CHAPITRE VIII
Pefte de la place d'examinateur à l*École polytechnique.
Les menâmes dont la préface et le procès étdënt pleins eurent leur effet aussitôt que l'occasion se présenta ; ce fut Tannée suivante, en 1843, quand, selon la rè^lë établie, le Conseil d'instruction de TËcole polytechnique eut à prononcer sur la réélection annuelle de M. Comte. Cette réélection rencontra Une très-vive opposition, dont les incidents sont racontés dans une lettre à M. Mill, du 16 mai 1843.
« Quoique les graves motifs temporaires qui m'ont fiiit exceptionnellement retarder ma réponse à votre bonne lettre du iO avril ne soient pas encore suffisamment dissipés, je ne dois pas Vous la laisser attendre davantage , dans la crainte de vous inquiéter au delà de la réalité, puisque vous savez déjà que cette époque devait être celle d'une concentration naturelle des efforts de mes ennemis personnels pour empêcher ma réélection annuelle comme examinateur. Votre précieux envoi m'est enfin parvenu le 13 avril, au milieu de la crise dangereuse dotit je vais vous entretenir , en sorte que j^ai dû alors ajourner une lecture aussi importante Jusqu'au moment où j'y pourrais apporter le juste degré d'attention et de continuité qu'exigeait de moi cette appréciation capitale. Je n'ai pu commencer eette leo ture que le premier de ce mois, et je l'ai achevée samedi dernier 13, utilisant, à cette heureuse fin, une suffisante
intermittence dans l'orage oii Je iuis encore enveloppé , et qui vient précisénoient de reprendre utie nouvelle ftirie depuis que j'ai terminé cet intéressant examen, dont Je vous entretiendrai tout à l'heure.
« D'après les menaces dont Je vous ai parlé lors de mon procès, j'ai toijgours compté que je ne serais pas, cette année, réélu à l'unanimité comme auparavant. Mais, pendant tout l'hiver , j'ai pensé que les efforts de mes ennemis, dans le Conseil polytechnique, n'aboutiraient alors qu'à faire éclater contre moi M. X. et M. X., les seuls adversaires actifs que j'y ai réellement, et tout au plus^à joindre à ces deux voix contraires une ou deux autres dues i l'in&tigable obsession de leur inimitié ; ce qui, à tout prendre, ne méritait pas de m'inquiéter dans une assemblée de quatorze ou quinze membres, où je tenais peu à l'unani*^ mité, surtout cette année. Mais j*ai été utilement averti, au commencement d'avril, que ma sécurité philosophique était mal fondée , et que d'activés intrigues étaient sur le point de faire concourir à ma perte des personnages faibles qui, sans avoir au fond aucune inimitié contre moi, doivent en être spontanément éloignés, de façon à ne pas oser refu* ser à mes puissants ennemis une telle coopération passive. Ainsi avisé> je me suis aussitôt mis en mesure, suivant la tendance de mon caractère à toujours attaquer d'abord la principale difficulté, de recourir utilement au ministre pour lui demander, selon son droit, de casser une décision funeste, si on parvenait finalement à l'arracher au Conseil. Gela posé, j'ai dû m'efforcer de prévenir, autant que possible, une telle extrémité par un mélange convenable de douceur et de crainte, comme envers tous les êtres peu raisonnables, auprès des divers votants que je pouvais honorablement voir. Telle est la triste manière dont j'ai employé le DQoia dernier, que vous avez, sans douter naturellement cru utilisé par moi à l'heureuse lecture de votre
précieux envoi. Après m'étre ainsi assuré une éclatante majorité, j*ai d'abord espéré que cet épiaode se dénouerait à la première réunion spéciale du Conseil, le vendredi 28 avril, où tout le monde comptait sur mon succès. Mais l'active méchanceté de mes deux principaux opposants et le peu d'énergie d'une portion de mes arôis ont empêché que le vote ne s'accomplît ce jour-là, sous prétexte qu'il fallait d'abord faire examiner l'afTaire par une commission spéciale de cinq membres. Quoique M. X. en fît partie, cette commission a pourtant conclu en ma faveur dans la seconde réunion qui s'est tenue samedi dernier, 13, pendant que je savourais paisiblement vos deux chapitres extrêmes. Néanmoins, grâce à de nouvelles menées, habilement assistées d'un fort coup de théâtre par Tintervention insolite du métaphysicien Dubois, qui figure là à titre de professeur de composition française, et dont l'éloquence parlementaire a subitement tonné contre l'irrévérence de ma fameuse préface, on a encore obtenu du Conseil, après trois heures de discussion adiarnée, un nouvel igouroement qui parait même ne pas être le dernier. Cette orageuse séance a même déterminé les chefs de ma majorité à me conseiller de tenter de nouvelles démarches près de quelques votants indécis, tandis que j'avais cru terminées avec le mois d'avril ces ennuyeuses corvées, si antipathiques à mon caractère. Dans une telle situation, qui peut encore se prolonger au delà de ce que l'on prévoit, j'ai cru ne devoir pas tarder davantage à vous répondre, quoique je voulusse d'abord ne vous informer de cette crise qu'en vous annonçant sa paisible issue. Je m'empresse donc de suspendre ces tristes démarches itératives pour me procurer une puissante diversion par notre heureuse correspondance, sauf à reprendre bientôt la plume spontanément, s'il y a lieu, comme je l'e^ère encore, de vous mander un dénouement favorable avant d'avoir reçu votre réponse à cette
