CHAPITRE VIII
La société positiviste.
La révolution de février éclata. Elle enthousiasma M. Comte. Un fond socialiste qui est inhérent à la philosophie positive s'accommoda sans peine d'une plus large influence donnée aui masses populaires. Les projets de reconstruction qu'il publia depuis sous le nom de politique positive et de religion de l'humanité ne s'en accommodèrent pas moins; car il s'imagina que les prolétaires, pour me servir de son expression, étaient plus disposés qu'aucune autre classe à y donner leur concours. A un homme qui, on peut le dire, ne vivait que pour ses idées, dépareilles perspectives étaient enivrantes.
Aussi se hâta-t-il de profiler d'un événement qu'il avait d'ailleurs pressenti et même prédit. Je ne voudrais pas que de cette prédiction on tirât une trop grande conclusion; carie même M. Comte a prédit que la république ne serait pas détruite en France et que la grande guerre n'éclaterait pas en Europe. L'insuccès de telles prévisions montre par un autre côté l'impossibilité où l'on est de pousser bien loin la déduction en matière politique et sociale.
Dès le 24 février, en ce jour où tonnaient la fusillade et le canon, il concevait l'idée d'une association dont il publia l'annonce sous le titre de: Ordre et progrès; Association Hà^^ pour IHnstruction positive du peuple dans tout rOcdd^tU européen. Ce fut l'objet d'une feuille volante que je repro-
duis : c La réorganisation préalable des opinions et des mœurs constitue la seule base solide d'après laquelle puisse s'accomplir la régénération graduelle des institutions sociales y à mesure que l'esprit public aura librement adopté les principes fondamentaux du régime final vers lequel tend l'ensemble du passé chez l'élite de l'humanité. Ainsi , la saine instruction populaire devient aujourd'hui la première condition du vrai caractère propre à la terminaison organique de la grande révolution. Ce besoin est surtout compris par les prolétaires eux-mêmes , qui, malgré l'admirable spontanéité de leur nobles instincts , sentent combien la culture systématique en est indispensable.
« D'après un double droit, désormais incontestable, de libre enseignement et de libre association , j'annonce donc la récente formation d'une Association indépendante qui^ sous la devise caractéristique Ordre et Progrès^ accomplira, autant que possible, un tel office sociaL Elle s'attache exclusivement à développer, dans des cours toujours gratuits, dont le libre accès ne sera jamais restreint, l'instruction positive proprement dite, comprenant : d'une part , les études mathématiques , inorganiques et biologiques; et, d'une autre part, l'histoire, qui, quoique habituellement empirique, contient le préambule nécessaire delà vraie science sociale. Mais, écartant tout principe indiscutable , elle s'interdit soigneusement tous les sujets qui ne comportent pas de véritables démonstrations.
<< Loin de dissimuler jamais la tendance directement sociale de son enseignement, cette Association s'efforcera sans cesse d'y subordonner profondément l'intelligence à la sociabilité, en considérant toujours l'esprit comme le principal ministre du cœur. A ses yeux , il n'existe , au fond , qu'une seule science, celle de l'humanité, envers laquelle
594 TR0I8IÈXE PABTIB.
toutes lea autres études réelles ne constituent que des préambul^a indispensables, dont la spécialité aetueile ne peut être corrigée que par cette deftination continue. Hais, saiifee principe universel, li' convergence habituelle des divers cours restera toujours livrée eiclusivementauz libres convictions des professeurs quelconques, sans qu*aucun progrismnie leur soit jamais imposte.
c Cette association positive comprend , au même titre, deux sortes de membres, en nombre illimité, dont les uns consacrent une portion régulière de leur tempe à renseignement populaire I tandis que les autres en facilitent, par toutes le§ voies légitimes , Texercice et l'extension.
