La guerre de Crimôe
2. M. Comte avait adressé une lettre à Tempereur Nicolas où i( le représentait comme le digne chef d j parti conservateur en Europe.
658 TROISIÈBfB PARTIE.
En voyant ainsi la croix latine soutenir le croissant contre la croix grecque, on reconnaît que le temps est venu de rallier les deux parties de l'ancien monde romain sous la çeule foi qui puisse devenir universelle ; sans soutenir davantage l'existence, depuis longtemps factice, du christianisme et de l'islamisme, irrévocablement épuisés et pareilleAient incapables de conduire les affaires humaines. On voit également prévaloir ici la transformation des armées en gendarmerie^ pour maintenir, au dehors comme au dedans. Tordre matériel au milieu du désordre intellectuel et moral. Tous ces résultats sont acquis déjà , quelle que soit l'issue du conflit actuel ^ qui, j'espère^ ne s'aggravera pas assez pour détourner l'attention universelle des principaux besoins de notre siècle, et pourra même, s'il dure peu, concourir à les faire plus promptement sentir.
« P. S, Quoique je regrette la lenteur exceptionnelle do transport de mon envoi du 10 janvier, je me félicite qu'il vous soit entin parvenu, malgré que vos occupations et préoccupations ne vous permettant pas d'accorder bientôt une attention suffisante à cette nouvelle lecture (6 avril 1854). »
UUrês à M, Cikain de Bligniires, ancien élève de Vtcole polyUcfynique ' .
1. SomiAiRB : Dans ces deux lettres, M. CoQite parle k titre sacerdotal; c'est i^ourquoi Je n*ai pas hésité à profiter de l'amicale communicaiion de M. de Blignières, qui m'a permis d'abord de lire, puis de publier; car il importe 4'eaqui»ser M. Comte par lui-m^me 4Ans las phûes aucoessives de sa vie. Cette première lettre est un ensemble de conseils et de directions.
c ...'. Les indications de votre lettre sur la marche gêné» raie de vos études actuelles ne méritent que ma sincère
1. M. de BlignièreSy disciple dévoué de M. Comte, est aatMr d'une Exposititm abré$ée et fMfpulaire de la philotopHie eî delà réHçiom fmi^
Les lectures hisloriques d'après lesquelles vous donnerez plus de précision à vos méditations sociologiques , quand leur tour systématique arrivera. Pendant ces deux années de dernière préparation philosophique, ne vous hâtez point de décider irrévocablement la direction théorique ou pratique de votre vie réelle. Ce noviciat final ne s'achèvjera pas sans que vous parveniez spontanément à vous fixer sur ce point capital de conduite , en combinant peu à peu les impressions résultées de ce travail continu avec celles qui proviennent de votre service spécial , dont je ne doute pas que vous ne vous acquittiez toujours consciencieusement, de manière h édifier les profknes sur la moralité pratique de notre foi. Quel que soit votre choix final, je suis certain que vous yrendrez de grands services. Malgré la prédilection ordinaire des jeunes lettrés pour la carrière théorique, celte existence doit convenir à fort peu d'hommes. Quoiqu'elle ait aujourd'hui un besoin urgent de dignes oignes, je pense que la plupart des vocations qu'on y suppose sont illusoires j il peut très-bien arriver que vous y soyez sérieusement appelé , et je ne pourrais moi-même prononcer démonstrativement U-dessus avant rachëvement du noviciat final que vous avez si noblement commencé. Hais si votre choix définitif tombait, au contraire, sur la pratique , croyez qu'elle vous offrirait aussi un vaste et digne champ de dévouement et même de talent. Elle a maintenant ' presque autant besoin que la théorie de renouveler ses organes principaux, qui d'ailleurs sont naturellement beaucoup plus nombreux.