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communication imprévue, dont je comptais bien épargner l*amertune à votre sympathique sollicitude. >
Dans la suite de cette même lettre, M. Comte expose combien désastreuse serait pour lui la perte de son emploi. « ....Je n'ai jamais plus péniblement senti qu'en ce moment l'inconvénient du défaut total de fortune personnelle chez ceux qui veulent régénérer le système des conceptions humaines. Qu'eût fait Descartes, par exemple, sans son modeste mais suffisant patrimoine ? car, au fond, si j'avais seulement trois à quatre mille francs de revenu assuré, ou seulement même, ce qui serait presque chez moi équivalent, si j'étais célibataire, je m'inquiéterais peu de l'iniquité qu'on tente contre moi aujourd'hui . Hais vous savez que je suis absolument sans fortune, et que jusqu'ici je n'ai pas pu faire la moindre épargne, en sorte qu'une telle crise, si elle tournait enfin d*une manière sinistre, me jetterait dans une horrible perturbation matérielle, en me privant subitement de la moitié d'un revenu qui n'est que suffisant. Cette détresse immédiate serait d'ailleurs encore aggravée par la perspective, dès lors presque certaine, de perdre prochainement aussi ma place de répétiteur qui, en me mettant journellement en contact avec une jeunesse pleine de vénération pour moi, resterait assez dangereuse envers mes ennemis, pour qu'ils dussent attacher de l'importance à m'en dépouiller aussi, ce que leur premier succès décisif rendrait, en ce cas, très-facile. Enfin, car je dois tout montrer à votre énergique sympathie, ce double sinistre tarderait probablement peu à réagir aussi funestement sur le troisième élément de mon existence actuelle. Une fois ainsi écarté de l'École polytechnique, il suffirait du moindre conflit pour me faire également perdre mon professorat dans l'établissement privé où je suis maintenant attaché, parce que je ne me dissimule pas qu'on y tient surtout à moi beaucoup plus à cause de ma position officielle, qu'en A. c. 2S
vertu de mon mérite didactique'. Ce danger ultérieur vous étonnera peu^ en do telles suppositions, quand vous saurez que cette maison est essentiellement vouée au parti réirograde et plus spécialement à l'influence catholique. Ainsi, dans un prochain avenir, je peux me trouver successivement privé des trois fonctions qui constituent maintenant ma pénible existence matérielle, et avant d'avoir pu en retrouver l'équivalent par un actif enseignement indépendant, à la fois privé et collectif, qui ne deviendrait certainement pas assez productif avant deux ans^ Mais toute la gravité de ma situation réside, au fond, dans l'impossibilité immédiate ob je me trouverais forcément d'attendre le terme de compensation. Sans cela, et sauf aussi le funeste retard qu'une telle perturbation apporterait nécessairement à mes travaux essentiels, ce nouveau mode d'existence serait peutêtre finalement préférable, en me procurant une plus cornplète indépendance, que mon action philosophique utilise* rait certainement. En supposant même heureusement passée, comme je crois pouvoir encore l'espérer , la crise actuelle, pareil danger peut recommencer Fan prochain, si je ne parviens pas à obtenir du ministère que la place soit instituée à vie. Or, je sens déjà que la liberté de mes spéculations s'en trouvera gênée; car, au fond, la préface elle* même, ainsi que le procès, ne sont ici que des prétextes servant à ameuter contre moi des votes qui sans cela flotteraient peut-être* Mais, entre nous deux, il fdut sentir qne le vrai principe de cette lutte acharnée, principe indélébile et désormais progressif, consiste dans mon appréciation sociologique des géomètres, et dans mon effort systématique pour substituer une direction traiment philosophique à
1. M. Comte se trompe. M. La ville, aDcien élève de TËcole normale «t qui a?ait été lui-même professeur distingué de mathématiques, était en état d'apprécier M. Comte, et il faisait le plus grand cas de son enseigne* ment et de son caractère.
