COURS FAIT AU PALAIS-ROYAL
lettre à ce ministre m'a toujours paru très-satisfaisante de forme et de fond ; elle indique, avec dignité et mesure, des motifs capables d'influencer un homme plus honnête ou seulement plus clairvoyant; tant pis pour lui, s*iln'en profite pas, comme tout le fait supposer (8 Archimède 62). »
Comme on voit, M. Comte ne pouvait croire que, là où H. Vieillard avait échoué, sa femme réussirait, et il conser-vait une incrédulité que l'événement vint très-vite démentir ; car, cinq jours après, il remerciait le ministre de Toctroi de sa salle :
< Monsieur le Ministre ,
< Je m'empresse de vous témoigner ma respectueuse gratitude pour avoir enfin renouvelé la concession de votre prédécesseur envers la salle destinée au Cours philosophique sur l'histoire générale de J' humanité^ dont je vous adressai , il y a trois mois, le programme imprimé. D*après votre décision d'hier, je vais reprendre cet enseignement gratuit tous les dimanches, de midi à trois heures, à partir du 21 avril jusqu'au 13 octobre.
« La longue discussion officielle qui vient de précéder ces nouvelles prédications positivistes, doit finalement les rendre plus efficaces. On sent ainsi que toute loyale renonciation des vrais philosophes à l'autorité temporelle déterminera bientôt une équivalente disposition des véritables hommes d*État, envers le gouvernement spirituel. Pendant que ceux-ci maintiendront avec énergie un ordre matériel toujours indispensable, la sagesse systématique de ceux-ln reconstruira dignement l'ordre intellectuel et moral. Malgré d'inévitables dissidences entre des forces aussi hétérogènes, leur convergence spontanée transformera peu à peu notre périlleuse situation en une tendance directe à terminer convenablement la grande révolution occidentale.
« Dans ce cours plus solennel, j'espère mieux caractériser
les ressources trop méconnues que présente aujourd'hui l'état républicain en faveur de Tordre véritable , tant spirituel que temporel. En offrant au progrès d'Irrécusables garanties y la philosophie positive peut seule tourner, contre les jongleurs et les utopistes, une situation qui d'abord semble les seconder. Je puis ainsi élever dignement la bannière systématique des constructeurs en concurrence directe avec le fatal drapeau des niveleurs. L'appréciation normale des devoirs vient alors remplacer irrévocablement l'anarchique discussion des droits. On peut pleinement démontrer à la raison populaire combien il est absurde d*aspirer à des mesures qui soient à la fois radicales et immédiates. Mais cette conviction ne comporte d'efScacité que d'après une doctrine propre à remplir alternativement ces deux conditions également indispensables, en posant aujourd'hui les bases directes d'une régénération réservée à nos successeurs, et réalisant déjà toutes les améliorations assez préparées par nos prédécesseurs. En développant ces salutaires propriétés du positivisme, je ferai naturellement sentir, pour le présent comme pour l'avenir, que la principale garantie politique du véritable progrès social consiste dans une sage concentration de tout pouvoir temporel qui saura suffisamment respecter la liberté spirituelle. A nos yeux, la régénération finale est encore plus entravée aujourd'hui par les lettrés indisciplinables que par les mauvais riches. Instituer, contre ce double obstacle, l'irrésistible intervention des prolétaires et des femmes, telle doit être maintenant la mission essentielle des prêtres de l'humanité. Elle caractérise la tendance continue de mon nouveau cours, d'après la préparation accomplie l'an dernier.
« La décision qui me permet de poursuivre convenablement cet office, méritera toujours la reconnaissance spé* ciale de tous les amis de la religion finale. En leur nom et