‹ Auguste Comte et la philosophie positive (volume 2)Chapitre 77 sur 83 · DERNIÈRE MALADIE. — TESTAMENT · texte numérisé non relu

DERNIÈRE MALADIE. — TESTAMENT

Le terme fatal arriva. M. Comte, qui avait supporté la maladie avec la plus grande fermeté, ne supporta pas avec moins de fermeté les approches de la mort. La faiblesse corporelle devint extrême, et il expira, sans agonie, le 5 septembre 1857, ayant auprès de lui quelques-uns de ses disci pies qu'il préférait.

M. Comte laissa un testament. C'est une pièce volumineuse et étrange. Treize exécuteurs sont institués. II les charge de conserver son appartement tel quel, comme premier siège du culte de l'humanité; de faire une pension à sa bonne; au décès de cette bonne, de faire une pension à son mari, et au décès de ce mari, une pension à leur ûls ; de continuer la pension à Mme Comte; il les charge aussi de payer ses dettes. En outre, M. Comte avait disposé de son avoir de cette façon: à sa bonne, Targent comptant, les bijoux, Targenterie; au corps de ses disciples, le mobilier et la bibliothèque, afin, comme je l'ai dit, qu'ils les gardassent pour les transmettre à leurs successeurs.

Pour que plusieurs de ces dispositions qui allaient à rencontre du contrat de mariage eussent leur effet, il fallait que Mme Comte y consentit. Ce consentement, Mme Comte Taurait peut-être donné, si son mari le lui eût convenablement demandé. Mais, loin de le démander, il s'y prit, suivant une erreur habituelle à son esprit, d'une manière qui, l'assurant suivant lui, devait l'empêcher et le fit manquer effectivement; car le testament, en ce qui concerne sa femme, est injurieux d'un bout à l'autre.

Dans le temps où les dispositions écrites au testament fermentaient dans l'esprit de M. Comte et faisaient des explosions, je me suis plus d'une fois efforcé de lui inspirer plus de calme et un plus juste regard pour son passé. Bien des circonstances m'y autorisaient : d*une part, j'étais, on l'a vu, son disciple fervent; il me savait gré alors d'avoir le premier en France appelé l'attention publique sur ses tra-

vaux ; enfin j'avais pris l'initiative d'une souscription qui le satisfaisait; d'autre part, j'étais, depuis plusieurs années, lié avec Mme Comte: mes intentions n'étaient donc suspectes ni d'un côté ni de l'autre. J'écrivis à M. Comte ; je lui représentai qu'après une séparation déjà ancienne, après une correspondance amicale qu'il avait lui même entretenue depuis cette séparation pendant plus de trois ans, des colères que rien n'autorisait n'étaient pas justes ; j'allai même jusqu'à le sommer, avec la connaissance de Mme Comte, de me déclarer les griefs non connus dont il s'armait pour devenir si violent. Je n'en reçu^ jamais que des réponses irritées sans doute et acerbes, mais qui ne contenaient rien de plus que les reproches généraux qu'on peut voir soit dans sa lettre à M. Mill, soit dans ses lettres à Mme Comte. Le 6 septembre, lendemain de la mort, deux des treize exécuteurs vinrent l'annoncer à Mme Comte et lui dire que M. Comte avait laissé un testament par lequel sa pension était assurée, à la condition d'en accepter toutes les clauses; on lui apprit que c'était par les exécuteurs testamentaires que cette pension serait servie. Mme Comte répondit que, dans l'état où elle était, il lui était impossible de prendre une résolution, et que, d'ailleurs, elle n'accepterait jamais un testament qu'on ne lui montrait pas. On lui dit alors qu'il y avait urgence de prendre parti, son mari ayant laissé 10 000 francs de dettes, et que des poursuites allaient se commencer; on ne lui indiqua pas quels étaient les créanciers. Mme Comte fut atterrée à cette nouvelle, mais ajourna jusqu'à ce qu'elle eût connaissance du testament; sur cette réponse, on lui déclara que son refus d'acceptation donnait aux exécuteurs testamentaires le droit d'ouvrir un pli cacheté que son mari avait laissé contre elle. À cette menace, qui dès lors dominait tout, elle répondit qu'elle n'avait rien à craindre, et refusa déGnitivement, même sans connaissance du testament. Le jeudi suivant il y eut pour le

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