< Quoiqu'elle doive considérer Paris comme le siège essentiel de ses opérations , son service ne se borne point à la France. II embrasse les cinq populations avancées qui, toujours plus ou moins solidaires, même dès Tasaimilation romaine , composent, depuis Gbarlemagne, la grande réputation occidentale , au sein de laquelle , malgré les diversités nationales, aggravées ensuite par les dissidences religieuses, s'est accompli un développement intellectuel et social dont le r^ste de l'humanité n'offre point encore, même en Europe, un véritable équivalent. Ainsi, ^n cooservant au centre français l'initiative naturelle qup la première partie de la révolution lui a pour jamais rendue, ('Association occidentale étendra aeç fonctions habituelles, d'une part à l'Allemagne et à l'Angleterre, d'une autr^ part ^ l'Italie et à l'Espagne. Cette indispensi^ble extension d'un office partout urgent exige nécessairement que l'Association positive, sans refuser jamais l'assistance des divers gouvernements occidentaux , se tienne toiyours indépendante de l'un quelconque d'entre eux.
- Dans cette grande entreprise sociale, j'invoque directement la coopération de tous ceux qui , à un titre quelconque , peuvent y concourir utilement. Mais j'y invite plui
LÀ SOCIÉTÉ PGiSITIVISTE. 595
spécialement, d'une part, pour les sciences inorganiques, mes anciens camarades ou élèves de l'École polytechnique qui se sentent disposés à la seconder; et> d'une autre part, pour les études biologiques , les médecins ou naturalistes qui peuvent y coopérer. »
Le lendemain , 26 février, un autre souci le travaille : il veut, dans l'intérêt de la conciliation , en un moment aussi troublé , efiTacer les traces de ses déiçélés avec M. Arago, et il m'écrit le billet ci-dessous : < Un grand sentiment public qui doit dominer les plus légitimes émotions privées , me détermine aujourd'hui à déclarer cordialement à M. Arago, aussi publiquement qu'il le désirera, que je regrette de l'avoir offensé. L'ensemble de mon passé m'empêche de craindre que cette démarche soit mal interprétée. Vous en pouvez faciliter beaucoup Taccomplissement par l'entremise de M. Armand Marrast. Quant au mode, je m'en rapporte entièrement à votre prudence et à votre zèle. »
Ainsi consulté , je conseillai de faire la déclaration qu'il projetait dans la séance de son cours d'astronomie aux Petits- Pères, séance qui devait avoir lieu le lendemain. M. Comte demande que cette démarche à Tégard de M. Arago, devenu membre du gouvernement pr Dvisoire, ne soit pas mal interprétée ; je le demande aussi en mon nom : M. Comte avait l'intention non de capter la bienveillance d'un homme puissant, mais de remplir un devoir civique. Il s'en explique d'une façon très-digne dans la lettre qu'il m'adressa en sortant de son cours : « Pendant ma prédication philosophique, je viens de fieiire deux importantes déclarations, naturellement connexes, dont je vous prie de compléter l'efficacité , en leur procurant , autant que vous le pourrez, une publicité plus étendue que celle d'une simple exposition orale.
« J'ai d'abord proclamé ina ferme résolqtionde ne jamais accepter aucune position politique proprement dite , même
celle qui pourrait m'étre conférée par la confiance directe de mes concitoyens. Je n'ai pas hésité à présenter ce solennel engagement comme ne m'étant pas seulement personnel , mais aussi comme commun à tous les philosophes positifs qui veulent désormais vouer sérieusement leur vie au sa:erdoce de l'humanité.
« Ensuite y j'ai loyalement regretté d'avoir attaqué M. Arago , auquel je iQe suis sommairement efiforcéde rendre une exacte justice, intellectuelle et morale. Le besoin social de ménager toute puissance réelle , surtout l'ascendant moral , plus rare et plus important qu'aucun autre, s'aggrave' beaucoup de nos jours par le prix exceptionnel qu'acquièrent les personnes en un temps où il ne peut encore exister de véritables principes. Tel est le motif essentiel d'après lequel j'ai blâmé comme inconsidérée ma critique antérieure, même quand sa justice serait jugée complète.
