CHAPITRE X
Discussion avec M. J. Stuart Mill sur la condition sociale
des femmes.
Depuis la fin de Tannée 1841, il s'était établi, entre M. Comte et M. Hill, une correspondance qui très-vite devint cordiale et intime» sans cesser d'être philosophique. J'en donne, à la fin de cette deuxième partie, les extraits qui m'ont paru les plus intéressants; mais, auparavant, de même que j'en ai utilisé, soit pour le procès, soit pour la perte d'emploi, soit pour le subside anglais, des pages qui expliquent les choses au fur et à mesure des événements, de même ici j'en distrais plusieurs lettres qui, étant relatives à une seule question, forment un petit ensemble bon à figurer isolé du reste et mis en relief.
Cette question est celle des femiùes. M. Mill appartient à la classe des philosophes qui croient que Tétat actuel des femmes comporte une réformation; que, toutes diversités compensées, la femme est l'égale de l'homme; et que cette égalité n'a point reçu encore, du progrès de la civilisation, son accomplissement.
M. Comte est d'une opinion opposée : il croit que, par sa nature même, la femme est inférieure à l'homme, infériorité que nulle combinaison sociale, nul progrès de l'éducation ne parviendront à effacer, et qu'il est de l'intérêt des deux sexes de l'accepter afin de s'y conformer et de la faire tourner au plus grand bien commun. Ce grave débat n'est pas clos; mais je n'ai pas à y intervenir. Seulement, le A. c. 26
lecteur remarquera, dans une des lettres qui vont passer sous ses yeux, que M. Comte parle d'un type humain auquel la femme n*atteint pas. Cette expression n'est pas heureuse : il n'y a pas, dans la nature humaine, un type humain qui soit indépendant de la femme. Le type humain ne peut jamais, physiquement ou moralement, être conçu que double; il comprend deux parties inséparables.
Le dissentiment notable sur les femmes, le dissentiment non moins notable sur la théorie cérébrale s'élevèrent entre M. Comte et M. Mill durant leur correspondance; si elle eût duré davantage, pluç d'un aptre se serait élevé sans doute. 1^. Mil} ne ^'était engagé que sur h méthode; il l'acceptait pleinement, il la tenait 4e M- Comte et la foisait 3ienne , mais ij réservait tout le reste. Un accord sur ce point est le premier accord et le plus essentiel ; sans lui, rien ne se peut faire, avec Ipi tout se peut faire. |ia vertu d'une méthode est dç s'appliquer au domaine entier de la connaissance, et les applications qui sont , les une3 faciles , les autres difliciles, les unes voisines, les autres lointaines, ne se trouvent que par le travail des individus et des générations. La philosophie positive n*est qu'au début, ^lle u'a encore que peu essayé sa méthode; et il imi qu'elle l'essaye aussi bien par les dissentiments que par les assentiments. Dans un endroit de ces lettres, H. Comte s'en inquiète comme de débats qui, ayx yeux du public, compromettent la solidité de la nouvelle philosophie. Cette inquiétude vient de ce qu'il croyait les questions beaucoup plus avancées qu'elles ne le sont. Aussi je ne la partage point ; tant qu'une même nr^^thode reste le ralliement des esprits qui veulent philosopher ep dehors de la théologie et de la métaphysique, rien n'est en danger; loin de là, la nouvelle philosophie ne peut prospérer et avancer qu'en remettant au creuset les conceptions de M. Comte, 1^ corroborait là çtù elles sont bonnes, les corrigeant là où elles sont défectueuses, et sur-
tout les prolongeant à tous les sujets encore inabordés que suggère la diversité des esprits et le progrès des idées.
Paris, 16 juiUet 1843.
