‹ Auguste Comte au Panthéon [microform]Chapitre 4 sur 6 · UNITÉ SOCIOLOGIQUE DE LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

UNITÉ SOCIOLOGIQUE DE LA DOCTRINE

L'on oppose souvent la doctrine dite mystique à" Auguste Comte à celle de sa Philosophie, Que penser des prétendues variations et contradictions du maître ? Il nous sera permis, pour y répondre, de reproduire ici le chapitre d'une élude antérieure (1).

C'est dans cette même élude que nous disions au sujet delà question du Panthéon. « Du moins une mesure cl pleinement conciliable avec le respect universel de la liberté spirituelle » eût été, de la part des fervents d'Auguste Comte, une

(1) V Esthétique positiviste, Messein 1909.

double visite annuelle à ce Panthéon qu'il avait rêvé, visite dépourvue de tout apprêt, mais instituée à des dates significatives : 1^' novembre et 5 septembre (ou 19 janvier). Ce minimum provisoire était-il trop rigoureusement juste, ou trop simple?

ft L'on a préféré le nénntpour ne pas dire le pltfs que néant d'un tombeau ridicule, non loin du touchant monument aux morts (1). »

On a coutume de diviser la carrière intellectuelle d'Auguste Comte en trois périodes:

l<*De 1817 à 1827 (recherches de jeunesse) ;

2"" De 1827 à 1845 (élaboration du système philosophique) ;

S'' De 1845 à 1857 (élaboration du système religieux).

Et l'on appelle secofidc carrière la dernière période (2).

(1) Esthétique positiiiste, p. 150. Si le tombeau d'Auguste Comte n'est pas ridicule, il est à tout le moins insuffisant.

(2) Voy. Catcchisme posit., édit. P. F. Pécaut, Garnier, 1909, p. I. Bien que celte division semble la plus lof;ique, elle n'est pas à l'abri de tout reproche. Le programme du Cours de philosophie positive marque la pleine maturité in-

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Trois ouvrages s'imposent à l'attention, en ce qu'ils contiennent, tracé de la main du maître dans un but évident d'apostolat, l'aperçu de toute la doctrine. Ce sont :

1° Le Discours sur V Esprit positif (iSU) (1) ;

2° Le Discours sur C ensemble du Positivisme (1848) ;

3" Le Catéchisme (1852) (2).

Dans le Discours sur l'Esprit positif, Auguste Comte expo?e les principes généraux de sa doctrine ; il définit la nature et la destination de l'esprit positif.

Dans le Discours sur Vejisemble du positivisme, il développe ses principes. Au rôleémancipateur des prolétaires, il associe celui des

tellectuelle d'Auguste Comte ; or, il est d'avril 1826. Voy. LiTTRÉ, Aug. Comte et la philos, posit. ^ Hachette, 1863, p. 31, 32.

(1) Discours sur l'Esprit positif, prononcé par l'auteur en février 1844 à l'ouverture de son cours annuel d'astronomie (Extrait du Traite d'astronomie populaire, broch. in-8, Paris 1844).

(2) Le Cour de philosophie positive {Système, rectifiera plus lard Auguste Comte) fut publié pour la première fois de 1830 à 1842.

Le système de politiqae positive ou Traité de sociologie inS' tituant la Religion de VHumanité, a pour date 1831-1854 Voy. la Bibliographie.

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femmes; il insiste plus que jamais sur la mission des Beaux-Arts comme facteurs de sociabilité; enfin il institue la religion de l'Humanité.

Le Catéchisme positiviste réalise, au point de vue enseignement et rites, cette même religion qui, par son côté sociologique tout au moins, s'annonçait dès les premières œuvres (1).

L'évolution des idées d'Auguste Comte représente donc une ligne droite absolue, un développement continu, au point que Ton a pu dire que, chez lui, Tordre historique se confond avec l'ordre logique (2).

(l)Voy. Esthétiq. Posit.: Textes justificatifs.

(2) L'on a beaucoup blàmé — ou loué — cliez Auguste Comte, sa partialité de plus en plus prononcée en faveur des jésuites ; se contredit-il pour cela ? Qu'on en juge. Il pose d'abord en principe la présidence positiviste. Et il ajoute : « quand toute crainte de rétrogradation se trouvera suffisamment dissipée^ les apôtres de l'Humanité développeront, envers le jésuitisme, les sympathies annoncées par la vraie philosophie de l'histoire et consacrées dans le culte qu'elle a déjà produit. En même temps, les véritables organes du catholicisme moderne, renonçant à la domination officielle qui dénaturait leurs tendances sociales, reprendront, sur de meilleures 6ases, l'admirable tentative de leur éminent fondateur pour instituer l'indépendance spirituelle d'un digne sacerdoce. C'est ainsi que le culte spécial de la

Nous avons insisté sur trois opuscules particulièrement importants quant à la doctrine et aux conclusions précises.