« Vous savez que l!urgence spéciale de la concorde entre tous ceux qui peuvent aujourd'hui concourir réellement au bien public m'a seule inspiré spontanément cette sincère manifestation , afin de ne pas contrarier involontairement le bien immense que peut faire M. Arago dans son éminente position actuelle. Mais, malgré votre rare modestie, mon scrupuleux amour de la vérité m'a forcé d'syouter que je vous dois l'indication du mode que j*ai adopté. Je vous remercie toujours et de me l'avoir proposé , et de m'avoir jugé capable de le suivre (dimanche, 27 février 1848). »
A YAssociation pour rinstruction poHtive du peuple M. Comte donna le nom de Société positiviste , et le 8 mars il publia un appel sous ce titre : Le fondateur de la Société positiviste à quic4>nque désire s*y incorporer. Cette pièce est fort longue, et , comme elle n'est qu'un développement de la feuille volante y je m'abstiendrai de la rapporter. Il expose en ces termes le mode d'incorporation : « Pour
mieux assurer l'unité de composition indispensable à la Société positiviste, je resterai seul juge de l'aptitude intellectuelle et morale de tous ceux qui demanderont à y en* trer. Mais, quoique le nombre des membres doive demeurer illimité, il importe aussi de garantir spécialement la fraternité de leurs relations mutuelles ; c'est pourquoi chacun de mes nouveaux choix sera toujours soumis à l'acceptation des anciens membres. Les explications précédentes indiquent évidemment, comme première condition indispensable^ une suffisante adhésion à Tesprit général du Positivisme. Ceux qui éprouveraient un vrai désir de s'agréger à la nouvelle Société, sans avoir encore étudié mon grand traité, devront au moins adopter le Discours sur Vesprit posUif que je publiai, il y a quatre ans,, pour caractériser sommairement le positivisme, et l'éminent opuscule de la Phin lùsophie positive, publié un an aj)rès par M. Littré, au sujet de mon ouvrage fondamental. Quiconque n'adhérerait pas complètement aux cinq conclusions essentielles de ce petit écrit, devrait dès lors renoncer à une te\le incorporation, du moins immédiate. »
Ces conclusions auxquelles M. Comte renvoie sont les suivantes : la détermination de la loi qui régit les sociétés passant par Tétat théologique et l'état métaphysique pour arriver à l'état positif; la nature des questions qui doivent cesser d'être absolues pour devenir relatives ; la méthode qui marche du monde vers l'homme et non pas de Thomme vers le monde ; la coordination hiérarchique des sciences qui en indiqué les rapports et les réactions réciproques ; l'incorporation des sciences dans la philosophie, et par là^ enfin, Thomogénéité établie entre toutes nos conceptions {Conservation, etc., p. 65).
En fondant la Société positiviste, le but de M. Comte avait été de créer une société qui exerçât une action politique; il voulait qu'elle fût, toutes exceptions admises, dans
598 TR0I8IÈMB PARTIE.
la nouyelle république, ce que les jacobins avaient été dans la prentière ; c'étaient ses teraies; et plus d'une fois je Faî entendu ^ourmander le tout petit groupe réuni autour de lui de ne pas prendre l'attitude et le rôle qu'en esprit il lui avait assignés. Je n'ai pas besoin d'^youter qu'alors la véritable influence lévolutionnaire était ailleurs et dans des groupes nombreux et puissants. Mais» laissant de côté ces illusions, je dois dire que les réunions de cette société dont j'ai fait partie m'ont laissé d'excellents souvenirs. Elles étaient présidées, dirigées, remplies par H. Comte ; tous les événements du jour y avaient leur écho ; ils suscitèrent plus d'une fois, de la part de M. Comte, des aperçus lumi* neux^ dea hardiesses philosophiques, des rapprochements historiques que certainement on ne trouvait que là dans tout Paris.
De cette Société sont émanés trois rapports, l'un sur la qvsstian du travail^ le second sx^ la nature et le plan (tune école positive^ le troisième sur la nature et le plan du ncmeau gouvernement révolutionnaire. Chaque rapport fut fait par une commission composée de trois membres: trois ouvriers pour la première (Magnin , rapporteur, Jacquemin et Belpaume) ; trois médecins pour la seconde (Sêgond, rapporteur, de Montègre et Charles Robin) ; Littré, rapporteur» Magnin et Lafitte, pour la troisième.