PERTE DE LÀ PLAGfi D'EXAMINATEUR. 339
rirrationnelle domination de ceux qui ne me pardonneront jamais d'avoir seul démasqué une classe qui se croyait inexpugnable. Si notre Écoie était vraiment gouvernée « c'est-à-dire commandée par un chef unique et responsable, mon sort serait beaucoup moins exposé ; quand même j*y devrais avoir affaire à un général qui ne sût pas lire (s'il en existe encore}» pourvu qu'il eût une ftme honnête, un esprit droit et un caractère énergique, je préférerais sa suprématie à l'irresponsable prépondérance d'une pédantocraiie dont les membres envieux se sentiront toujours irréconciliables arec moi....»
Les débats furent, comme on voit, prolongés et très-vifs; ils se terminèrent en faveur de M. Ck>mte, hiais d'une maniai e qui faisait pressentir qu'il était irrévocablement condamné. Une lettre à H. Mill du 28 mai 1843 donne les détails.
* Sans attendre votre réponse à ma dernière lettre, je m'empresse, comme je vous l'y promettais, de vous annoncer l'heureux dénoûment que vient d'offrir la triste crise que je vous y décrivais et qui s'est enfin terminée, du moins quant à présent, au delà des espérances de tous nies amis et de mes propres prévisions, après trois séances fort orageuses da Conseil polytechnique, par ma réélection à /'u/ianmitéf sans excepter les voix des deux adversaires les plus acharnés que je compte dans cette petite corporation. Vous vous demandez, sans doute, comme je l'ai d'abord fait moimême, quel piège couvre ce résultat inattendu d'une lutte aussi pasmonnée. En effet, mes adversaires n'ont consenti finalement à se réunir ainsi à la majorité du Conseil qu*en manifestant l'intention formelle de convertir désormais leur acharnement personnel, mais passager peut-être, en une attaque systématique et durable, qui pourrait ultérieurement devenir encore plus dangereuse, si le dessein n'en est pas prochainement abandonné. Dans la dernière séance du
Conseil, ils ont proposé de diriger dorénavant d'une nouvelle manière leur droit de réélection annuelle, non plus en l'appliquant, comme tout le monde l'entendait jusqu'ici, à une simple confirmation périodique, tant que l'examinateur exercerait convenablement ses fonctions, mais en l'employant à renouveler systématiquement chaque année de tels fonctionnaires, autant du moins que le comporterait le petit nombre des personnes reconnues aptes à un tel ofGce, et entre lesquelles on le ferait ainsi alterner irrégulièrement sans qu'aucune d'elles en pût avoir l'attribution propre et permanente. Cette étrange proposition, qui n'aboutirait finalement qu'à confier toujours des fonctions aussi importantes et aussi délicates à des jeunes gens sans consistance, qui feraient continuellement leur apprentissage aux dépens des candidats et du public, n'a été, comme vous sentez, imaginée, à défaut de tout autre moyen, que pour m*écarter plus tard, et peut-être dès l'an prochain, d'une position qu'une telle absence de dignité et de sûreté me rendrait dès lors inacceptable; mais on l'a colorée, avec une certaine habileté d'exposition , de quelques spécieux prétextes de bien public qui ont déjà fait illusion à quelques membres inofiensifs. Gomme, de nos jours, et surtout en France, l'absence totale de vraies convictions permet, en tous genres, une sorte de succès momentané aux plus absurdes innovations, même quand on les imaginerait au hasard, j*ailieu de craindre que des esprits, trop habitués à pousser trèsloin l'examen d'une face isolée d'une question complexe» sans beaucoup s'inquiéter de l'ensemble du si^et, ne se laissent, de bonne foi, assez séduire par une telle tactique , si réellement on y persiste, pour m'obliger ultérieurement à renoncer à un moyen d'existence que j'avais dû croire jusqu'ici plus satisfaisant et moins précaire que l'enseignement privé dont je vivais autrefois. Dès ce moment, une telle incertitude me dispose à sentir fort amèrement
qu'olTrent de fastidieux ou de pénible mes fonctions actuelles, où la sécurité pouvait seule me présenter une véritable compensation. Toutefois, ma position reste au moins assurée ainsi pour une année, et j*ai toujours bien senti expérimentalement que la vie ne se compose, au fond, que d'années, dont il ne me reste guère, sans doute, qu'une vingtaine, que je parviendrai peut-être à passer sans plus d'embarras que les précédentes. De plus, quel que soit le désir des géomètres de me faire sentir leur domination matérielle, il est très-probable que cette étrange mesure n'a été réellement imaginée qu'afin de couvrir la défaite de mes adversaires, sous l'apparence d'une réserve hostile ; celui qui l'a proposée a certainement trop d'esprit pour en être sérieusement la dupe, et, quoiqu'il puisse malheureusement déterminer chez quelques autres une conviction passagère qu'il n'a pas lui-même, il est cependant fort possible que cette idée soit assez promptement abandonnée pour n'offrir aucun danger véritable dans la réélection de 1844. EnGn, si je la vois acquérir quelque consistance, cela même deviendra un motif suffisant pour m'autoriser, après ma tournée, sans aucune contradiction réelle avec la déclaration finale contenue à ce sujet dans ma préface , à demander directement au ministre de rendre permanentes mes fonctions d'examinateur, comme elles l'ont été longtemps, en faisant cesser une situation temporaire que cette nouvelle disposition rendrait alors incompatible avec mes plus évidentes nécessités ; j'aurais, en ce cas, quelque espoir d'obtenir cette heureuse transformation, en faisant convenablement ressortir les vices incontestables d'un tel nouveau mode. »
