‹ Auguste Comte et la philosophie positive (volume 2)Chapitre 3 sur 83 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

Aujourd'hui , il y a plus de vingt ans que je suis sectateur de cette philosophie; la confiance qu'elle m'inspire et qui fut au prix de longues méditations et de plus d'une reprise, n'a jamais reçu de démentis. Deux ordres d'épreuves ont été par moi mis en œuvre pour me préserver des illusions et des préjugés : d'abord l'usage que j'ai Êiit constamment de cette philosophie, puis la sanction que le cours des choses lui apporte. Occupé de sujets très- divers, histoire, langues, physiologie, médecine, érudition, je m en suis constamment servi comme d'une sorte d'outil qui me trace les linéaments , l'origine et l'aboutissement de chaque question , et me préserve du danger de me contredire, cette plaie des esprits d'aujourd'hui ; elle suffit à tout, ne me trompe jamais, et m'éclaire toujours. Le cours des choses ne lui est pas moins &vorable que 1 épreuve individuelle; non*seulement il ne la contredit pas , mais encore tout ce qui advient en science ou en politique lui prépare quelque nouvel appui mental ou social.

Si , comme je le pense , M. Comte doit tenir une grande place dans la postérité , je n'ai pas voulu que se perdît ce que j'ai vu de lui, ou ce que j'ai appris de personnes qui avaient vécu dans son intimité.

Deux intérêts étroitement liés m*ont perpétuellement guidé , celui de la philosophie positive et celui de son fondateur. Je regarde la philosophie positive comme une de ces œuvres à peine séculaires qui changent le niveau ^ et je regarde celui qui l'a mise

PRÉFACE. m

au jour comme un de ces hommes à qui est due gloire et reconnaissance. Aussi l'intention de cet ouvrage est de servir la cause de Tune et de l'autre.

Une suite d événements qui seront relatés, a £ût que cet intérêt suprême que je leur porte se trouve soumis à une épreuve pénible mais inévitable. M. Comte , à un moment donnée pensant et assurant qu'il ne faisait que développer la philosophie positive, changea de méthode. Aien de plus grave qu'un changement de méthode. Force a donc été de discuter la légitimité de celui-ci ; car le disciple le plus iidàle ne pouvait , même sur la parole du maître , s'engager , sans rechercher par lui-même cette légitimité, sans se convaincre en un mot qu'il y avait nécessité de passer de la première méthode à la se* conde. L'adhésion à la seconde n était qu'au prix d un examen aussi rigoureux que l'examen qui avait conquis l'adhésion à la première. Je le dis d'avance, il fut impossible de trouver cette nécessité que M. Comte avait affirmée ; les deux méthodes se montrèrent comme deux doctrines distinctes, ayant des points de départ difTérents et inconciliables. Le procédé de discussion a été très-simple; il consiste à prendre le système de philosophie positive qui, pour M. Comte comme pour moi, fait loi en méthode et en principe, et à l'employer comme un instrument logique. Ce qui n'a pas résisté à cette épreuve a été , de soi, condamné.

J'aurais vivement souhaité qu'il en fût autrement «

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