« .... Le temps me manque entièrement aujourd'hui pour effleurer la grave discussion de statique sociale (il s*agit des femmes) que vous avez involontairement entamée dans votre lettre; mais je suis fort aise que vous ayez commencé celte sorte de naïve confession hérétique^ et je vous prie de la continuer À votre gré. Quand votre exposition graduelle aura acquis un caractère de dissentiment plus déterminé, son appréciation pourra nous être fort utile à tous deux, en me poussant à une sorte d'anticipation sommaire sur la doctrine qui doit être formellement établie dans le second volume du grand ouvrage que je vais commencer Tan prochain. Sans m'efirayer aucunement de ces divergences entre les deux seuls organes complets que possède réellement aujourd'hui la philosophie nouvelle, je suis bien sûr que notre parfaite homogénéité de méthode et notre fondamentale communauté de doctrine dynamique fera bientôt cesser spontanément ce désaccord statique. Il ne tient maintenant, ce me semble^qu'àcequevous ne prenez peut-être pas l'ensemble des études biologiques, même actuelles, en aussi intime et familière considération que celui des notions inorganiques, dont les divers ordres vous sont, d'après révident témoignage de votre traité , profondément familiers depuis longtemps. Quelque imparfaite que soit encore, à tous égards, la biologie, elle me semble déjà pouvoir solidement établir la hiérarchie des sexes ^ en démontrant, à la fois anatomiquement et physiologiquement, que, dans presque toute la série animale et surtout chez notre espèce, le sexe femelle est constitué en une sorte d'état d'enfance radicale, qui le rend essentiellement inférieur au type organique correspondant. Sous l'aspect directement sociolo^
gique, la vie moderne, caractérisée par l'activité industrielle et l'esprit positif, ne doit pas moins développer flnalement, bien que d'une autre manière, ces diversités fondamentales, que la vie militaire et théologique des nations anciennes, quoique jusqu'ici la nouveauté de cette situation n'ait pas encore permis une suffisante manifestation de cesdifiérences finales, tandis que les premières semblaient s'effacer. L'idée d'une reine y par exemple, môme sans être papesse, est maintenant devenue presque ridicule, tant elle avait besoin de l'état théologique; mais il y a seulement trois siècles, ce n'était pas encore ainsi. Quant à l'imperfection nécessaire des sympathies fondées sur l'inégalité, j'en conviens avec vous, et, à ce titre, je pense que la plénitude des sympathies humaines ne saurait exister qu'entre deux hommes éminents, dont la moralité est assez puissante pour contenir toute grave impulsion de rivalité; ce genre d'accord me semble bien supérieur à ce qui peut jamais s'obtenir d'un sexe à l'autre. Mais ce ne saurait être là, évidemment, le type normal des relations les plus élémentaires et les plus communes, où la hiérarchie naturelle des sexes et ensuite des âges constitue le plus énergique lien. La qualification d*égalité a été trop sophistiquée de nos jours pour être employée convenablement à caractériser le principe des rapports universels; je lui préfère de beaucoup la formule fraiemilè que toutes les populations modernes ont spontanément consacrée à cet effet,, et que j'ai, en ce moment, par exemple, la satisfaction de retrouver si profondément et si familièrement empreinte dans la langue espagnole, où elle s'allie continuellement à Texpression la plus vive des sentiments hiérarchiques. »
Bordeaux, 5 octobre 1843.
< . . . . Plus je réfléchis à notre grave dissentiment sociologique et biologique sur la condition et la destination sociale
des femmes, plus il me semble propre à caractériser profondément la déplorable anarchie mentale de notre temps , en montrant la difficulté d'une suffisante convergence actuelle jusque chez les esprits d'élite entre lesquels existe déjà, outre la sympathie native , une communion logique aussi fondamentale que la nôtre, et qui pourtant divergent, au moins momentanément, sur l'une des questions les plus fondamentales que la sociologie puisse agiter, sur la principale base élémentaire, à vrai dire, de toute véritable hiérarchie sociale. Un tel spectacle serait même propre à inspirer une sorte de désespoir philosophique sur l'impossibilité ultérieure , comme le prétendent les esprits religieux, de constituer une vraie concordance intellectuelle sur des bases purement rationnelles, si d'ailleurs une profonde appréciation habituelle de notre état mental et même une suffisante expérience personnelle ne tendaient à me convaincre nettement que la situation actuelle de votre esprit ne constitue réellement à cet égard qu'une phase nécessairement passagère, dernier reflet indirect de la grande transition négative. Tous les penseurs qui aiment sérieusement les femmes, autrement qu'à titre de charmants jouets, ont, de nos jours , passé , je crois , par une situation analogue; je me rappelle très-bien, quant à moi, le temps où l'étrange ouvrage de miss Mary Wooltonscraft (avant qu'elle eût épousé Godwin) me produisait une forte impression. C'est même surtout en travaillant directement àéclaircir pour les autres les vraies notions élémentaires de Tordre domestique que j'ai mis irrévocablement mon esprit, il y a eniûron vingt ans, à l'abri définitif de toute semblable surprise du sentiment. Je ne doute pas que mon appréciation spéciale de ce principe fondamental dans l'ouvrage que je vais commencer, pe suffit à dissiper, sous ce rapport, toutes vos incertitudes, si, avant ce moment, vos propres méditations ne devançaient essentiellement cette importante dé-