Insistons, derechef, sur quelques points qui mettront en veMeîVtmité sociologique de la doctrine.

En son Discours sttr CEsprit positif. Comte prend de Kant juste ce qui lui agrée. Il faut, déclare-t-il, recourir à la lumineuse distinction ébauchée par Kant, des deux points de vue objectif et subjectif \ sous le premier aspect, c'est-à-dire en tant qu'exacte représentation du monde réel, notre science n'est point susceptible d'une pleine systématisation, vu l'inévitable diversité entre les phénomènes Tondamen-

Vierge peut être bientôt transformé de manière à préparer les populations catholiques à l'adoration universelle de l'Humanité, sous l'impulsion graduelle des positivistes assistés par les femmes et les jésuites régénérés ». Appel aux co)iservateurSf août 18o3, p. 77.

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taux. Nous ne pouvons chercher là que rhomogénéité et la convergences doctrinales. Mais il en est tout autrement au point de vue subjectif, c'est-à-dire quant à la source intérieure des théories humaines, regardées comme des résultats naturels de notre évolution mentale, à la fois individuelle et collective, et sous Tangle des nécessités qui s'imposent à nous. Rapportées non à l'Univers, mais à Thomme, ou plutôt à l'Humanité, nos connaissances réelles tendent vers une entière systématisation scientifique et logique. 11 n'y a plus au fond qtiiine seule science, la science humaine, ou y plus exactement, sociale (1).

Voilà le point de vue décisif, et — osons le dire — impérissable du positivisme (2).

La science sociale, explique Auguste Comte, n'est pas seulement la plus importante de toutes ; elle fournit Vunique lien, à la fois logique et scientifique, que comporte, désormais, l'ensemble de nos spéculations. Et c'est ce principe

(1) Discours sur VEaprit positif, V* partie, ch. m, p. 37,

(2) Cfr. Cours de philosophie positive, lome Vf, Conclusions générales, pages 572, 760.

AUr.USTE COMTE AU PANTHÉON

qui constitue le résultat le plus essentiel du Système de Philosophie positive (1).

Décrivant la genèse de sa propre doctrine, Auguste Comte pourra affirmer qu'il a réalisé une coordination d'ensemble à l'aide du principe de YHumanité, emprunté par sa Politique à sa Philosophie même. « Ainsi ma synthèse résulte de ma Politique, comme celle-ci, de ma Philosophie, de manière à compléter la grande trilogie qui doit diriger la réorganisation spirituelle de l'Occident (2).

(1) Système de politique positive. Discours préliminaire, lome I, p. 2.

(2) Synthèse subj., fonds, typog. de l'exéculion lest. d'Auguste Comte, 1900, p. 2. Cfr. Systimc de polit, posit., ou Traité de sociologie instituant la religion de rilumanité, préface, p. i et 2 : « Je crois donc devoir ici compléter, envers cette marclie générale, l'insuffisante explication ébauchée dans la préface du tome sixième et dernier de mon Système de philosophie positive. J'y ai assez indiqué comment, en 1822, ma découverte fondamentale d^s lois sociologiques me procura, dés l'âge de vingt-quatre ans, une véritable unité cérébrale en faisant intimement converger les deux ordres de tendances, scientifiques et politiques, qui m'avaient jusqu'alors partagé... Dès 1826, mon travail décisif sur le pouvoir 5jpin7«e/ avait hautement voué l'ensemble de ma vie à fonder une auloiilé théorique vraiment digne de diriger l'entière régénération des opinions et des mœurs, en remplaçant définitivement le monothéisme

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Lorsque s'établit Téglise Saint-Simonienne proprement dite, Comte, depuis longtemps à l'écart, se fait ironique. Il retrace dans une lettre {Le Globe du 13 février 1832) Torigine de ses malentendus, déjà anciens, et conclut : « La voie scientifique dans laquelle j*ai toujours marché depuis que j'ai commencé à penser, les travaux que je poursuis obstinément pour élever les théories sociales au rang des sciences physiques, sont évidemment en opposition radicale et absolue avec toute espèce de tendance religieuse ou métaphysique ».

Plus tard, Auguste Comte institue une religion. S'est-il contredit?

