle a atteint le degré de prospérité où nous la voyons s'élever.
Nous le rencontrons encore à l’origine de la création des verreries d’Herbatte qui prennent aujourd’hui une nouvelle importance par la formation de la puissante association réunissant en ses mains toutes les verreries Namuroises.
Dans ces grandes créations, une large part fut faite à la bienfaisance. Il ne se contenta pas d'offrir du travail à une nombreuse population ouvrière, le bien-être de ses travailleurs devint l’objet de son intelligente sollicitude. Il les aidait à se ménager des ressources, à se créer une position, il veillait assidûment à leurs besoins moraux et religieux.
Quelle que fût la multiplicité des détails d’affaires dans lesquels s’est trouvé engagé M. Royer, jamais il n’en a été absorbé. Sa prodigieuse activité lui a toujours fait trouver au milieu des occupations les plus compliquées, un temps précieux, qu’il consacrait avec un rare bonheur
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à la culture d’une intelligence d'élite. Il trouvait du temps pour la lecture. Il lisait prodigieuscment et son heureuse mémoire accumulait d’inépuisables trésors de connaissances. Peu d’hommes sont parvenus à en acquérir d’aussi étendues. J'en appelle à ceux qui l’ont connu intimement, car il n’en faisait pas étalage.
Il était penseur, et les connaissances variées qu'il avait réunies, devenues l’aliment de ses méditations, en avaient fait un de ces hommes excellemment judicieux chez qui tout est pris à l’exacte mesure et rien n’est exagéré.
Est-il besoin de dire qu'il fut modéré et indulgent ?
Oui, modéré et indulgent; mais jamais faible et capable de céder les droits de la vérité et de la justice.
Il s'était livré à une étude profonde de nos institutions. Il les connaissait bien et y était inviolablement attaché : il les considérait comme la meilleure garantie de toutes les existences et de toutes les opinions honnêtes et modérées. Aussi, dans la part qu’il a prise à nos luttes politiques, il ne s’est jamais proposé que de les défendre, et, avec elles, de sauvegarder les précieuses libertés qu’elles protégent.
M. Royer a dignement servi son pays dans les fonctions publiques dont il a été investi.
Il était un des membres les plus anciens, les plus assidus et les plus laborieux de la chambre de commerce, et il avait antérieurement fait aussi partie du tribunal de commerce.
Elu membre du conseil provincial en 1848, il n’a pas cessé depais cette époque de faire partie de cette assemblée et d’y apporter, avec l’appréciation parfaite des intérêts de ses commettants, l'esprit de suite et de persévérance qu'il savait allier à une constante modération et faire servir au triomphe de ce qu’il regardait comme juste et utile.
Beaucoup d'importantes résolutions ont été dues à une initiative à laquelle nous le trouvons associé. Je me borne à rappeler celles qui ont été le point de départ des sollicitations et des démarches actives de l’administration provinciale qui ont abouti à l’institution de l’entrepôt de douane dont la station de Namur est aujourd’hui pourvue, et à l’accélération des travaux actuellement très-avancés que réclamait la navigation de la Meuse.
Il a présidé longtemps la commission du Conseil à laquelle il était attaché, et longtemps aussi il a rempli les fonctions délicates et laborieuses de la présidence du conseil de milice.
Rien de ce qui pouvait contribuer au bien public ne le trouva indiffé-. rent. |
La Société forestière et agricole, qui a rendu de véritables services à notre province, le comptait parmi ses membres. Il en était le viceprésident.
En donnant aux progrès de l’agriculture toute l’importance qu’ils mé-
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ritent, il s'était attaché avec plus d'intérêt et d’ardeur à stimuler le perfectionnement de la culture des jardins.
Je ne saurais peut-être, disait-il quelquefois, bien préciser ce que produit un hectare de terrain employé à la formation d’un verger et d’un jardin, mais je sais qu’il suffit à faire vivre dans l’aisance une famille qui en sait tirer parti. C’est le travail le mieux rétribué. — Partant de cette idée, c'était surtout à encourager l’horticulture et l’arboriculture, qu’il avait consacré les loisirs de ses dernières années.
Il est devenu le fondateur et le président de la Société d’horticulture, — le fondateur et le président de la commission royale de Pomologie, qui compte maintenant des correspondants dans toutes les parties du monde, — le promoteur et l’organisateur du congrès de pomologie, — l’un des fondateurs des écoles d’horticulture et le président du jury d’examen de ces écoles.
Appréciant son dévouement et la valeur de ses services désintéressés, le Roi le nomma en 1854 chevalier de son Ordre.
Une vie si bien employée méritait cette noble récompense ; mais il en méritait d’autres et il lui en fut accordé de plus douces et plus précieuses. Il s’est vu revivre dans un fils digne de lui; il a vu ses enfants heureux et ses derniers ans entourés de leur tendresse et de leurs soins affectueux. Il a béni deux générations de petits-enfants.
Enfin dans les derniers jours de souffrances d’une maladie hélas! bien longue et bien cruelle, il a trouvé Dieu ! Dieu, dont jamais il n’avait été séparé.
Sa piété, sans faste comme sans respect humain, ne s'était jamais démentie et sa foi religieuse, précieusement conservée par la pratique des devoirs qu’elle impose, a été son soutien, sa force et sa consolation. Arrivant au terme de ses souffrances avant d’avoir cessé de vivre, il s’est éteint doucement. Déjà il reposait dans le sein du divin protecteur en qui il avait mis son espoir.
Cet espoir est le nôtre.
Ami cher et regretté, Dieu vous a recueilli, parce que vous avez fait ie bien, parce que vous avez cru et espéré en lui.
Puisse cette consolante confiance, puisse l’hommage mérité que nous rendons ici à votre mémoire, adoucir du moins les larmes d’une famille inconsolable qui ne cessera de vous pleurer jusqu’à ce que vous lui soyez rendu dans l’immortelle patrie, dans la vie nouvelle ou vous continuez à l’aimer.
Adieu Royer! — Adieu.
AuGusTE -Puicippe-ANToINE Royer est né à Namur le 26 janvier 1796 et mort dans la même ville le 1° octobre 1867. En 1846 et 1847 il a participé, en qualité de membre du