monstration, dont nous pourrons prématurément causer un peu dans notre fraternelle entrevue. En reprenant sommairement, & cet égard, les indications de votre dernière lettre, j'espère que notre concert spontané est moins éloigné que je ne Tavais craint d'abord. Tout en convenant des diversités anatomiques qui éloignent davantage l'organisme féminin du grand type humain, je crois que vous ne leur accordez pas une assez forte participation i^ysiologique, tandis que vous exagérez peut-être Tinfluence possible de l'exercice, qui, avant tout, suppose nécessairement une constitution convenable. Si, selon votre hypothèse, notre appareil cérébral ne passait jamais à Fétat adulte, tout l'exercice imaginable ne le rendrait pas susceptible des hautes élaborations qu'il finit par comporter ; et c'est à cela que j'attribue cet avortement, trop fréquent de nos jours, de bearucoup de malheureux enfants qu'on exerce abusivement à des opérations que leur âge repousse. Les femmes sont.dans le même cas. J'aurais, dans une discussion méthodique, peu de choses à ajouter à votre judicieuse appréciation des limites normales de leors facultés; mais je trouve que vous n'attachez pas assez d'importance aux conséquences réelles d'une telle infériorité native. Leur inaptitude caractérisque à l'abstraction et à la construction, l'impossibilité presque complète d'écarter les inspirations passionnées dans les opérations rationnelles, quoique leurs passions soient, en général, plus généreuses, doivent continuer à leur interdire indéfiniment toute haute direction immédiate des affaires humaines, non-seulement en science ou en philosophie, comme vous le reconnaissez, mais au3si dans la vie esthétique, et même dans la vie pratique, aussi bien industrielle que militaire, où l'esprit de suite constitue assurément la principale condition du succès prolongé. Je crois le» femmes aussi impropres à diriger aucune grande entreprise conutierciale ou manufacturière, qu'aucune îoh
portante opération militaire ; à plus forte raison sont-elles radicalement incapables de tout gouyemement, même do* mestlqne, mais senlemenf d'administration secondaire. En aucun genre, ni la direction ni rexécution ne leur conviennent^ elles sont essentiellefnent réservées pouf la consultation et la modification, où leur position passive leur permet d'utiliser très-hedreusement leur sagacité et leur actualité caractéristique. J'ai pu observer de très-près l'organisme féminin, même chez plusieurs exceptions éminentes. Je pourrais d'ailleurs, k ce sujet, citer aussi ma propre femme, ({ui, sans avoir heureusement rien écrit, du moins jusqu'ici, possède réellement plus de force mentale, cfue la plupart des personnages les plus justement vantés dans son sexe. J'ai partout trouvé les caractères essentiels de ce type, une très-insuf&sante aptitude k la généralisation des rapport» et à la persistance des déductions aussi bien cpfk la prépondérance de la raison sur la passion. Tous les cas de ce genre sont, à m^s yeut,^.trop ffécfuents et trop pronoficés pour qu'on puisse imputer surtout k la diversité des éducations la différence des résultats ; car j'ai retrouvé les mêmes attributs essentiels là où Tensemble des infhiences avait certainement tendu à développer autant que possible der tout antres dispositions. Après tout, d'ailleurs, n*est-ce pas, à beaucoup d*égards, un avantage final plutôt qu'un inconvénient réel pour les femmes, que d'être soustraites à cette désastreuse éducation de mots et d'entités qui, pendant la grande transition moderne, a remplacé l'antique éducation militaire? Quant aux beaux arts surtout, n'est-il pas évident que, depuis deux à trois siècles, beaucoup de ibmmes ont été très-heureusement placées et dressées pour la cultore, sans jamais avoh* pourtant rien pu prod\)ire dé vraiment éminent, pas plus en nou^que eu' eti peinture qu'etf poésie? Par une appréciation d'ensemble plus approfondie, on est, je crois, conduit à reconiiattre que cet ordre Social
tant maudit est radicalement disposé, au contraire, de manière à favoriser essentiellement l'essor propre des qualités féminines. Destinées, outre les fonctions maternelles, à constituer spontanément les auxiliaires domestiques de toute puissance spirituelle, en appuyant par le sentiment rinfluence pratique de l'intelligence pour modifier moralement le règne naturel de la force matérielle, les femmes sont placées de plus en plus dans les conditions les plus propres à cette importante mission, par leur isolement même des spécialités actives, qui leur facilite un judicieux exercice de leur douce intervention modératrice, en même temps que leurs intérêts propres sont ainsi liés nécessairement au triomphe de la moralité universelle. S'il était possible que leur position changeât sous ce rapport et qu'elles devinssent les égales des hommes au lieu de leurs compagnes, je crois que les qualités que vous leur attribuez justement seraient beaucoup moins développées. Leur petite sagacité instantanée deviendrait, par exemple, presque stérile, aussitôt que, cessant d'être passives sans être indifférentes, elles devraient concevoir et diriger au lieu de regarder et déconseiller sans responsabilité sérieuse. Au reste, pour des philosophes vraiment positifs, qui savent combien, en tous genres, notre influence systématique doit *se borner à modifier sagement l'exercice des lois naturelles, sans jamais penser à en changer radicalement le caractère et la direction propres, l'immense expérience déjà accomplie, à cet égard, par l'ensemble de l'humanité doit être, ce me semble, pleinement décisive ; car nous savons ce que valent philosophiquement les déclamations théâtrales sur le prétendu abus de la force chez les mâles. Quand même l'appréciation anatomique n'aurait pas encore suffisamment établi la démonstration explicite de la supériorité organique de notre espèce sur le reste de l'animalité, ce qui, en effet, D'est devenu possible que très-réçemment, l'explora»