Dans la suite de cette lettre, il se félicite des honorables témoignages qu'il a reçus en cette menaçante affaire. «.... Quelque pénible qu'ait été pour moi la crise matérielle qui vient de se terminer ws^i favorablement, ellç me Ifliss^ra
toujours une précieuse compensation dans le doux souvenir permanent des honorables manifestations auxquelles elle a donné lieu en ma faveur dans notre monde savant et même chez U classe qui m*y est la plus hostile. Non-seulement j*ai trouvé, au sein du Conseil polytechnique^ fort au delà de mes espérances, des amis zélés et d'opinlAtres défenseurs ; mais, dans l'Académie des sciences elle-même et au dehors, une réprobation Irès-prononcée a spontanément accueilli l'explosion de l'iniquité qui se tramait contre moi. Encomplétant ma fameuse Préface, dans une seconde édition de mon grand ouvrage, par une histoire sommaire de cette lutte personnelle en ce qui mérite d'y être rappelé à la postérité, je me plairai à rendre, à ce sujet, une complète justice à tous ceux qui s'y sont noblement conduits. Je ne parle pas seulement de H. de Blainville, dont le zèle actif, quoique assurément au-dessus de tout éloge en cette occasion, ne doit étonner personne, soit à cause de son caractère bien connu, soit en vertu de son amitié déclarée; mais il est déjà de mon devoir de vous signaler spécialement l'admirable conduite, aussi honorable pour lui que pour moi, qu'a tenue ici un illustre géomètre dont j'ai eu précédemment à me plaindre gravement, et envers lequel je n'ai pas craint w effet de formuler, l'an dernier, un blâme public dans la longue note de la page 469 (U. Poinsot). Dès la première manifestation du danger que je courais, aussitôt après mon procès, M. Poinsot avait déjà fait spontanément, au début de cette année , une démarche décisive, dont j'ai été informé longtemps après, pour témoigner aux chefs de l'École polytechnique sa haute improbation d'une telle iniquité. Cette noble initiative ne s'est pas démentie ensuite durant tout le cours de la crise, à l'heureuse issue de laquelle cet éminent témoignage, dont l'impartialité ne pouvait certes être douteuse par suite même de ma nouvelle attitude envers M. Poinsot, a certainement beaucoup con-
tribué. Sans croire devoir reprendre avec lui mes anciennes relations, vous concevez aisément quel besoin j*ai eu de lut écrire aussitôt pour lui exprimer dignement ma reconnaissance et mon admiration d*une telle conduite , dont tant d'autres, à sa place, se seraient crus dispensés par la sévère justice que j'avais été obligé d'exercer.... »
Pour celui qui lira attentivement les deux lettres précédentes et se rappellera le résultat final, il sera clair que cette unanimité désastreuse, comme il la qualifiera bientôt, était le présage de ce qui allait arriver en 1844. Elle annonçait que ses amis s'étaient lassés; et, tacitement, il ét^t entendu que M. Comte jouirait encore un an de son emploi, mais qu'il n*en jouirait pas davantage. Pourtant, moitié illusion, moitié lassitude, il écrivait à M. Mill le 1" mai 1844 : « Le mouvement polytechnique ofiieiel a déjà porté à la tète de notre école l'un de mes anciens camarades, qui, indépendamment de quelques faibles sympathies mutuelles, se trouve d'ailleurs spécialement rattaché à ma cause par de communes antipathies actuelles. Je ne crois donc pas avoir réellement rien à craindre, pour ma situation présente, de ta réélection annuelle à laquelle je vais être, comme de coutume, assujetti ce mois-ci, et dont je suis bien décidé à ne pas même m'informer. Cetle inaction systématique, d'ailleurs conforme à mon usage antérieur, constitue le complément naturel de l'expérience décisive que j'ai dû tenter et qui est devenue périlleuse l'an dernier, pour explorer la consistance effective de ma position actuelle, que je rejetterais avec dégoût si elle devait exiger chaque année, de ma part ou de celle de mes amis, le renouvellement , même afiaibli , des démarches (|u'il a fallu faire l'an dernier. Malgré cette attitude passive et indifférente, je ne crois pas courir désormais aucun vrai danger, et ma démarche auprès du ministre m 'm garantirait d'ailleurs au besoin. >
3(i4 DEUXIÈME PARTIE.
