DEUXIÈME SOUS-GROUPE
1° Subordonner toujours la théorie du mouvement à celle de l'existence, en concevant tout progrès comme le développement de l'ordre correspondant, dont les conditions quelconques régissent les mutations, qui constituent l'évolution.
2» Tout classement positif doit procéder d'après la généralité croissante ou décroissante, tant subjective qu'objective.
3° Tout intermédiaire doit être normalement subordonné aux deux extrêmes, dont il opère la liaison.
Et la tolérance ? « La tolérance systématique ne peut exister, lit-on dans le Cours, et n'a jamais réellement existé qu'au sujet des opinions regardées comme indifférentes ou comme douteuses. »
Et la liberté de conscience ? Comte répondaitdéjà, en 1822 : « 11 n'y a point de liberté de conscience en astronomie, en physique, en chimie, en physiologie, en ce sens que chacun trouverait absurde de ne pas croire de confiance aux principes établis dans ces sciences par les hommes compétents. S'il en est autrement en politique, c'est parce que, les anciens prin-
cipes étant tombés et les nouveaux n'étant pas encore formés, il n'y a point, à proprement parler, dans cet intervalle, de principes établis. »
Ne nous méprenons point. Puisque, pour le positivisme, le seul principe absolu est que tout est relatif, il ne saurait être fanatique, ni tyrannique. D'autre part, pour mieux préparer l'avenir, on le sait, il s'élargit jusqu'à comprendre toute l'humanité passée, avec ses croyances dominantes et ses institutions caractéristiques. Seul, parmi les philosophies et les religions, il nous apprend à aimer ce qui a été, à travers les siècles, l'âme de l'Humanité, tout ce que le.» hommes ont conçu pour s'élever, tout ce qu'ils ont fait pour être plus puissants, depuis les premiers vagissements du fétichisme jusqu'aux magnificences du catholicisme, depuis les premiers coups de silex échangés de horde à horde jusqu'au merveilleux épanouissement de l'industrie moderne.
Le positivisme n'interdit au cœur et à l'esprit qu'un funeste vagabondage : il ne limite point l'amour, ni n'entrave la pensée. Les règles qu'il leur indique sont pour les fortifier, non pour les comprimer. Ce qu'on croit trouver de possibilités bienfaisantes dans la« tolérance » et la « liberté de conscience», le positivisme en est riche. Il ne s'oppose qu'à l'indifférence égoïste, au dilettantisme dissolvant qui prétextent de la « colérance», et au sectarisme niais qui, sous couvert de la « liberté de conscience », professe la haine du passé, et de toute discipline.
Son dogme étant démontrable, il le démontre tou-
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jours à ceux qui sont en état d'entendre cette démonstration. Aux autres, il conseille une sage confiance et une nécessaire soumission.
Au surplus, le pouvoir spirituel n'aura jamais recours qu'aux moyens moraux. Il n'en aura point d'autres à sa disposition. Auguste Comte a prescrit que les philosophes seront maintenus dans une digne pauvreté et exclus de toutes fonctions gouvernementales. Ce sont les conditions principales du prestige et de l'efficacité du pouvoir spirituel de rester peuple.
En somme, l'intolérance systématique du positivisme consiste à ne pas admettre les erreurs et les folies dangereuses. On la peut comparer à l'intolérance pour les toxiques et les éléments morbides d'un organisme sain, d'autant plus intolérant qu'il est plus sain.
Auguste Comte a demandé qu'on sépare l'Etat de l'enseignement, des arts, de la science et de la religion. Dans la période de transition présente, il voulait qu'une entière liberté spirituelle permît une loyale concurrence des idées.
Parlant toujours à ceux qui vivent, au nom de ceux qui vécurent, pour ceux qui vivront, le sacerdoce positiviste s'efforcera de rallier et de relier. « Il n'est pas au fond, plus difficile de concilier les hommes entre eux que d'accorder chacun avec lui-même dans tous ses états successifs. »
Pour exercer plus tranquillement leur profitable cléricalisme de décadence, journalistes et politiciens dénoncent tout pouvoir spirituel comme rétrograde.
C'est le contraire, là encore, qui est vrai. « En effet,, nous dit Comte, dans un de ses opuscules de jeunesse, il n'y a de gouverné temporellement que ce qui ne peut l'être spirituellement, c'est-à-dire qu'on ne régit par la force que ce qui ne peut l'être suffisamment par l'opinion. Or, à mesure que les hommes se civilisent, ils deviennent d'une part plus sensibles aux motifs moraux, et d'une autre part plus disposés à la conciliation amiable des intérêts. C'est pourquoi Faction du pouvoir temporel décroît sans cesse, et doit être moindre dans le nouvel état social que dans tous les états antérieurs ; tandis que l'action du pouvoir spirituel augmente, et doit être plus grande dans le système de la civilisation moderne que dans aucun autre. On voit par là, combien profondément est vicieuse la disposition introduite aujourd'hui dans presque toutes les têtes par les doctrines critiques, et qui porte à concevoir le nouvel ordre social sans pouvoir spirituel, puisqu'au contraire, ce pouvoir y doit nécessairement exercer une beaucoup plus grande action politique, dans sa sphère naturelle d'activité, que ne l'exercera dans la sienne le pouvoir temporel, qui tend à devenir de moins en moins important, et à se réduire de plus en plus, du moins tant que la civilisation restera ascendante, à une hiérarchie purement civile, quoique vraisemblablement ce dernier effet ne doive jamais être, à aucune époque, absolument complet. »
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