tioo physiologique ne laisserait à cet égard aucun doute, d'après le seul fait de l'ascendant progressif obtenu par l'homme. Il en est à peu près ainsi dans la question des sexes, quoique à un degré beaucoup moindre; car comment eipliquer autrement la constante subalternité sociale du sexe féminin? La singulière émeute organisée de nos jours au profit des femmes, mais non par elles, ne fera certaine* ment que confirmer finalement cette universelle expérience, quoique ce grave incident de notre anarchie produise, d'ailleurs momentanément, des conséquences déplorables, soit privées, soit publiques. La masse de notre espèce a été longtemps plongée partout dans une condition sociale bien .autrement inférieure que celle dont on plaint aujourd'hui les femmes; mais elle a su, depuis le début du moyen âge, s'y soustraire graduellement chez les populations d'élite, parce que cette abjection collective, condition temporaire de l'antique sociabilité, ne se rattachait réellement à aucune différence organique entre les dominants et les dominés. Mais, au contraire, l'assujettissement social des femmes sera nécessairement indéfini, quoique de plus en plus conforme au type moral universel, parce qu'il repose directement sur une infériorité naturelle, que rien ne saurait détruire, et qui est même plus prononcée chez l'homme que chez les autres animaux supérieurs. En rendant les femmes de plus en plus propres à leur vraie destination générale, je suis convaincu que la régénération moderne les rappellera plus complètement à leur vie éminemment domestique, dont le désordre inséparable de la grande transition les a, je croîs, momentanément écartées à divers égards secondaires. Le mouvement naturel de notre industrie tend certainement à faire graduellement passer aux hommes des professions loi^ltemps exercées par les femmes ; et cette disposition spontanée n'est, à mes yeux, qu'un exemple de la tendance croissante de toute notre sociabilité, à interdire aux
femmes toutes les occupations qui ne sont pas suffisamment conciliables avec leur destination domestique, dont Vimpof tance deviendra de plus en plus prépondérante. Cela est bien loin, comme tous savez, de leur interdire une grande et utile participation indirecte à l'ensemble du mouvement social, qui seulement n'a jamais pu être conduit par elles, nrème quant à l'essor essentiel des opinions ef des fnœurd qui les intéresserrt spécialement. Toute autre manière dé concevoir leur position et, par suite, leurs devoirs et les nôtres, serait réellement aussi contraire pour le moins à leur propre bonheur qu'à l'harmonie universelle. Si, de l'attitude de protecteurs des femmes, les hommes passaient envers elles à la situation de rivalité, elles deviendraient, je crois, fort malheureuses, par Kimpossitrilité nécessaire 06 elles se trouveraient bientôt de soutenir une telle eoa« currence, directement contraire à leurs conditions d'eii^ tence. Je crois donc que ceux qui les aiment sincèrement^ qiri désirent ardemment le plus complet essor possible de^ facultés et des fonctions cfui leur sont propre», doivenl soo* haiter que ces utopies anarchiques ne soient jamais expéri* mentées.... »
Paris ) 14 novembre 1843.
« Ayant déjà repris mes occupations quotidiennes, je m'empresse de répondre à votre importante lettre du 30 octobre avant de commencer mon petit travail sur VtcKÀe polytechnique, qui, devant me prendre une quinzaine de jours, retarderait trop une réponse que je regarde comme la terminaison actuelle de notre grande discussion bielogico-sociologique. L'impression générale qui m'est restée de cette lettre m'a conduit, en effet, à penser que cette dils* cussion est niaintenant parvenue entre nous aiMsi Mil qu^'elle pui^e être poussée acUiéllement avec quelqm utilité, en sorvg qu'il y a\iraitaufeurd'htti pfo^d'ineoifVéÉtoniW
DISCUSSION AVEC M. MILI. SUR LES FEMMOS. 4 1 1
que d'avantages à la prolonger au delà ; et il me semble, d'après vos dernières phrases ,que vous n'êtes pas éloigné, au fond, de la même appréciation totale* Sans que vos divers arguments à ce sujet aient nullement ébranlé ni même moditié aucune de mes convictions antérieures, ils m'ont prouvé que le temps n'est pas enc<Hre venu de vous voir arriver spontanément aux vérités fondamentales que j'admets depuis longtemps sur ce point capital, mais en me laissant pourtant, dans toute sa plénitude, l'espoir que vo» méditations ultérieures finiront par vous y conduire aussi. Aux termes où nous en sommes actuellement, nous ne convergeons pas suffisamment ni sur les principes ni même sttr les faits, qui doivent indispensablement concourir à la décision ; et, par suite, il devient convenable, non de clore finalement la discussion, mais de la suspendre indéfiniment, jusqu'à ce que les conditions d'une utile reprise se trouvent edectiveroeot remplies de part ou d'autre. Néanmoins je crois devoir, pour la dernière fois, reprendre sommaire» ment les principaux articles de votre lettre, afin de mieux caractériser que je n'ai pu le faire jusqu'ici, les points essentiels d'opposition, à la fois logique et scientifique, ainsi constatés entre nous à cet égard .