Cette sécurité, sans beaucoup tarder, reçut un cruel démenti. Je lui emprunte toujours le récit des choses; je le trouve dans une lettre à M. Mill, du 22 juillet 1844 : < Quelques jours après vous avoir spécialement rassuré sur mes inquiétudes par ma lettre du 1" mai, le nouveau directeur des études est venu amicalement m'informer que la crise de Van dernier se renouvelait avec plus de chances hostiles. La désastreuse unanimité que j'avais obtenue alors n'était résultée que d'une perfide concession de mes ennemis, qui s'étaient ainsi habilement ménagé un moyen de reprendre plus dangereusement l'attaque lors de l'élection suivante , en paraissant renoncer à toutes les animosités pureiq^nt personnelles, au-dessus desquelles ils me voyaient placé, pour couvrir leur passion d'un prétexte systématique , en annonçant l'intention de changer désormais chaque année l'examinateur sans aucun sujet de mécontentement et uniquement à titre d'essai d'un nouveau mode. Ce prétendu principe était sans doute aussi absurde que possible à l'égard d*un office qui exige tant de maturité et de continuité, et qui serait ainsi livré méthodiquement à un fonctionnaire toujours novice , faisant son apprentissage aux dépens du public et des familles, et systématiquement écarté à l'instant où il commencerait à devenir réellement propre à ses fonctions. Mais, malgré sa grossière absurdité, cette idée a servi de doctrine de ralliement (et vous savez qu'il en faut toujours une quelconque) aux passions actives de quelques ennemis déclarés ou secrets, et aux lâchetés passives d'un plus grand nombre d'indifiîér^nts et d'amis tièdes, dans un milieu où chacun se trouve dépouillé à la fois de responsabilité et d'indépendance personnelles par l'échange de votes qui s'établit surtout ici , au sein des coteries régnantes. Quoi qu'il en soit, j'ai été fort surpris de cet avis, n'ayant pu avoir, malgré mes expériences antérieures, assez mauvaise opinion d'eux pour les croire capables de renQU«
veler, sans aucun nouveau motif pu prétexte les infimes tentatives de Tan dernier Je n*ai pas cru devoir aucunement renouveler les démarches que mes amis et moi avions faites Tan dernier, et je persiste à penser que je devais, en effet, m'en abstenir et laisser un libre cours à la périlleuse expérience que j'avais instituée, comme je vous le disais dernièrement. D'un autre côté , mes amis avaient été tenus naturellement, comme moi, dans une fausse sécurité antérieure, de manière à n'entreprendre, de leur côté et à mon insu, aucun eflbrt spécial. A la vérité, je vous ai parlé d'une démarche que j*ai faite, dès le mois de janvier, auprès du ministre de la guerre (M. le maréchal Soult), dans le département duquel se trouve l'École polytechnique, pour obtenir ofQciellement l'institution à vie de mon office d'examinateur, afin de prévenir tout retour des scènes de 1843. Mais le maréchal, quoique très-bien disposé pour moi, comme il l'a montré ensuite, ne crut pas alors le danger assez sérieux pour se décider à faire rendre une nouvelle ordonnance modiGcatrice ; il était d'autant plus excusable que moi-même je ne pensais pas que ma réélection fut réellement compromise, et je ne voulais ainsi que retirer, pour mon avenir, une juste compensation des inquiétudes de Tan dernier.
« Dans cette situation respective, vous ne serez pas maintenant étonné d'apprendre que, le 27 mai, lors de la réélection, mes ennemis ont obtenu contre moi une majorité de neuf voix contre cinq, malgré le zèle énergique et soutenu que les trois véritables chefs de notre École (le général commandant en chef, le colonel commandant en second et le directeur des études } ont unanimement développé pour moi. Toutes les passions que ma préface a caractérisées ont concouru à la consommation de cette iniquité; les neuf voix hostiles contenaient un organe spécial du parti matéphystqiie, et mênqe les rancunes théoloçiques s'y trouvaient
formellement représentées par un affilié des jésuites. Mais les haines dominantes étaient certainement, abstraction faite des inimitiés personnelles, celles des géomètres, dont la philosophie nouvelle menace dangereusement l'irrationnelle suprématie scientifique ; ils craignent peu, en France, les attaques des métaphysiciens, qu'ils peuvent toujours taxer justement d'un sot dédain absolu et d'une entière incompétence pour toutes les études positives; mais une philosophie directement émanée de la science elle-même, qui fait à chacun sa part légitime, et qui, en montrant le danger de la domination prolongée des géomètres, leur assigne un incontestable office initial, ils ne me pardonneront jamais de l'avoir formulée et systématisée. Voilà la vraie source de leur infatigable inimitié, contre laquelle je ne puis compter que sur des appuis extérieurs.... Quelque faible que soit dans notre anarchique milieu l'intervention protectrice du gouvernement, j*y ai trouvé enfin un noble appui réel , quoiqu'il n'ait pas suffi à empêcher tout dommage.
