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AUGUSTE COMTE ET LA DEMOCRATIE

Le principal reproche adressé à notre démocratie, tant en France qu'à l'étranger, c'est de manquer d'idéal.

Le grief est-il fondé ? Est-il vrai que l'élan intellectuel et moral de la nation se soit ralenti? Nous ne le pensons pas.

Où trouver, dans le dernier quart de siècle, pays qui ait fourni plus de héros, de savants et d'inventeurs que la France?

En ce qui regarde les réformateurs sociaux, la mesure de leur influence est sans analogue : elle veut les siècles. Dira-t-on cependant que Saint-Simon et Fourrier n'ont pas, pour une très large part déjà, modifié notre mentalité ? Le peuple ne lira jamais leurs ouvrages; il s'as-

simile néanmoins leurs aspirations générales. L'action d'Auguste Comte s'affirme particu- Hèremeut décisive. Dès maintenant cette action, directe eu médiate, se fait sentir un peu partout, en Europe comme au delà des mers. La devise positiviste, expressément choisie, est devenue celle d'un grand peuple (1). Positiviste est, dès son origine, l'évolution de la jeune Turquie (2).

En résolvant avec rigueur les problèmes que Saint-Simon avait abordés empiriquement,

(1) Le Brésil : « La formule : Ordre de Progrès que vous lisez sur notre drapeau nous la devons à Auguste Comte, j'allais dire à notre Auguste Comte, car s'il appartient à la France par son berceau il appartient à l'humanité tout entière par la profondeur de son génie et par sa grandeur intellectuelle et morale ». Discours prononcé par M. G. de Piza, ministre du Brésil à Paris (Paris, imp. centrale de la Bourse, 117, rue Réaumur, 4906, p. 4, Yoy. du même: Discours prononcé le 10 février 1907, imp. centrale de la Bourse (notamment p. 12.) Cfr. E Carra, appréciation générale du Positiviste, in Revue Occidentale du 18 mai £898 ; Frédéric Hanison, Auguste Comte en Amérique, in Revue Occidentale de novembre 1902 : du même; Realities and ideals, Londres, Macmillan et C°, 1908.

(2) Sur Ahmed Riza voy. la Reçue Positiviste Internationale d'avril 1909, p. 270 et s.

Comte a fondé une science nouvelle : la sociologie.

La méthode de cette science permet de relier entre eux, sans les altérer, les faits expérimentaux au seul principe permanent — la notion d'Humanité. — Cette méthode, Auguste Comte l'a le premier définie et appliquée, laissant à ses successeurs le soin de rectifier d'innombrables points de détail.

Quant au but même de la sociologie, il l'a marqué avec une précision qui défie toute critique : étendre à la réforme des mœurs le bienfait des découvertes scientifiques et, de la sorte, régir, selon une éthique supérieure et progressive, fondée sur le principe affectif, les rapports nouveaux des hommes et des peuples.

Auguste Comte a fait mieux encore que de fonder une science. Cette science d'analyse et de synthèse alternatives, unissant, comme telle, l'aridité la plus désespérante à l'abstraction la plus monotone, il l'a animée de son souffle et de sa flamme.

Auguste Comte nous apparaît — et nous sommes légion, — comme le professeur d'idéal de la démocratie.

C'est il nous semble, à ce double titre, —

comme fondateur de la sociologie et comme apôtre de l'humanité — qu'il convient de glorifier cette grande figure, si grande, peut-on dire, qu'il en est d'égales sans doute, mais qu'il n'en est pas de plus grande.

Entrer ici dans le détail, même approché, de la doctrine philosophique, sociale et religieuse d'Auguste Comte est impossible.

Prenons simplementquelques exemples parmi les plus actuels — les questions de l'éducation, du paupérisme et de la guerre.

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