^ D'abord je partage essentiellemenivotre opinion logique sur la difficulté supérieure qu'offrent aujourd'hui les questions de statique sociale comparées aux questions dynamiques. Cependant, quoique l'élaboration positive de celles-ci soit maintenant beaucoup plus mûre, en même temps qu'elle est heureusement plus urgente Je crois possible de démontrer immédiatement les principales bases de la sociologie statique ; et j'espère en donner l'exemple dans le traité méthodique que je commencerai à la fin de cet hiver. Je pense même que, sans cette condition préalable, la théorie dynamique n'aurait pas une suffisante rationalité : je puis ééjà assurer que , pour ma propre intelligence , ce préambule
est depuis longtemps accompli , quoique je n*aie pu jusqu'ici développer assez cet ordre de convictions pour les faire convenablement partager aux autres penseurs. Par cela même que les lois fondamentales de Texistence ne peuvent jamais être vraiment suspendues, il est trèsnliflficile d*en démêler nettement l'influence continue dansFétude des phénomènes d'activité ; mais cela n'est pourtant pas im* possible, en appréciant convenablement ce qu'ils offrent de commun à tous les cas essentiels. En outre, je crois que les lumières préliminaires émanées de la pure biologie et qui ont alors une importance supérieure, surtout pour notre question actuelle, sont déjà beaucoup plus avancées que vous ne semblez l'admettre, malgré l'état peu satisfaisant de nos études biologiques. Sans doute, comme vous le dites, en réagissant contre les aberrations philosophiques du siècle dernier, les penseurs contemporains ont été quelque fois conduits à exagérer en sens inverse. Ainsi Gall, en relevant dignement l'influence prépondérante de l'organisme primordial, a trop négligé celle de l'éducation si abusivement préconisée par Helvétius. Mais, quoique la vérité soit assurément entre les deux, elle est loin, à mes yeux, de consister dans le juste milieu et se trouve beaucoup plus près de l'opinion actuelle que de la précédente. Il était fort naturel d'apprécier d'abord les influences extérieures comme plus nettes, et c'est ce qu'a fait le dix-huitième [siècle dans tous les sujets biologiques, où les notions de milieu se montrent toujours avant celles d'organisme. Mais ce n'est certes point là l'état normal de la philosophie biologique, où les conditions organiques doivent certainement prévaloir; puisque c'est l'organisme et non le milieu qui nous fait hommes plutôt que singes ou chiens, et même qui détermine notre mode spécial d*humanité jusqu'à un degré beaucoup plus circonscrit qu'on ne le croit souvent. Sous l'aspect logique, en appliquant la marche naturelle que
votre précieux traité a si judicieusement caractérisée comme méthode des résidus, il ne faut point, ce me semble, surtout dans des sujets aussi complexes, regarder comme indifférent Tordre des soustractions partielles, qui doivent toujours se succéder autant que possible, suivant le décroissement d'importancequ'une première appréciation générale assigne spontanément aux diverses influences déterminables; en sorte que, dans les recherches biologiques, on doit le plus souvent renverser Tordre que vous y croyez toujours préférable, du dehors au dedans. Je regrette beaucoup que les graves défauts de coordination inhérents à Touvrage de Gall aient tellement choqué un esprit aussi méthodique que le vôtre, qu'ils l'ont empêché jusqu'ici d'apprécier la réalité fondamentale de ses démonstrations essentielles, abstraction faite de toute localisation irrationnelle ou prématurée. Peut-être seriez-vous, à cet égard, moins mécontent de son grand ouvrage primitif {Analogie et physiologie du système net'veux en général et du cerveau en particulier, in-4*), quoique cette lecture soit probablement trop anatomique, pour votre but. Mais les mêmes idées-mères se présenteraient à vous sous une meilleure forme logique dans les travaux plus systématiques de Spurzheim, c'est-à-dire les Observa-tions sur laphrénologie, V Essai philosophique sur les facultés morales et intellectuelles, Touvrage sur VÉducationy et même celui relatif à la folie, ce qui constitue seulement en tout quatre minces volumes in-S*", aisément lus en une ou deux* semaines. Sans que la subordination des sexes y soit directement examinée, on peut cependant regarder cette doctrine comme ayant déjà sufGsamment établi, autant du moins que la seule biologie peut le faire, le principe fondamental de la hiérarchie domestique. Avant que la philosophie biologique eût convenablement surgi sous Vicq-d'Azyr et Bichat, et surtout indépendamment de la physiologie cérébrale, un ouvrage estimable, quoique peu éminent,
Utile peut-être à relire aiyourd'huii avait d^à tenté de fonder ce principe 0ur la seule considération prépondéranle de la destination physique ; c'est le petit traité d'un médecin de Montpellier (Roussel) intitulé Système pftyngue et marah de la femme ^ publié en 1775, sous l'impulsion scientifique des travaux de Bordeu, le grand précurseur de Bichat. Xa biologie comparée me semble d'ailleurs ne laisser aujourd'hui à ce sujet aucun doute essentiel. En suivant, par exemple, les leçons de M. de Blainville, quoiqu'il n'y ait expressément en vue aucune thèse quelconque à cet égard, il est impossible de ne pas voir ressortir de l'ensemble des études animales la loi générale de la supériorité du seie masculin dans toute la partie supérieure de la hiérarchie vivante : il faudrait descendre jusque chez les invertébrés pour trouver, et encore très-rarement, de notables exceptions à cette grande règle organique, qui présente, en outre, la diversité des sexes comme croissant avec le degré d'organisation. Je suis donc loin de consentir, sous ce rapport, à abandonner les considérations biologiques, quoique je regarde l'appréciation sociologique comme pouvant suffire isolément à la constatation directe de cette importante notion ; mais les inspirations biologiques doivent alors servir surtout à bien diriger les spéculations sociologiques, qui, à cet égard, etinsi qu'à tout autre titre élémentaire, me semblent ne devoir offrir qu'une sorte de prolongement philosophique des grands théorèmes biologiques.