« Quelques jours après ma non-réélection, le ministre de la guerre s'est empressé de m'accorder, le l*' juin, l'audience spéciale que je lui avais demandée. Mme Austin vous a peut-être dit déjà combien j'y avais été pleinement satisfait et, je puis dire, touché de l'accueil du maréchaU qui m'a déclaré son intention de me couvrir contre une telle iniquité autant que le permettrait h règle exiataote, qui le lie en effet beaucoup pour livrer le pouvoir aux pédants ligués contre moi. Cette ordonnance a été arrachée au gouvernement sous la banale impulsion révolutionnaire de 1830, où l'on croyait aveuglément avoir beaucoup avancé par cela seul qu'on transférait aux coteries scientifiques une portion quelconque des pouvoirs ministériels. Dans cette situation, le ministre a épuisé en ma faveur toutes les lessources de la vicieuse légalité actuelle, qu'il n'avait pas
ainsi le temps de changer assez tôt pour me préserver de tout dommage. Ne pouvant m'empécher de perdre mon traitement cette année, il a néanmoins refusé de nommer à ma place, en sorte que le titre me reste, ainsi que mes droits ultérieurs; il a seulement chargé des examens de cette année Fun des deux suppléants accoutumés, qui doivent pourvoir aux divers empêchements momentanés des titulaires ; en sorte que ma situation se trouve pécuniairemeut tout à fait la même que si, une maladie m'ayant empêché de fonctionner cette année, mon traitement avait dû passera mon suppléant chargé de la corvée. Mais, en annonçant cette double décision, rendue seulement le 15 juillet, le ministre a nettement rassuré mon avenir, enblAmant avec énergie la conduite du Conseil envers moi ; car il dépend entièrement de lui de changer ou modifier la règle actuelle pour Tan prochain ; le temps lui a manqué, et non la volonté, pour le faire utilement cette annéa» Notre général m'9 communiqué la lettre officielle que le ministre a écrite à ce sujet; cette pièce mémorable est pleine d*éloges sur ma conduite comme fonctionnaire, et s*écarte beaucoup du froid laconisme usité en style ministériel. Le ministre y déclare formellement qu'il s'est assi^ré gue M. Comte m^ rite toute la confiance du gouvernement; Tacte tenté contre moi y est qualifié de déni de justice auquel le ministre ne doit pas s'associer ; l'exclusion dont j*ai été l'objet y est présentée comme mconcUiable avec le zèle et la loyauté que M. Comte a montrés pendant sept ans d exercice de ses fondions ; il la signale aussi comme contradictoire aux propres éloges du Conseil lui-même à ce sujet. Vous voyez qu'on ne peut être plus, explicite et plus rassurant. Ma cause est désormais étroitement liée à celle de la juste autorité du ministre, qui sent bien, comme je lui ai dit familièrement, que le pire des gouvernements y c'est la pédantoertuie, suivant l'heiireuse expression dont vous m'avez gratifié et que j'ai, en cette cir-
constance, très-utilement introduite dans un milieu où elle doit s'implanter naturellement. Le maréchal sent très-bien que l'opposition radicale de mes principes philosophiques à ces utopies pédantocratiques, qui prévalent chez nos savants, constitue le vrai motif le plus essentiel de la haine infatigable qu'ils m'ont vouée, et dont il est de l'intérêt du gouvernement, comme de son devoir, de me protéger.... Quoiqu'il en soit, la principale part à cette conviction arrêtée du maréchal, que je ne connaissais nullement et dont j'ai maintenant acquis toute l'estime personnelle, est certainement due à la loyale et énergique insistance de mes chefs ci dessus désignés, et de tous les autres généraux sous lesquels j'ai servi à l'école depuis douze ans. Les manifestations les plus honorables tant des hommes graves et impartiaux que d'une nombreuse et ardente jeunesse, tant extérieure qu'intérieure à notre école, se sont d'ailleurs déjà prononcées contre cette inique spoliation. >
Le 20 juillet, M. Comte avait transmis les mêmes .détails à sa femme, sauf une particularité qui n'est pas dans la lettre à M. Mill et qu'il est bon de rapporter. En faisant lire à M. Comte la lettre du ministre, le général ajouta qu'il ne l'avait pas communiquée intégralement au Conseil, et qu'il avait omis le passage où le ministre rendait un éclatant témoignage à M. Comte: cette omission avait pour but de ne pas irriter le Conseil, qui, dans l'opinion du général, ne pouvait manquer, si rien n'intervenait, de voter pour M. Comte l'année suivante. Cette réserve et cette espérance eurent, l'une et l'autre, l'approbation de M. Comte, malheu-reu sèment.