En réalité, il a cessé, à la suite d'un examen plus attentif, d'enserrer une théologie ou une métaphysique dans l'idée même de religion. Il

épuisé. Système de polit, posit.y préface, p. 1 et 2. — Cfr Esthétiq. Posit. Textes justificatifs.

ne considère plus comme essentielles que deux conditions : une philosophie et des rites.

Il accueille, d'autre part, une observation d'expérience : on ne supprime que ce que Ton remplace...

Auguste Comte ne fait donc que préciser, sous deux aspects, il est vrai différents, une seule et même pensée : remplacer métaphysique et théologisme (1).

IJathéisme d'Auguste Comte est-il radical ? Le problème est plus complexe.

L'on vient de lire la profession de foi de

La préface du Catéchisme rappelle expressément la déclaration faite, le 19 octobre 1851, au Palais Cardinal (2). Cette nouvelle déclara-

(1) Cfr Syst. de pol. posit,, tome II, p. 7 et s. (théorie générale de la religion ou théorie positive de Punité humaine).

(2) « Au nom du passé et de l'avenir, les serviteurs théo-

tion n'est pas isolée. Partout, dans l'œuvre d'Auguste Comte, on en trouverait d'analogues.

D'un autre côté^ dans ce même Catéchisme, Auguste Comte pose comme axiomes ces deux principes :

// 7i' existe po'mt de société sans (jouvernement ;

Aucwie société ne peut se conserver et se déve* lopper sans un sacerdoce quelconque (1).

Enfin, toujours dans le Catéchisme, nous trouvons cette déclaration très nette : chaque consécration consiste à représenter le pouvoir correspondant comme le ministre d'une puissance respectée : Dieu, sous le régime provisoire, THumanité, dans Tordre définitif (2).

riques et les serviteurs pratiques de l'Humanité viennent prendre dignement la direclion générale des affaires terrestres, pour construire enfin la vraie providence, morale, intellectuelle, et matérielle ; en excluant irrévocablement de la suprématie politique tous les divers esclaves de Dieu, catholiques, protestants, ou déistes, comme étant à la fois arriérés et perturbateurs. » Cfr. notamment : Discours sur Vensemhle du posU., Concl. génér., p. 361-2 (l'Humanité et les dieux) ; et Testament d'Auguste Comte, C. 2" édit.. Fonds typ. de l'exécution testament. d'A. C, 1896 p. 9, ibid. {confessions annuelles), p. 137.

(1) Voy. Catéchisme posil. Ensemble du régime, édit. Pécaut, p. 250, 251.

(2) Ibid., p. 251. Cfr. Lettre à Mus Uartineau (Uttré.

Nombre d'antinomies apparentes pourraient donc se résoudre par cette simple question : sommes-nous encore sous le régime provisoire, ou déjà dans l'ordre définitif?

Mais Auguste Comte est allé beaucoup plus loin.

11 a combattu l'athéisme. Voici en quels termes, rebelles à toute analyse impartiale : « Même sous l'aspect intellectuel, l'athéisme ne constitue qu'une émancipation très insuffisante, puisqu'il tend à prolonger indéfiniment l'état métaphysique en poursuivant sans cesse de nouvelles solutions des problèmes théolo-

Aug. Comte et la Philosophie positive, 1863, p. 649) : « Ma fondation d'un nouveau pouvoir spirituel consiste surtout à mettre irrévocablement au service du sentiment VintelUgence, qui jusqu'ici fut essentiellement vouée à servir la force matérielle. » Et encore : Lettre à M. de Blignières (LiTTRé, ibid., p. 660). « Les émancipés sont maintenant assujettis à parvenir à l'amour par la foi réelle, c'est-àdire démontrée ou démontrable. »

giques au lieu d*écarter comme radicalement vaines toutes les recherches inaccessibles. Le véritable esprit positif consiste surtout à substituer toujours l'étude des lois invariables des phénomènes à celles de leurs causes proprement dites, premières ou finales, en un mot la détermination du comment à celle du pourquoi. Il est donc incompatible avec les orgueilleuses rêveries d'un ténébreux athéisme sur la formation de l'univers, Torigine des animaux, etc.. Dans son appréciation de nos divers états spéculatifs, le positiviste n'hésite point à regarder ces chimères doctorales comme fort inférieures, même en rationalité, aux inspirations spontanées de l'humanité. Car le principe théologique, consistant à tout expliquer par des volontés, ne peut être pleinement écarté que quand, ayant reconnu inaccessible toute recherche des causes, on se borne à connaître les lois. Tant qu'on persiste à résoudre les questions qui caractérisèrent notre enfance, on est très mal fondé à rejeter le mode naïf qu'y appliqua notre imagination, qui seul convient, en effet, à leur nature. Ces croyances spontanées ne pouvaient radicalement s'éteindre qu'à mesure que l'humanité, mieux éclairée sur ses moyens et ses

besoins, changeait irrévocablement la direction générale de ses recherches continues. Quand on veut pénétrer le mystère inaccessible de la production essentielle des phénomènes, on ne peut rien supposer de plus satisfaisant que de les attribuer à des volontés intérieures ou extérieures, puisqu'on les assimile ainsi aux effets journaliers des affections qui nous animent. L'orgueil métaphysique ou scientifique a pu seul persuader aux athées, anciens ou modernes, que leurs vagues hypothèses sur un tel sujet sont vraiment supérieures à cette assimi-