« Quant à l'appréciation sociologique , séparément envisagée, je ne saurais vous accorder en fait que le milieu anglais soit plus favorable au développement intellectuel et moral des femmes que le milieu français. Abstraelion faite de toute vaine inspiration de nationalité, dont vous me savez certes fort indépendant, je crois, au contraire, que les dames doivent mieux se développer en France par cela même qu'elles vivent en plus complète société avec
DISCUSSION AViSG M. MIL SUR. LES FEMMBS. 415
les hommes. Cette diversité entre nous n'est d'ailleurs que h suite d'une autre plus générale, consistant en ce que la constitution sociale vous paraît jusqu'ici défavorable au développement féminin, tandis qu'elle me semble très-apte à cultiver les qualités propre^ aux femmes. Au reste, je ne 9uis nullement compétent pour contester votre observation sur les ménages anglais. Mais, je crois que vous y confondez trop la simple adminUtratiotï dontestique avec le vrai gouvernement général de la famille. Dans tout l'occident européen, je crois que, comme en Angleterre, les ménages sont administrés par les femmes ; jnais partout aussi, sauf les anomalies individuelles, ce sont les hommes qui gouvernent les affaires communes de la famille.
c Je ne saurais surtout admettre votre comparaison de la condition des femmes à celle d'aucune sorte d'esclaves. Je n'avais indiqué ce rapprochement qu*aGn de prévenir une objection assez naturelle qui tendait à infirmer indirectement ma conclusion /sur le passage du fait au principe. Mais, en comparant directement les deux cas , il me semble que, depuis l'établissement de la monogamie, et surtout dans la sociabilité moderne, la dénomination de servitude serait extrêmement vicieuse pour caractériser l'état social de nos douces compagnes, et par suite je ne peux nullement accep* ter le parallélisme historique des variations simultanées de deux situations aussi radicalement hétérogènes. La vente et l'impossession sont les deux principaux caractères de tout esclavage ; or ils n'ont certainement jamais pu s'appli-* quer aux Occidentales des cinq derniers siècles.
^ Ouant au progrès qui, depuis un siècle, s'opérerait graduellement dans l'émancipation féminine, je n'y crois aucunenoent, ni comme fait ni comme principe. Nos auteurs femelles ne me semblent nullement supérieurs, en réalité, à Mme de Sévigné, k Mme de la Fayette, à Mme de Motteville, et aux autres dames remarquables du dix--
septième siècle. Je ne saurais dire s'il en est autrement en Angleterre. La femme qui, sous un nom d'homme, s'est rendue aujourd*hui si célèbre chez nous, me paratt, au fond, très-inférieure, non-seulement en convenances, mais même en originalité féminine, à la plupart de ces estimables types. Je ne vois pas, en réalité, d'autre accroissement notable que celui du nombre et de la fécondité matérielle de ces littératrices, comme Molière l'avait probablement prévu; mais je doute qu'il y ait là un vrai progrès. Ce mouvement Consiste surtout en un dévergondage croissant, qui me semble une suite (ou plutôt face) fâcheuse mais très-naturelle de notre universelle anarchie mentale depuis l'inévitable décadence des frêles fondements que la théologie avait provisoirement fournis à l'ensemble des grandes notions morales et sociales. Outre que cette partie de l'ébranlement négatif a dû se trouver spécialement favorisée par d'énergiques passions, elle n'a eu à lutter que contre la partie la plus faible peut-être de la sociabilité théologique ; car qu'y a-t-il de plus illusoire que de fonder la hiérarchie domestique sur la côte surnuméraire d'Adam ? Est-il étonnant que des principes aussi légèrement constitués n'aient pu résister au choc d'une anarchie passionnée? Mais leur dis-, crédit jfnomentané ne prouve réellement autre chose que la nécessité de les mieux établir. Sous ce rapport, les déplorables discussions ainsi soulevées, quoique essentiellement dépourvues encore d'opportunité logique, outre qu'elles sont malheureusement inévitables, auront au moins l'utilité d'obliger à mieux approfondir les motifs intimes de cette indispensable coordination domestique. L'émeute actuelle des femmes, ou plutôt de quelques femmes, n'aura finalement d'autre résultat que de faire expérimentalement ressortir la réalité insurmontable du principe fondamental d'une telle subordination, qui doit ensuite réagir profondément sur toules les parties de l'économie sociale ; mais cette