Nous touchons au terme ; ni Tespérance donnée par le général, ni le témoignage rendu par le ministre de la guerre ne devaient servir à rien, pas même une réforme du Conseil d'instruction, modifié dans l'intervalle par le maréchal gçylti (^m le composa de vingt-huit m^mbreSi iPQJtié sa^
PERTE DE LÀ PLAGE Û*£XAM1NATBUR. 349
vanU proprement dits, moitié fonctionnaires supérieurs des divers services publics alimentés par TÉcole polytechnicpe. c A la majorité de dix voix contre neuf» le nouveau CioDseil polytechnique vient de confirmer, le lundi 1 6 courant, rexdusion prononcée envers moi par l'ancien Conseil, quant à mes fonctions d'examinateur, sans porter d'ailleurs aucune atteinte à celles de répétiteur (Lettre à M. Mill, du 85 décembre 1844). »
Cette fois, l'exclusion était définitive. Le ministre luimême renonçait à défendre M. Comte ; c'est ce que montre la suite de la lettre : « Il ne me reste plus d'autre ressource que la fermeté du ministre, dont la profonde conviction s'est déjà prononcée officiellement en ma faveur avec beaucoup d'énergie, comme vous le savez. Mais, d'après l'entrevue que j'ai eue avec lui vendredi dernier, 20, j'ai lieu de croire que cette vigueur est presque épuisée par l'eflort qu'a exigé de lui la nouvelle organisation, dont il s'attendait peu à«constater si tô^ l'insuffisance. JeTai trouvé dominé par un dégoût et une lassitude fort excusables pour tout ce qui concerne cette lutte polytechnique qui, relative à une minime partie de son vaste département, le préoccupe peut-être davantage, depuis un an, que tout le reste réuni. Malgré la haute estime personnelle qu'il a continué à me témoigner et sa conviction inaltérable de l'iniquité de cette persécution, j'ai donc sujet de craindre que, de peur de nouveaux conflits, il ne se résigne passivement au sacrifice qu'exigent de lui mes ennemis.... D'un autre côté, tous les hommes honorables se sont prononcés pour moi : notre plus éminent géomètre (M. Poinsot), actuellement membre de ce conseil polytechnique, y a puissamment persévéré dans l'admirable défense que je vous ai déjà signalée avec reconnaissance. Les bureaux sont d'ailleurs très-disposés à pousser le ministre à me protéger avec f^nergie.... »
Au débtit de la criàe, le 3 décembre 1848, il écrlyait à Mme Comte : # Je ne crois pas qu'en trouve là (dans le Conseil d'instruction de l'École) une majorité disposée à braver contre moi la discussion publique d*une aussi infâme Iniquité, que les chefs militaires, par exemple, n'autoriseront jamais. Si cela arrivait^ vous sentez que je ne me laisserais pas assassiner impunément, et que je demanderais ouvertement au ministre de casser la décision comme déterminée par une prévarication directe du Conseil, en même temps que j'en appellerais à mon grand ami le public. > Il n'en fit rien; cependant, en sa situation, l'appel au public était la seule chance qu'il eût pour se dé* fendre.
Les lettres que j*ai eues entre les mains n'indiquent pas les griefs articulés contre M. Comte. Ils furent certainement peu considérables et, pour me servir d'un terme mathématique, absolument négligeables, puisque la lettre du nu* nistre signale la contradiction entre la non-réélection et les éloges accordés précédemment par le Conseil au zèle et à la loyauté de l'examinateur évincé. Et après tant d'années j'en ai pour garant ce qui se dit aujourd'hui, non sans regret, quand on cite avec honneur ce mode d'examiner, terreur de ceux dont le savoir était mécanique, i^spcrir de ceux dont le savoir était intelligent; de ce mode, dis-je, varié suivant les circonstances, ingénieux à faire jaillir la capacité, et par là échappant aux prévisions des candidats et de leurs maîtres.
Dans une des lettres que j'ai transcrites, M. Comte se promet de faire unef histoire sommaire de cette lutte où il défendit sa position et ses ressources. Mais, pour n*avoir jamais été faite, cette histoire n'est pourtant pas perdue ; les fettres qu'on vient de lire nous l'ont conservée avec Im tivacité des impressions du moment, avec la vérité des détailsy et sans l'immixtion de la réflexion et des souvenirs»
Une grande iniquité fut commise : les témoignages rendus par l'administration supérieure sont irrécusables; il est officiellement établi que, pour des motifk pris en dehors des fonctions, un fonctionnaire qui s'acquittait de son ofBce avec ponctualité, avec probité, avec habileté, avec distinction, a été frappé et dépouillé.
