‹ Auguste Comte et la philosophie positive (volume 2)Chapitre 67 sur 83 · FONDATION DE LA SOUSCRIPTION · texte numérisé non relu

FONDATION DE LA SOUSCRIPTION

nomie, physique, chimie, biologie, sociologie, tel est l'ensemble du développement scientifique ; tel est le corps de la philospphie mod^rqe o|i positive ; telle est la cause profonde, telle est la règle de plus en plus apparente des mutations sociales que nous ofirent le passé et le présent. Aussi l'œuvre capitale de M. Comte, si féconde au point de vue de la science pure, ne Test pas moins au point de vue social et politique.

« Ces travaux ont employé la vie de M. Comte. Parallèlement, i) a pourvu, étant sans fortune, aux nécessités de la vie, d'abord par des leçons de mathématiques, puis par des fonctions didactiques qui liii ont été contiées à l'École polytechnique et dans une institution particulière. Des inimitiés persévérantes, qu'il faudrait qualiGer sévèrement si c'était ici le lieu d'en parler, l'ont privé de sa place d'examinateur toujours honorablement remplie. Enfin, dans ces derniers temps, sa disgrâce s'étendant, il a perdu la position qu'il avait dans une pension de Paris.

< Telle est la i^iarche de la rémunération à mesure que les travaux accomplis et les services rendus ont été plus grands. Nous pensons que la moralité publique est intéressée à ce que de telles ii^ustices soient réparées, à ce que des hommes équitables s'interposent pour empêcher le mal de se faire. {1 reste à M. Comte une place de répétiteur à l'École polytechnique ; mais les 2000 francs qu'elle rapporte sont complètement absorbés par des affaires domestiques. Il nous a semblé qu'une somme de 5000 francs, fournie annuellement par cotisation, aussi longtemps du moins que M. Comte n'aura pas réussi d'ailleurs à se procurer des ressources quelconques, suffira aux besoins de sop existence et de ses travaux. C'est dope cette somme que nous demandons par contribution aux amis de la science, aux ennemis de l'injustice, et à la-

quelle, bien entendu^ nous contribuons des premiers pour notre part.

« Salut et Fraternité.

< Gh. Jundzill, professeur de mathématiques. — Bel- PAUBfE, ouvrier botlier. — Pili, mécanicien. — Pascal, étudiant en philosophie. — Gh. Robin, docteur en médecine. — P. Magnin, ouvrier menuisier. — LiTTRÉ, membre de Tlnstitut. — Segond, docteur en médecine. — Gontreras, étudiant en médecine. — Francelle, ouvrier horloger. — Leblais, professeur de mathématiques. — A. Ribet, étudiant en droit.

< Les souscriptions, en totalité ou par fractions, seront reçues chez M. Littré. »

Toutes les choses de ce monde ont une double face, et celle-ci n'échappe pas à une telle condition. Je me sentis heureux d'avoir rendu ce service à M. Comte, qui se montra heureux de Tavoir reçu. Pourtant je ne dois pas dissimuler que s'éjevèrent, dans le moment, des objections auxquelles la suite oblige d'accorder beaucoup d'attention. Quand Mme Comte apprit ce que j'avais fait, elle m*en blâma, disant d'un côté que j'avais pris peur trop vite, et qu'un homme comme H/ Comte aurait bien fini par trouver des ressources qui lui fussent propres ; d'autre part (et cela était plus grave), qu'une occupation qui obligeât M. Comte à soustraire quelques heures de chaque journée à l'unique méditation des questions philosophiques lui était salutaire, et qu'un esprit qui avait déjà souflert dune trop grande contention et concentration, pourrait de nouveau souffrir si aucune distraction obligatoire n'intervenait. Plus d'une fois, quand j'ai vu H. Comte s'enfoncer dans les té<*

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nëbres de la méthode subjective et de la mysticité , je me suis rappelé ces avertissements.

Quoi qu'il en soit, la souscription était désormds établie. A chacune des années qui suivirent, 1850, 1851 et 1852, je rédigeai une circulaire nouvelle, et fis tous mes efforts pour que les résultats fussent satisfaisants. De son côté, M. Comte adressait tous les ans à chacun de ses souscrip* teurs une circulaire qui, outre les explications personnelles, était le contrôle de ma gestion. Ce n'était point du tout une* sinécure, cette gestion, et, sauf le motif, je la vis passer sans regret dans les mains de H. Comte. Ce motif fut la rupture qui intervint entre lui et moi^, et qui, finalement, le détermina (ce qui était très-naturel) à me retirer la sous* cription. 11 m'annonça ce retrait par une lettre dont je donne le passage concernant la souscription. « La seconde mesure concerne la noble souscription publique qui con* stitue le seul appui de mon existence matérielle. Je n'oublierai jamais que vous l'avez dignement fondée, et que, pendant les deux premières années, vous y avez développé un véritable zèle. Mais j'ai résolu d'être dorénavant le seul directeur de cette institution,^ sauf les centres partiels qu'on pourra multiplier autant. que les cas l'exigeront.... C'est pourquoi je vous demande aujourd'hui de vouloir bien m'envoyer le plus prochainement possible : l"* tout l'ar*gent que vous pouvez avoir à moi maintenant, et celui qui pourrait encore vous arriver par erreur ; 2* tous les

1. La rupture commença au sujet du coup d'Ëtat de 1851 , auquel M. Comte se rallia. Plus tard je me retirai de la Société positiviste. A mesure que je m'éloignai de M. Comte et de Teitréme ascendant inteUectuel qu'il avait pris sur moi, je sentis qu'il était indispensable de soumettre au contrôle de la méthode positive tout ce qu'il avait promulgué dans la dernière partie de sa vie et que j'avais admis de confiance. C'est le résultat de%e contrôle qui parait dans la troisième partie de ce livre. Mais je ne pense pas que j'eusse été capable de le faire si j'étais resté sous l'influence immédiate de M. Comte. •

documents quelconques qui peuvent me faciliter Tadministration de la souscription pour le reste de la présente année ; 3* epfin, la listp exacte 4es sommes déjà reçues et de leurs sources, comme vou? ayiez coutuipe de le (aire k la fin de chaque année (20 septembre 1852). » Je fis ce qqe demandait M. Comte, et je n*eus plus d'autre relation avec la souscription que de continuer à y fournir une quoteparty et à servir d'intermédiaire à quelques souscripteurs; car, malgré la rupture, mes sentiments de reconnaissance obligatoire n'avaient pas changé.

La plupart des personnes qui se joignirent à moi et me vinrent en aide étaient des disciples. D'autres tenaient à M. Comte par un lien moins étroit. Je citerai M. Mill ; on a eu l'occasion de voir, en plusieprs en(|rpits de cet ov(vrage, jusqu'à quel degré il donne son adhésion à la philp^ophie positive; mais, ayant été si utile à M. Comte ep (844, il ne manqua pas de lui être utile encore en cette circonstance.

Ainsi se forma cette souscription qui dura jusqu'à la mort de M. Comte et qui, quand il eut perdu 9a place de répétiteur titulaire à l'École polytechnique, demeura son unique ressource.

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