Utile conclusion se trouvera ainsi achetée au prix de beaucoup de malheurs publics et privés, qu'une marche plus philosophique aurait évités, si une telle rationalité était aujourd'hui possible. Si cette désastreuse égalité sociale des deux sexes était jamais réellement tentée, elle troublerait aussitôt radicalement les conditions d'existence du sexe qu'on voudrait ainsi favoriser, et à l'égard duquel la protection actuelle, qu'il faut seulement compléter en la régularisant, se trouverait alors convertie en une concurrence impossible à soutenir habituellement. Une telle assimilation tendrait d'ailleurs moralement à détruire le principal charme qui nous entraîne aujourd'hui vers les femmes, et qui, résulté d'une suffisante harmonie entre la diversité sociale et la diversité organique, suppose les femmes dans une situation essentiellement passive et spéculative, qui ne peut d'ailleurs empêcher leur juste participation à toutes les grandes^sympathies sociales. Si un tel principe de répulsion pouvait être poussé jusqu'à son extrême limite naturelle, j'ose assurer qu'il se présenterait comme directement opposé à la reproduction de notre espèce ; ce qui ramène, à cet égard, le point de vue biologique, plus intimement lié là qu'ailleurs, au point de vue sociologique.
c Tout ceci vous semblera peut-être trop étendu pour une discussion que je regarde comme provisoirement terminée; mais,, par ce motif même, je tenais à mieux caractériser nos principales dissidences. Au reste, quoique sans résultat actuel, je suis loin de regretter que vous l'ayez engagée ; car elle m'aura beaucoup servi à bien sentir les points essentiels sur lesquels doit porter surtout, dans mon prochain traité, mon effort de démonstration statique envers un principe qui , malgré sa nature éminemment élémentaire, est encore aussi profondément méconnu d'un esprit aussi supérieur et aussi dignement préparé. Mais permettez moi d'espérer, d'après ma propre expérience antérieure, que A. c. 27
cette situation de votre intelligence ne constitue Titimeat qu'une dernière phase passagère de la transition négative propre à notre temps. »
Paris, 23 décembre 1843.
« Quoique la discussion philosophique qui vient de dominer notre correspondance pendant qtiéli|ues mois n*ait point finalement ébranlé chez vous une opitiion que, démon cOté, je persiste non moins fetmemeht à croire erronée et dangereuse, permeitez-moi cepetidant d'fespérer etocore que votre persévérance à cet é^i*d n'est pas irrévocable, et (Qu'elle cédera plus tard à rinQùeiîcè spontailée de vos propres inéditations , peut-être méUie avant l'époque où ces réflexions pourront être fortifiées pal* ce que j'ai à écrire spécialement sur ce grav^ sujet dans hlon prochain ouvrage. Sans doute ces démonstrations ultérieutes se rapporteront, eh germé implicite, aux indications ébauchées par mes dernières lettres , comme ëetlé&-^i, à leur tour, étaient déjà essentiellement contehueS en diverses parties de mon traité fondamental. Mais vous sàVei thieut qUe personfie l'extrême difiérence qui existe, soit scientifiquement^ soit surtout logiquement, entre quelques aperçus indirects ou détachés et une appréciation vraiment systématique , elposée d'après tous les procédés convenables : vous connaissez très-4>ien Tefficacité supérieure d'une telle élaboration directe et spéciale non-seulement envers la masse des lecteurs éclairés, mais même qiiant aux juges le^ plus étninénts. Je serais, à vrai dire, fâché que vous fussiez disposé d'avance à ne voir, dahs tties explications ultérieutes sur une telle hérésie» qu'une sorte de commentaire méthodique des vUes indiquées sommairement par mes dei'iiières lettres ; vous reconnaîtrez alors, j'espère, qu'il y aura beaucoup plus , et que j'exposerai des considérations puissantes que je n'ai pu encore aucunement ébaucher ^ parce qu'elles eussent exigé