Dans le premier rapport il ne faut pas chercher, sur la question générale du travail, ce qui ne peut s'y trouver, vu que l'école de M. Comte était fort étrangère à l'économie politique. Et, dans le fait, au moment de la plus forte tourmente de 1848, ce dont on avait besoin, c'était de conseils IHratiques et qui fussent d'exécution immédiate. Or la Commission en donnait excellemment un de ce genre en recommandant la création, sur les différents points du territoire, de travaux d'utilité publique dont l'État prendrait l'initiative et dont il fournirait les fonds. La Commission
ajoutait : « Les renaeignementa émaneront d'assemblées populaires locales provoquées par le pouvoir, dans les-» quelles les citoyens seront appelés à discuter sur tous les travaux à exécuter^ sur ceux en voie d'exécution et ceux déjà termina. Ces réunions devront aVoir lieu dans des locaux fournis^ autant que possible^ par les communes. Les séan* ces œront publiques ; on devra y inviter avec soin les ouvriers voyageurs, qui sont très*propr6s à donner de bons renseignements quand on sait les leur demander ; ils ac-* querront par là de nouvelles connaissances qu'ils pourront utiliser ailleurs, des assemblées apprécieront la nature des travaux» leur importance» leur opportunité, leut direction, leurs inconvénients 9 leurs dangers, leurs résultats probables, enfin tout ce qui peut avoir quelque intérêt. Elles n'ordonneront pas les travaux ; elles devront les surveiller à titre de* conseil. Une telle marche aurait pour résultat de mettre le sentiment social directement à l'ordre du jour par le caractère d'utilité publique des discussions, et de faire surgir une surveiUance spontanée, gratuite» per* manente, désintéressée sans être indifférente, ayant enfin tous les caractères d'une vraie surveillance (p. 11). > De ce double conseil, la première partie a été justifiée par l'expérience ; car le gouvernement impérial, qui a ouvert partout des travaux, s'est visibleno^nt donné on semblable programme. La seconde partie n'a jamais été essayée, et elle reste, avec son caractère démocratique très-prononcé, dans le domaine des propositions qui pourront revivre.
Le second rapport est très-digne d'attention. On sait ce qu'est l'Ëcole polytechnique : un établissement où Ton enseigne les mathématiques, l'astronomie, la physique et la chimie. Considéré en soi, cet enseignement représente un tronçon où quatre sciences sont rangées dans leur véritable série telle que M. Comte l'a instituée. Pour avoir, au lieu de l'École polytechnique , une école positive.
il s'agit seulement de compléter le tronçon et d'y ajouter la biologie et la sociologie. Gela revient à donner à l'École polytechnique le complément des sciences organiques, biologie et sociologie, et à l'École de médecine la base mathématico-physique. Ainsi se trouvera réalisée une éducation encyclopédique qui devient de plus en plus un besoin dans les hautes régions de Tintelligence ; trois ans y suffiraient. Mais le principe seul en peut être posé. Une institution de ce genre est à recommander aux gouvernements ; sorte d'Ëcole polytechnique agrandie, elle servira pour de plus amples services publics, pour la haute administration, pour la haute magistrature, pour la médecine.
Le troisième rapport est mauvais ; il est de moi. Préoccupé de ridée que la Convention, déclarant expressément que son gouvernement était révolutionnaire, avait ajourné après la crise les institutions régulières, M. Comte voulut, en imitation , établir un gouvernement sciemment révolu • tionnaire pour tout ce qu'il nomme l'interrègne, c'est-àdire le temps où les esprits sont en conflit entre les doctrines théologiques, métaphysiques et positives. Ce projet repose sur quatre points : l"" le pouvoir exécutif sera formé d'un triumvirat nommé à l'élection par Paris exclusivement; â<»ce triumvirat sera choisi parmi les prolétaires; 3<> la durée de ses fonctions sera illimitée ; mais, pour obliger le triumvirat à se soumettre à une nouvelle élection, ii suffira de la signature de quelques dizaines de citoyens qui en demanderaient la déchéance ; 4» la chambre des dépotés sera élue au suffrage universel de la France, et n'aura pas d'autre fonction que de voter l'impôt et d'en contrôler l'emploi.
Il est inutile de discuter ce projet et de faire remarquer l'impossibilité de concentrer l'élection du pouvoir exécutif dans Paris, l'impossibilité plus grande encore de le ren-
fermer dans la classe des prolétaires, et rimposslbilité, la plus grande de toutes, de faire acœpter un pouvoir si instable.