Cette spoliation, M. Comte la laissa s'achever sans foire ni éclat ni protestation. Au début de la lutte, il annonce qu'il en appellera au public; c'était une protection peutêtre, en tout cas une légitime vengeance ; à la fin, un autre esprit s'empare de lui, il se tait et permet que TaiTaire meure silencieusement entre les murs de l'École. Même, en plus d'un endroit de ses lettres, il se fait un mérite de sa patience et de sa résignation. D'où vient cette contradiction entre ses premières dispositions et ses dispositions finales? Il est difficile de le dire. Pourtant je hasarderai une conjec* ture : c'est que pour lui, du début à la fin, l'état des choses changea ; il conçut l'espoir d'obtenir de ses adhérents un subside qui compensât ce qu'il perdait; et, une fois que cette combinaison se fut offerte à son esprit, il ne lui parut plus ▼aloir la peine de disputer bien ardemment la place qu'on lui enlevait.
Dans celte lutte où il succomba, M. Comte ne voulut jamais voir une affaire purement personnelle. Ses lettres en font foi d'un bout à l'autre. Faùt-il l'en croire? J^avais eu, je l'avoue, quelque inclination ^ penser autrement, et à supposer que peut-être plus de prudence l'aurait préservé; mais je viens de revoir les pièces du procès, et il me semble qu'il a raison. Qu'on se représente les faits tels qu'ils se sont passés : il n'y a point de griefs articulés^ le ministère fait l'éloge de l'examinateur, et le Conseil n'ose pas 7 contriedire ; pourlant sa place ^«i est enlevée, et toutes les répafattofiî^ qui s'offrent enduite sont obstinément refusées. Ne doit-on pas reconnaMre une de ces antipathies
instinctives qui éclatent entre les doctrines et qui sacrifient les individus î
Ce qui vient de m'arriver à moi-même a confirmé cette manière de voir et éclairé, à mes yeux, la position de M. Comte. Le cas n'est pas sans analogie; c'est pourquoi je me permets de citer ici ma candidature à l'Académie française, candidature qui, un moment, a occupé l'opinion parce qu'en effet il s'y est agi d'un intérêt général, la tolérance philosophique. J'ai été écarté non point comme homme de lettres, mais comme libre penseur, indigne de figurer dans une compagnie soucieuse des saines doctrines. Rien de personnel ne s'est mêlé au débat ; il n'a pas été question de l'homme ni de ses travaux, il n'a été question que de sa philosophie. Les qualifications de positiviste et, dans les limites de la philosophie positive, de socialiste, qualifications que je ne répudie point et que je conviens que je mérite, ont été ma condamnation. Aussi n'ai-je ni regret ni rancune de mon échec; car ceux qui me l'ont infligé ont cru accomplir un devoir et ont obéi à leur conscience. Seulement je remarque que, dans l'Académie des inscriptions et dans l'Académie de médecine, deux compagnies dont j'ai rhonneur de faire partie, ma conscience me commande de rendre toujours mon vote indépendant des opinions religieuses ou politiques, tandis que les hommes attachés aux opinions théologiques (sauf des exceptions que ce n'est pas le lieu de mentionner) me frappent d'exclusion. La diflérence vaut la peine d'être notée ; on y rattachera aisément quelques réflexions morales.
J'en reviens à mon point: c'est impersonnellement aussi» si je puis ainsi parler, que M. Comte a été frappé d'exclusion. Hautainement peut-être, mais avec vérité, .il faisait prévaloir la philosophie sur les spécialités; et, depuis longtemps, les spécialités se vantaient de n'obéir à aucune philosophie. Hautainement encore, m^is avec non moins de
vérité, il classait les géomètres au plus bas degré de l'influence sur le système des idées générales, et leur ôtaitleur rang provisoire de chefs de Tordre scientifique, pour le porter d'échelon en échelon jusqu'à la philosophie qui embrasse tout l'ensemble spéculatif. Aujourd'hui ces notions ont fait du chemin ; une méthode et une doctrine sont reconnues en propre à chaque science ; on sait que l'incapacité de régler le système des idées est la plus grande dans le domaine des géomè^tres ; on sait aussi que cette incapacité décroît à mesure qu'on s'élève dans le domaine des sciences supérieures; ce qui montre qu'il y avait usurpation mentale et tyrannie dans la prépondérance des géomètres, qui, juste au début, était devenue oppressive en se prolongeant outre mesure^ Mais alors on n'était pas aussi avancé; et M; Comte portait seul le poids de la nouveauté et de la responsabilité. Plus le philosophe développait ses spéculations générales, plus les hommes spéciaux dont il dépendait sentaient croître leur antagonisme; les prétextes vinrent, la préface, le procès; ce n'étaient que des prétextes; il les donna, on les saisit, et il fut sacrifié sans merci et sans retour.
1. Ce conflit entre les géomètres et les sciences supérieures avait déjà été annoncé par le docteur Burdin; Yoy. page 95. Cela fortifie d'autant le dire de M. Comte sur la cause profonde du conflit où il succomba.