un préambule trop étendu pour notre cadre épistolaire. Halheureuseitaènt vdiis ne pourrez constater cela que dans quelques années, parce que je suis décidé à ne laisser paraître qu'intégralement le traité que je commencerai bientôt, et qui, comme vous savez, doit avoir quatre voludies. Mes lettres peuvent d'autant moins donner une idée convenable de l'ensemble de ma démonstration à ce sujet, que, je dois vous l'avouer aujourd'hui, elles n'ont été précédées d'aucune préparation spéciale : je les ai écrites sans brouillon comme toutes les précédentes et sous la simple inspiration du moment, en prenant les diverses faces de la question dans Tordre indiqué par vos propres objections. Peut-être aurais-je mieux fait de surmonter cette fois, vu la gravité du cas, ma répugnance invétérée pour toute préparation épistolaire; je n'ose pas néanmoins espérer que j'eusse mieui réussi à vous convaincre, parce que le moment n'est point encore venu probablement ; envers les esprits de votre trempe , c'est surtout la spontanéité qu'il faut attendre sans que rien puisse la remplacer suffisamment. Au reste je ne puis m'empêcher de réfléchir, à ce propos, que, si jamais notre correspondance se publie, ce qui, hélas! pourrait bien nous arriver enGn dans ce siècle où l'on imprime tout, c'est seulement chez vous qu'il faudra chercher mes lettres, dont il n'existera pas chez moi la moindre trace, tandis que les TÔtres y seront toujours précieusement conservées. Quant au sujet de notre fraternelle discussion , il me reste iinalement l'espoir d'une convergence ultérieure avant que vous ayez vous-même rien établi publiquement à cet égard. Ce serait d'un triste augure pour l'efBcacité sociale de la nouvelle philosophie, que de voir aujourd'hui ses deux principaux organes ne pouvoir s'acoortler suffisamment sur une doctrine aussi fondamentale, et qiii semble aussi élémentaire ; le spectacle d'une telle divergence constituerait une arme puissante pour
la logique de nos adversaires sérieux; mais j'espère qu'ils n'auront pas cette satisfaction. Mes espérances se fondent surtout sur l'heureuse tendance de votre intelligence à agrandir constamment son siyet par suite d'un profond sentiment de ses connezi tés essentielles. Je vois avec joie, en effet , que cette discussion vous a spécialement poussé à méditer directement non-seulement sur ce que vous nom* mez l'éthologie, mais sur l'ensemble de la statique sociale, dont cet ordre de spéculations sociologiques ne saurait, je crois , être séparé sans de graves'inconvénients , à la fois logiques et scientiflques. Vous savez d'ailleurs depuis longtemps que le second volume du traité spécial de sociologie que je vais commencer doit être spécialement consacré à cette sociologie statique , où nous reconnaissons tous (^eux que réside maintenant le principal perfectionnement que doit recevoir la constitution philosophique de la doctrine finale de la société humaine. J'espère beaucoup que l'exécution, presque simultanée, de ces deux opérations, aussi indépendantes qu'équivalentes , dissipera spontanément entre nous toute grave divergence pratique, et tendra puissamment à nous rattacher tous les penseurs véritables. Au reste, j'éprouve ici le besoin de vous témoigner combien je suis sensible à la loyale et honorable expression naturellement incidente, dans votre dernière lettre, sur votre pleine adhésion systématique à ma théorie fondamentale de l'évolution humaine, envers laquelle vous n'aviez pas eu encore l'occasion de formuler aussi explicitement votre opinion arrêtée, qui vient si heureusement corroborer mon intime conviction personnelle. Plus j'ai lieu de méditer sur ce sujet, plus je sens avec évidence que cette théorie constituait en effet le nœud principal de la nouvelle fondation philosophique, qui, dansFétat présent de l'esprit humain, n'avait plus besoin essentiellement que d'une extension effective de la méthode positive à l'ensemble du développement social.
Le dernier penseur éminent qui m'ait précédé, Kànt, autant que j'en puis juger sans l'avoir lu, en devinant l'ensemble de sa conception d'après quelques renseignements trèsimparfaits, me parfitt n'avoir manqué la constitution finale de la nouvelle philosophie dont il s'est, à divers égards, tant approché , que par suite de cette irréparable lacune , qui d'ailleurs ne pouvait être comblée que sous la secrète impulsion logique du grand ébranlement révolutionnaire. . . » La crainte qu'a exprimée M. Comte que ses lettres sur le sujet des femmes, et dont il n'avait point gardé copie, ne vissent jamais le jour, ne s'est point réalisée. Leâ voilà rendues à la lumière. Au contraire, celles de M. Mill sont encore enfouies dans une étude de notaire , où un arrêt de justice les a provisoirement reléguées avec les autres papiers de M. Comte. Les deux adversaires ne réussirent à se convaincre ni l'un ni l'autre, et ils gardèrent leur opinion. Aujourd'hui encore, M. Mill, dans son dernier ouvrage qui est sur le gouvernement représentatif, défend devant le public la thèse qu'il défendait contre M. Comte.