Pourtant, toutes ces impossibilités, je les ai signées de mon nom. Je ne fis, il est vrai, que commenter les idées de M. Comte, comme on le voit par ce passage de Vlntroduction qu'il mit en tête du Rapport. • J'ai lu le 26 avril, à la Société positiviste le passage^ concernant Tavénement des prolétaires à la suprême autorité politique, tandis que le pouvoir local, réduit à ses attributions financières, se consoliderait chez les riches. Dans nos séances des 7 et 14 juin, j'ai directement expliqué l'ensemble du nouveau gouvernement révolutionnaire, y compris les modes d'électionadaptés à la généralité de son premier élément et à la spécialité du second, j'ai alors confié l'examen du projet total à trois de nos confrères.... » *
Si je note ainsi que ces idées appartiennent à M. Comte et que je n'ai fait que les écrire pour ainsi dire sous sa dictée, c'est pour détourner la responsabilité de les avoir conçues, mais non la responsabilité de les avoir acceptées. M. Comte m'a accusé, lorsque je me séparai de lui, de n'avoir pas été docile. Présentement, devant la nécessité de rétracter ce que j'écrivis alors, je trouve que ma docilité fut beaucoup trop grande. Mon tort, que je ne peux ni ne veux atténuer, est d'avoir reçu, sans examen, des idées qu'après examen je rejette. C'est; je le confesse sans dét()ur, un grave échec intellectuel, et je le consigne ici comme tel. La seule compensation que j'y trouve, et elle n'est pas sans valeur, c'est d'abord une leçon de modestie, puis un juste avertissement, à moi, de me défier de moi-même, et à ceux qui veulent bien me lire, de voir en moi un guide qui n'est absolument fidèle que dans sa bonne volonté. Je m'applique sans ré-
L n s'agit d'un passage du Discours sur Vsnsemble du positivisme.
60a TROISIÈMB PARTIE.
gerve ces paroles de Montaigne : « Qnand je me tronre eofivaînca, par la raifton d'antriiy, d'un^ opinion ftosset je n'apprends pas tant ce qu*il m*a dit de nouveau, et cette ignorance particulière, ce serolt peu d^acqiiedt, eomaè^ général J'apprends ma déMtlté et la trahison de mon enteiidendent. »
Maintenant; relisant ces pages que Je condamne^ il M pourtant que je dise ce qui a pu me faire illoaion. D^ géant la pensée de M. Comte, on troute une propositioD fondamentale, à savoir qiie le pouvoir qu'il nomme central (c'est le pouvoir exécutif) doit appartenir, en temps révolutionnaire, aux prolétaires comme étant la classe la moi» dominée par de» intérêts particuliers, et que lé pouroir qu'il nomme local (c'est le pouvoir parlementaire) doit appartenir aux riches comme étant la classe qui connaît k mieux les affaires et l'administration. Ge principe, qu'au* jourd'huije crois faux, me séduisit alors.
Les deux intérêts qui prédominent présentement dans la société européenne sont la liberté et le socialisme; b liberté sans laquelle l'homme moderne, n'ayant qu'une existence incomplète, se sent, comme disait le Romain, (k^* nutus captU; le socialisme en tant qu'aspiration des classes populaires vers la plénitude de la vie sociale. Il importerait peu comment ces deux intérêts seraient satisfaits, poorru qu'ils le fussent. Mais ils impliquent la liberté de disent sion; et l'expériencrfse charge de jour en jouir de prourer que la liberté de discussion n'est effective que dans les gouvernements représentatifs. M. Comte prétendait knr substituer la dictature. Mais avec la dictature on ne combinera jamais la liberté de discussion ; et cependaot M. Comte demandait constamment, et c'étaient pour luid^ principes inviolables, là liberté de réunion et la liberté de la presse. D'ailleurs, en fait, la dictature, ne dépassant jamais la crise, ne tarde pas à laisser reparaître le gouvernement
représentatif; en fait encore, ce gouvernement, malgré la tourmente de 1848 et malgré des défaillances, n'a péri nulle part et s'est étendu à des pays qui ne le connaissaient pas. C'est là un enseignement contre lequel viennent se briser les conceptions de cabinet.