‹ Auguste Comte et le positivismeChapitre 10 sur 20 · HO AUGUSTE COMTE · texte numérisé non relu

HO AUGUSTE COMTE

le gouvernement temporel. Nous ne croyons pas qu'un semblable état de choses ait jamais existé dans les sociétés communément citées comme théocratiques. Il n'y a point lieu tie croire que, dans aucune d'entre elles, le roi ou le chef du gouvernement ait jamais été, saut' par l'effet d'une usurpation accidentelle, un membre de la caste sacerdotale l. Ce ne fut pas non plus le cas d'Israël, môme au temps des Juges : Jepbté, par exemple, était un Galaadite de la tribu de Manassé, et un chef militaire, comme devaient nécessairement être les gouvernants dans un pareil temps et dans un pareil pays. On ne trouve des gou-

! . Nous reconnaissons que dans le cas de l'Egypte on peut invoquer contre nous l'autorité de Platon, qui dit, dans son Politique, qu'il fallait que le roi d'Égypfe fût un membre de la caste sacerdotale, ou que, si un membre d'une autre caste s'emparait, par usurpation, de la puissance souveraine, il fallait l'initier dans l'ordre sacerdotal. Mais Platon parlait d'un état de choses qui déjà appartenait au passé; et nous n'avons aucune assurance de l'authenticité et de l'exactitude de ses renseignements sur les institutions égyptiennes. Si le roi eût communément ou nécessairement été un membre de l'ordre sacerdotal, il est bien improbable que le soigneux Hérodote, qui consacra un livre entier de son ouvrage si compréhensif à une relation minutieuse de l'Egypte et de s 's institutions, et qui recueillit ses informations de la bouche des prêtres égyptiens, dans le pays même, eût ignoré un point si important et tendant si fort à rehausser la dignité du corps sacerdotal, qui, selon toute probabilité, aurait plutôt été capable d'affirmer faussement le fait à Platon, que de l'empêcher, s'il eût été vrai, d'arriver à la connaissance d'Hérodote. Et non-seulement Hérodote garde le silence sur toute loi ou coutume de ce genre, mais encore il juge nécessaire de mentionner que, dans un cas particulier, le roi (du nom de Séthôs) était un prêtre : ce qu'il n'aurait guère pensé à faire, si cela avait été autre chose qu'une exception. Il est assez vraisemblable qu'un roi d'Egypte voulût apprendre le caractère hiératique, et ne souffrit pas que les piètres lui dérobassent la connaissance des mystères de la loi ou de la religion confiés à leur garde : et c'est là très-probablement le seul fondement qu'ait jamais eu l'assertion de l'étranger Éléatique dans le Dialogue de Platon.

vernanls appartenant à la classe sacerdotale que dans deux cas anormaux, au sujet desquels on ne sait presque rien : les Mikaddos du Japon, et les Grands Lamas du Thibet : exemples dans aucun desquels la constitution générale de la société n'a été celle de la caste, et dans le dernier desquels la souveraineté sacerdotale est aussi nominale qu'elle l'est devenue dans le premier. L'Inde est le spécimen typique de l'institution de la caste, le seul cas où nous soyons certains qu'elle se soit jamais rencontrée, car la question de son existence partout ailleurs repose sur une induction plus ou moins probable qui prend sa source dans un passé lointain. Mais dans l'Inde, où l'importance de l'ordre sacerdotal était plus grande que dans tout autre état mentionné de société, non-seulement le roi n'était pas un prêtre, mais, conformément à la loi religieuse, ce n'en pouvait pas être un : il appartenait à une caste différente. Les Bramines étaient investis d'un caractère élevé de sainteté et d'une somme énorme de privilèges civils : il était enjoint au roi d'avoir un conseil consultatif de Bramines : mais dans la pratique il suivait leur avis ou n'en tenait aucun compte, exactement comme il lui plaisait. Ainsi que l'observe l'historien qui a le premier jeté la lumière de la raison sur la société Hindoue ', le roi, bien qu'il semblât être de beaucoup inférieur, en dignité, aux Bramines, eut toujours la pleine puissance d'un despote : ce dont la raison était qu'il avait le commandement de l'armée, ainsi que la gestion des revenus publics. L'histoire authentique ne mentionne point de cas on quelqu'un de ces rois ait appartenu à la caste sacerdotale. Même dans les circon-

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