Paroies de philosophie poiitive
connaissance aux deux penseurs qui l'ont successivement trouvée. Gela, je n'ai jamais prétendu le contester; si je l'avais fait, j'aurais ébranlé moi-même Fédifice philosophique sous lequel je m'abrite.
Mais, en histoire, tout n'est pas renfermé dans Tordre scientifique. M. Comte, qui a dit quelque part qu'il fallait bien, aux débuts de l'humanité, supposer certaines notions qui ne lussent ni théologiques ni métaphysiques, a indiqué le germe, je ne dirai pas de mon objection, mais de ma restriction. £n effet cette loi des trois états ne comprend ni le développement industriel, ni le développement moral, ni le développement esthétique. A la vérité, elle porte ce caractère excellent d'être relative aux spéculations où l'évolution par filiation est le plus manifeste et par conséquent de donner une notion positive de la marche de lliistoire; H. Comte s'y est abandonné, et elle ne Ta pas trompé. Mais il n'en reste pas moins des lacunes et des vides à combler. Pour essayer de les comMer, j'ai, dans les Paroles de philosophie positive^ esquissé un développa ment du genre humain en quatre périodes, répondant à quatre périodes semblables du développement de l'individu. Alors j'ignorais que j'avais été précédé par Saint-Simon; aujourd'hui j'ai hâte de reconnaître ce plagiat involontaire. Voici ce que disait Saint-Simon en 1808 :
« L'intelligence générale et Fintelligence individuelle se développent d'après la même loi. Ces deux phénomènes ne diffèrent que sous le rapport de la dimension des échelles sur lesquelles ils ont été construits. Cette vérité, facile à constater par Texamen comparé de la marche de l'esprit humain et du développement de l'intelligence individuelle, ottre l'avantage de pouvoir faire connaître le sort futur de rhumanité jusqu'à sa mort (Œuvres^ t. I, p. 177). > Saint- Simon admet quatre développements pour l'individu et pour l'humanité : l"" l'enfance où l'on se plaft amc métiers ;
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^ la puberté où l'homme devient artiste ; 8* de vingt-cinq à quarante-dnq ans Tbommeest essentidlement militaire; 40 à partir de là ses forces spéculatives augmentent.
Je passe rapidement, et ne m'arrête pas à faire voir que mon diagramme diffère essentiellement de celui de Saint- Simon. Je me borne à noter que mon idée se compose de deux parts : Tune, qu'il y a dans l'individu un développement analogue à celui que l'espèce subit dans l'histoire : cette part est réservée à des recherches ultérieures ; l'autre, qu'il y a dans le genre humain quatre ordres de développements : le développement industriel, le développement moral, le développement esthétique et le développement scientifique. Cette division, examinée plusieurs fois depuis quatre ans, me parait devoir être conservée et contenir les éléments essentiels d'un traité de sociologie.
Le lecteur m'accuse peut-être déjà d'intervenir ici à tort avec mes idées propres et de me laisser aller à une digression; ce n'en est pourtant pas une; car je suis conduit à une indication que je regarde comme de grande importance. Il n'existe point de traité de sociologie. Les trois volumes qui terminent le Système de philosophie positive contiennent non une sociologie, mais le dessin du développement de l'histoire; j'en donnerai très-brièvement une idée claire, en les comparant, en biologie, à un traité sur l'évolution de l'individu d'âge en âge. La Politiquie positive est, dans l'intention de l'auteur, un livre d'application où il s'efforce de montrer comment il faut passer des principes philosophiques et sociaux à l'organisation des sociétés. Personne, depm's, ne s'est essayé à un aussi grand sujet, et, pour continuer ma comparaison avec la biologie, on n'a en sociologie ' aucun traité qui soit Téquivalent d'une physio-
1. Faute de termes qui ne sont pas encore créés , je suis obligé de prendre toeiologie en deux sens différents : dans l'un il désigne la science
logie. Il me parait que les quatre développements que j'ai indiqués sont les points fondamentaux d'une physiologie sociologique. Hais, quelle que soit l'opinion à cet égard, mon indication demeure ; et je regarde comme ma fonction de signaler aux esprits désireux de travail et de méditation les objets sur lesquels ils peuvent se porter. Étendre la philosophie positive est le premier et le plus grand hommage à rendre à 'M. Comte.
totale et répond à biologie; dans l'autre , il désigne une portion de la science, et yeni dire physiologie soeiologiqw.