Ilation directe, qui devait exclusivement satisfaire notre intelligence jusqu'à ce qu'on eût reconnu l'inanité radicale et l'entière inutilité de toute recherche absolue. Quoique l'ordre ^naturel soit, à tous égards, très imparfait, sa roduction se concilierait beaucoup mieux avec la supposition cTune volonté intelligente qu'avec celle dun aveugle méca?iisme. Les athées persisnts peuvent donc être regardés comme les lus inconséquents des théologiens, puisqu'ils •poursuivent les mêmes questions en rejetant l'unique méthode qui s'y adapte (1). »

(1) Voy. Discours sur l'ensemble du posit.^ société posil. iûlernat., 1907, p. 49-51.

Que conclure?

Qu'Auguste Comte est un agnostique scientifique (1).

11 est d'abord athée, en ce sens qu'il déclare

impossible d'affirmer qull y a un Dieu. Puis il se retourne contre les athées qui affirment : il n y a point de Dieu (2).

(1) C'est la seule conciliation possible entre les divers textes, que nul distinguo chronologique ne parviendrait à élucider de manière satisfaisante.

(2) Certains ont tenu qu'il réservait la question du Deus absconditus. Voy. Renouvier : « La religion positiviste est la partie la plus intéressante de l'ensemble du positivisme. Dans l'état où Comte l'a portée, on n'y voit plus rien qui exclue Dieu ou l'état futur des âmes ». Renouviir, Philos, analyt. de l'Histoire, tome IV, p. 245. Cfr. Auguste Comte, Synthèse subjective. Dans cet ouvrage, Auguste Comte, toujours mû par des considérations d'ordre sociologique, va jusqu'à faire appel à la fiction. Mais il ne rénonce point à son principe de relativité universelle. « Ne devant jamais aspirer aux notions absolues, dit-il expressément, nous pouvons instituer la conception relative des corps extérieurs, etc.. Bornée au Grand-Etre (l'Humanité) assisté de

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Il entend ne jamais sortir du relatif. Telle est ridée unique exprimée sous une double forme.

Au demeurant, n'est-ce pas une divinité sui generis qu'il introduit avec sa doctrine relises dignes serviteurs et de leurs libres auxiliaires, l'intelligence, poussée par le sentiment, guide l'activité de manière à modifier graduellement une fatalité dont tous les agents tendent constamment au bien sans pouvoir en connaître les conditions » {Synthèse subj., p. 8 et 9^. Le point de vue d'Auguste Comte ne saurait être précisé avec plus de netteté. — L'analyse de Sluart Mille reste, de toute façon, remarquable : « Il est vrai qu'il désavouait avec quelque acrimonie l'athéisme dogmatique, et même il dit (dans un ouvrage postérieur, mais les précédents ne contiennent rien qui soit en désaccord avec cela) que l'hypothèse d'un dessein a bien plus de vraisemblance que celle d'un mécanisme aveugle. Mais une conjecture fondée sur l'analogie ne lui semblait pas une base sur laquelle on pût asseoir une théorie, dans l'état de maturité de l'intelligence humaine. Il pensait que toute connaissance réelle d'un commencement nous est inaccessible et que toute recherche sur ce point outrepasse les limites essentielles de nos facultés mentales. » Auguste Comte et le Positivisme, trad. G. Clemenceau, 8« édit., 1907, p. 14, 15.

gieuse de rHumanité? L'Humanité, pour lui, est la déesse (i), nous la devons adorer ^ et il institue les rites qu'il juge appropriés à ce but.

Autant il serait injuste de regarder Auguste Comte comme un athée proprement dit, autant il semble logique de relier la religion positiviste au culte révolutionnaire de la déesse Raison. C'est à bon droit que l'on a vu dans ce dernier culte le pressentiment de la Religion de IHu-maniié (2).

(1) Voy. Catéchisme.

