QUELQUES IDEES D AUGUSTE COMTE SUR
l'instruction ET l'éducation
L'instruction n'est rien sans l'éducation. Celle-ci constitue le premier des arts, le seul qui s'affirme pleinement général et qui perfectionne l'action en améliorant l'agent.
L'éducation positiviste tend à instituer l'unité réelle, en appelant chacun de nous à vivre pour autrui. Elle est surtout morale, tout intellectuelle qu'elle soit aussi, parce que son premier ressort demeure le dévouement, Valtruisme. Fondée sur l'existence des penchants sympathiques, elle leur subordonne les instincts personnels à l'âge même où ces instincts sont aisément contenus par la moindre activité de l'individu.
L'éducation n'est autre chose qu'une adapta-
tion progresssive de l'homme à sa pleine destinée.
L'éducation positiviste est dirigée par la famille, puis par la patrie, enfin par l'humanité.
Néanmoins la discipline maternelle garde l'importance de toutes la plus décisive, parce qu'elle fonde une moralité que le reste de la vie altérera difficilement. Dès lors s'établit, à l'abri de l'égoïsme actif, l'essor des instincts sympathiques.
Extrême est, à juste titre, l'importance attachée parle positivisme au foyer familial.
Bien que l'éducation de l'enfant commence par être essentiellement morale, la culture esthétique doit suivre de près. L'art est une sorte d'introduction à la science. Rien n'est à négliger, car il s'agit d'accuser l'aptitude graduelle de l'enfanta formuler ses émotions réelles (1).
Quant à l'instruction, la principale difficulté
({) Education autant que possible intégrale, donc artistique aussi. Telle était la pensée expresse d'Auguste Comte. « Alors l'art général se trouvera toujours assisté convenablement par les arts spéciaux, puisque chacun sera devenu familier avec le chant, base essentielle de la musique, et le dessin, source générale du triple art de la forme, peinte, sculptée ou construite ». Catéchisme posit. lre partie, 3e ent. p. 96, éd. ap.
qu'elle rencontre consiste à développer l'esprit sans altérer la prépondérance du cœur.
Là réside en réalité le plus noble privilège de la doctrine positiviste.
Agi?' par affection, et penser pour agir. Agir d'abord, puisque malgré les inconvénients que suscite l'activité irréfléchie, ces inconvénients sont les moindres et fournissent les matériaux indispensables à la réflexion, destinée, elle, à nous permettre de mieux agir.
Instituer des doctrines générales, seules capables de produire des caractères fixes et concordants: tel est le but à atteindre. Ainsi s'affirme la nécessité de l'instruction une et intégrale.
Il s'agit de surmonter les dispositions critiques développées par l'appareil scientifique, de cultiver la démonstration afin d'instituer non la discussion stérile ou dispersive, mais l'adhésion active et volontaire, celle qui ennoblit jusqu'aux fatalités les plus humbles en y rattachant le progrès moral.
La foi positiviste est moins une foi démontrée, qu'une foi toujours démontrable, adéquate, dès lors, à la maturité de la raison humaine.
L'activité intellectuelle, se trouve appelée à
développe! des conséquences sans délibérer sur les principes mêmes.
Quant à la notion de droit, elle doit céder à la notion de devoir. Il faut à notre espèce les devoirs pour faire des sentiments.
Le positivisme préconise les devoirs chez tous à l'égard de tous. La notion de droit, on l'oublie trop, est constamment fondée sur les exigences de l'individu. Or, nous naissons chargés d'obligations de toutes sortes, envers nos prédécesseurs, nos contemporains et ceux qui seront appelés à poursuivre notre tâche. Avant même que nous puissions rendre aucun service, ces obligations ne font que s'accumuler. « Quels que puissent être nos efforts, la plus longue vie bien employée ne nous permettra jamais de rendre qu'une portion imperceptible de ce que nous avons reçu ». Ce ne serait pourtant qu'après restitution pleine et entière que nous serions fondés à réclamer.
La religion de l'Humanité, représentée par le culte des ancêtres et des grands hommes, n'a pas d'autre but que de nous donner une plus saine appréciation de ce3 choses.
Nous n'avons de droits qu'en tant que membres de la collectivité ou, plutôt, elle seule
en a, et de ces droits elle ne nous confère l'exercice qu'à titre de mandat.
En réalité, tout en nous appartient à l'Humanité : tout nous vient d'elle, et nous lui devons tout.
L'ensemble de l'éducation positiviste, tant intellectuelle qu'affective, a pour but de nous rendre familière notre entière dépendance envers l'Humanité, de façon à nous faire sentir notre destination à son service continu.
Dès lors, le progrès apparaîtra sous son véritable jour, comme une force évolutive et non destructive. Le progrès est le développement de l'ordre.
Cependant, depuis le domaine matériel jusqu'au domaine moral, chaque ordre se superpose au précédent suivant une loi hiérarchique. Partout les plus nobles phénomènes sont subordonnés aux plus grossiers.
Loi inévitable qui n'en rend que plus éclatante la nécessité pour l'homme de donner une destination morale à ses efforts.
Dépendance et dignité apparaissent ainsi connexes. Mais la pratique sociale doit, avant tout, mettre à profit une saine appréciation de l'ensemble des fatalités réelles.