* Parmi les conseils communs aux deux cas ( et cela ar-
litetjPua, 1851, Cbamerot, rue du Jardinai, n* ]3. Ce livra u'eMpolot paaaé inaperfu; il a danaâ i loii auteur uo rang parmi ceux qui b'occupeni da pbiioiophie , et Mt une pitee digoe d'Aire couollée dani la milée publique où Ift philosophie positive commence I tin engagée.
rive pour tous ceux qui sont très-importants ), je dois aujourd'hui vous recommander la culture esthétique dont je vous ai souvent parlé dans nos libres causeries , que je ne regretterai jamais d'avoir rendues plutôt fraternelles que paternelles. Je crois qu'il vous reste, à cet égard, de grandes acquisitions à faire. Pour la poésie, elles sont partout praticables , et souvent aussi pour la musique. Apprenez l'italien en lisant Dante, Arioste et Manzoni, puis l'espagnol en lisant de même Galderon et Cervantes; laissez dormir vos langues du nord pendant quelques années. Mais habituez-vous surtout à ne jamais lire que des chefsd'œuvre que vous vous rendrez familiers par un recours périodique ; si vous lisiez des médiocrités , votre initiation esthétique avorterait.
< Comme transition aux lectures morales, je vous recommande la pratique journalière de V Imitation, dans l'original et dans Corneille. Yoyez-y un admirable poëme sur la nature humaine, et lisez-le en vous proposant d'y remplacer Dieu par THumanité. Cela deviendra une source féconde de nobles jouissances et d'intimes améliorations. Vous sentirez ainsi combien est moralement dangereuse l'étude scientifique quand on n'y voit pas un simple moyen et que l'on veut l'ériger en but. Les émancipés sont maintenaut assiiyettis à parvenir à l'amour par la foi réelle, c'està-dire démontrée ou démontrable. Mais soyez certain que votre noviciat philosophique ne sera pas conduit jusqu'à son vrai terme normal s'il ne vous amène point à l'amour. Pendant ce trajet, la digne fréquentation du sexe affectif vous aidera beaucoup à atteindre le but raisonnable et saint de toute cette longue institution, Tincorporation morale et mentale à l'Humanité. Je ne saurais mieux terminer que par ce double conseil , sur lequel je reviendrai si vous m'y donnez lieu ( 2 McUse 63, 2 janvier 1851). »
1. SoHHAULi -. H. ComU relient nir ITmiraiion de Jitvt-ChrUt.
'....Je regrette votre suspension actuelle des lectures poétiques. Un vrai positiviste ne devrait pas laisser passer irne seule journée sans y consacrer au moins le temps qu'exige un chant de Dante. Toutefois, en espérant que tous y reviendrez bientôt, je me Télicile que vous commenciez à goâler l'Imitation, où je vous engage de joindre, comme moi, Corneille à Kempîs. Mais vous feriez bien de lire d'abord l'ensemble du poëme, avant de revenir sur chaque livre. -En eSel, le principal défaut de cette admirable production consiste dans le défaut tolal de plan. Le quatrième livre a seul une véri.table unité, et encore l'ordre des chapitres pourrail-il y être interverti sans inconvénient. Partout ailleurs chaque chapitre pourrait le plus souvent être transposé à volonté, même d'un livre & un autre. Cela ne détruit nullement l'éminent mérile de cet incomparable poëme sur la nature humaine, où l'incohéreDce est surtout due aux croyances dominantes. Jusqu'à ce qu'il surgisse une autre suite de chants propres k diriger l'intime culture du cceur, cet infornie chef-d'œuvre conservera toujours un p^x infini, non-seulement comme haute satishction esthétique, mais surtout pour l'amélioration morale. Un célèbre empereur musulman en faisait sa lecture favorite. Encore plus dégagés des croyances qui l'inspirèrent, j'espère que tous les jeunes positivistes se le rendront bientât Cimiiier, en pouvant de plus aspirer à le refaire d'après la nouvelle unité religieuse.... (14 Arittote 63, 10 mars 1851). >