(2) Cat. posit.^ édit. apost. 4891, p, 401 (noies). — « Meanwhile there is great reasonableness in whal D' Congreve is slated to hâve told Mr. Robertson, viz., thaï Comte's philosophy and polity musl be more generally absorbed before il can be formally revised and modified lo advantage. » The positivist RevieWt London, feb. 1909, p. 36.

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A regard de la Révolution française même, Auguste Comte abonde en éloges, comme en critiques.

11 n'en reste pas moins exempt d'inconséquence. Ne possède-t-il pas, au suprême degré, l'esprit de nuance? 11 le possède par don et l'exerce par principe (I). 11 blâme nettement l'absence de conslrwUion. Au contraire, il ne tarit pas en éloges sur le principe affectif du nouveau régime, la subordination continue de la politique à la morale. « Elle constitue, en effet, le vrai sens organique de la proclamation, désormais irrévocable, de la République fran-

(1) Le bref passage que voici montrera le point extrême de la pensée d'Auguste Comte (1857) : « L'initiative et les avances devant naturellement caraclériser la supériorité réelle, il faut peu s'étonner que la grande ligue religieuse des âmes d'élite contre l'irruption anarchique du délire occidental, commence par le Positivisme, seul capable d'y présider. » Auguste Comte conservateur, H. Le Soudier, 1898, p. 276.

caise, consacrant toutes les existences quelconques au service de l'Humanité. Quant à la systématisation qui peut seule réaliser ce principe fondamental, le positivisme en a posé les bases, mais la raison publique ne les a pas encore adoptées (1). »

De même l'admiration d'Auguste Comte pour le Moyen Age (2) n'implique à aucun degré l'incompréhension de l'antiquité (3). Personne n'a, au contraire, mieux défini le caractère humain du polythéisme (4).

(<) Discours sur Venscmble du positivisme, p. iOl-2.

(2) « Historiquement considérée, la foi du Moyen Age fournit le premier type d'une digne soumission, qui, semblant dirigée vers Dieu, se trouvait réellement appliquée à l'Humanité, mieux que sous la théocratie initiale. » Synthèse subjective, 2« édit., 1900, p. 17.

(3) Le critérium d'appréciation d'Auguste Comte est nettement indiqué dans le paragraphe VUumanité et lés Dieux (Disc, sur Vens. du pos., p. 361-2).

(4) « La poésie n'y eut d'autre part que de les embellir (A. Comte parle des croyances) conformément à sa desli-

Et nul n'a parlé avec plus de finesse (alors même qu'il semblait en réprouver l'esprit) des tentatives menées par les grands artistes de la Renaissance (i).

C'est maintenant à l'Art, inspirés par les doctrines nouvelles, qu*il appartient d'achever » de nous placer au vrai point de vue humaniste (2).

nation constante. Seulement la nature de la philosophie polythéique rendit cet office beaucoup plus favorable à l'essor de l'art que sous tout autre régime ultérieur. Aussi est-ce à cet âge théologique que remontera toujours notre initiation esthétique, individuelle ou collective. » Discours sur VEns. du posit., V" partie (l'art dans ranliquité), p. 313. Cfr. même ouvrage, p. 359-302, et Syst. de pol. posit., tome m, p. 158-416.

(1) Voy. Cours de phil. posit., tome VI, p. 174-177. Et Cfr. ci-dessus: I" partie. En fait, Auguste Comte oppose au principe factice de la Renaissance !e principe directement et universellement humain d'une autre Renaissance, la Renaissance positiviste. Non seulement celle-ci comprend toutes les races, toutes les périodes et tous les types historiques, toutes les religions, mais (de par la bibliothèque positiviste où Homère, Esch.vle, Théocrile môme ont leur place), elle réintègre, en l'épurant, le principe actif (humain) du Polythéisme et l'influence de ses productions les plus puissantes comme les plus délicates. Cfr. Tcstam, d'A. Comte, 2' édit , p. 97 et 98 (Pétrarque).

(2) Discours sur C Ensemble du posit., p. 360, 30 1. Et Cfr les deux axiomes précités du Catéchisme. Ces axiomes sont la clef de voûte de la doctrine. Celle doctrine est,

tout entière, d'ordre sociologique. Quant aux points d'aboutissement, Auguste Comte les résume de la sorte :

1» Suprématie du sentiment ;

2» Relativité complète ;

3® Indivisibilité de la synthèse.

« Ainsi appelée à devenir indivisible, la nouvelle synthèse combine ces conditions en érigeant en principe universel le dogme de l'Humanité, graduellement surgi sous la tutelle fictive, qui se trouve irrévocablement épuisée. » Appel aux conservateurs, 1855, p. 20-24. Cfr. ihid,, p. 32-37.

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