‹ Auguste Comte conservateurChapitre 1 sur 29 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La soumission osl la base du porfoclionnemcnt.

Ces pages immortelles ont été écrites il y a plus de quarante ans. Cependant elles sont restées inconnues du public. La « conspiration du silence » organisée de son vivant autour d'Auguste Comte dure-t-elle toujours? On parle maintenant beaucoup de lui, en volumes, en brochures, voire dans les journaux et les revues dont deux lui lurent spécialement consacrées. Mais, élrangelé des choses humaines, l'épidémie cérébrale, résultée de l'empoisonnement de l'esprit public par deux érudits, est devenue si universelle; telle est la débilité mentale et morale de notre société décomposée, suite trop naturelle de la maladie révolutionnaire, que le (c vrai » Auguste Comte est aussi méconnu qu'il l'était à sa mort.

Le <( nouveau maître du savoir ». plus grand encore de cœur que d'esprit, le seul parmi les penseurs modernes qui soit resté dans la filiation catholique, l'émule de saint Paul, de saint Bernard, de saint François, de saint Ignace, eut le malheur de posséder deux disciples qui ne lui ressemblaient guère: l'un, « de nature incurablement jj/'o^fs/rf/ift"»; l'autre, sceptique, corrupteur de lajeunesse. Après sa mort prématurée, tous deux s'acquirent quelque célébrité en commentant l'œuvre restée inachevée. Ils la ravalèrent à leur niveau intellectuel et moral, en laissant essentiellement ignorer les principales notions du positivisme, religieux, moral, esthétique, théorique et pratique, et en dénaturant les autres. Ils ont revêtu la vérité de la robe du mensonge.

L'abominable et hideuse caricature qu'ils en firent l'un et l'autre peut seule expliquer comment Auguste Comte, le conservateur le plus systématique, le plus

Yl PREFACE

fécond, dont l'œuvre est seule susceptible de grouper en un faisceau compact le parti de Tordre, reste encore confondu, aux yeux du public, quarante ans après sa mort, dans la foule des rêveurs subversifs dont le facile succès fit la honte du xix* siècle.

Tous deux firent profession de l'honorer, de l'aimer même; ils se dirent chargés de continuer l'œnvre. Et c'est peut-être pour le mieux servir que l'un, avec une franchise brutale, le taxa ouvertement de « folie '>, que l'autre, plus hypocrite, jugea la lin de sa vie remplie « d'illusions ».

Folie! Illusions ! Mais que de grandeur dans ces illusions ! Quelle folie sublime !

Folie identique à celle de ses immortels précurseurs du moyen âge, qui, eux aussi, rêvaient le genre humain mieux discipliné, dépouillé de ses imperfections sans nombre.

Renouant la chaîne des temps qui paraissait rompue, leur successeur, embrasé du même amour, restaure les splendeurs de l'âge le plus heureux de l'humanité. 11 leur infuse une vie nouvelle, avec une doctrine appropriée à sa destination, dans une situation plus favorable et dans un milieu mieux préparé.

Ouvrant des sépulcres séculaires, il ressuscite la chevalerie, le culte de la femme, la vénération, la tendresse, la piété, le dévouement, la primauté du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, — condition primordiale de toute dignité, de toute liberté, de toute indépendance. — Dominant l'esprit de détail, principal fléau du siècle actuel, par le génie d'ensemble ; subordonnant l'esprit au cœur; érigeant le sexe affectif en providence morale de notre espèce ; réglant, comme le moyen âge, la vie humaine d'après le sentiment, il brise à jamais le prestige fallacieux, l'orgueilleuse et stérile domination d'une vaine science, anarchique et perturbatrice, qui, n'ayant su rien fonder, assiste, impuissante et indifférente, aux tourmentes qu'elle a déchaînées, trônant sur les ruines dont son règne a couvert le monde.

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Réunirlespartisans (le l'ordre contre ceux du désordre;

Les disciplinés contre les révoltés ;

Les silencieux contre les discoureurs ;

Les liiinibles contre les superbes ;

Les réservés contre les agités ;

Ceux qui résistent contre ceux ((ui poussent à la désorganisation ;

Ceux qui dirigent et ceux qui mettent leur dignité à être dirigés contre les bi'ouillons incurables, également incapables de conduire et d'être conduits ;

Tous ceux qui, acceptant le joug' salutaire du passé, se soumettent volontairement à une régie, personnelle, domestique et civique, contre tous ceux qui, abandonnés à leur sens propre, suivent les impulsions de leurs passions aveugles, épuisent leurs forces dans la poursuite de vains remaniements temporels;

Ceux qui gémissent du dérèg-lement universel contre ceux qui dirigent les cornes insolentes d'une fausse libe)'tè envers tout ce qui est saint et respectable ;

Réunir, en un motj tous ceux qui ont une relig-ion contre tous ceux qui n'en ont pas, afin de former une force collective irrésistible, capable de réagir profondément sur les destinées de l'Occident.

Telles furent les préoccupations d'un Maître vénéré dans les dernières années de sa vie, préoccupations arrivées à maturité en 1857, où la mort vint briser prématurément de si g-rands projets, éclipsant pour longtemps de nouveaux horizons d'espérance ^

Préparer le terrain pour cette noble Ligue religieuse, seule capable de sauverl'Occident de l'immense désordre dont il est menacé ; faire voir à tous que le positivisme y a sa place marquée ; initier le public à quelques-unes des graves et fortes leçons, torrent d'idées, neuves, profondes, consolantes, jaillissant, comme d'une source féconde, de l'œuvre finale d'Auguste Comte, tel est le but de cette compilation.

* Voir dans sa correspondance, qui va être publiée incessamment, les lettres de 1857.

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