LE POUVOIR SPIRITUEL
Pas de société sans gouvernement, temporel et spirituel. « Aucune fonction, même vitale, et surtout sociale, ne pouvant bien s'accomplir que d'après un organe propre, le moindre concours humain exige donc une force spécialement destinée à y ramener aux vues et aux sentiments d'ensemble des agents qui tendent toujours à s'en écarter. Elle doit sans cesse contenir leurs divergences et développer leurs convergences. D'une autre part, cette puissance indispensable surgit naturellement des inégalités que suscite toujours l'essor humain. » C'est pourquoi « la formation du sacerdoce positif devient la première condition d'une régénération mentale et morale non moins indispensable à l'ordre qu'au progrès ».
La plus féconde division du travail social fut certainement celle qui résulta de la séparation duthéo-
rique et du pratique par la formation naturelle d'une classe sacerdotale. « Sans l'établissement d'une telle classe, est-il dit dans le Cours^ toute notre activité, dès lors exclusivement pratique, se serait bornée à un certain perfectionnement, bientôt arrêté, de quelques procédés et instruments militaires ou industriels. »
Le cléricalisme est tellement indispensable qu'il s'en constitue toujours un, spontanément, jusque dans la pire anarchie. Sans remonter à 1798, nous en voyons aujourd'hui une grossière caricature dans la presse, la politiquerie, la franc-maçonnerie, l'intellectualisme, et même dans la truculente Confédération générale du travail.
Pour subordonner de plus en plus Tégoïsme à l'altruisme, pour développer la sociabilité, les simples préceptes moraux, quelque élevés soient-ils, ne peuvent grand'chose — sinon cultiver une phraséologie hypocrite — sans une ferme autorité spirituelle enseignant, conseillant, jugeant, réglant, c'est-à-dire organisant l'éducation et dirigeant l'opinion.
La politique est une science, la plus difficile de toutes. Or nul n'intervient dans les sciences quand il est incompétent. Le « droit d'examen » attribué à tous les électeurs, indistinctement, commetous les prétendus « droits » formulés par la métaphysique révolutionnaire, est une sottise redoutable. Pas d'ordre sans discipline. Pas de perfectionnement, c'est-à-dire de progrès, sans soumission. Il faut des assises pour bâtir. Il faut des points fixes pour s'appuyer. Les
principes qui inspirent et guident la conduite privée €t publique ne sauraient être remis en question par tous atout moment sans déterminer une sorte de démence sociale. Pour raisonner sainement, il faut des dogmes.
« Chacun tendant à se former, par ses seules forces, nous dit Auguste Comte, un système d'idées générales, sans remplir aucune des conditions indispensables pour cela, il est devenu peu à peu rigoureusement impossible, dans les masses, d'obtenir, entre deux esprits seulement, un accord réel et durable sur aucune question sociale, même très simple. Si cette anarchie pouvait se borner à ce qu'elle a de ridicule, le mal serait sans importance, et la satire suffirait pour le réduire dans les limites convenables. Mais la facilité qui en résulte de concevoir, comme à peu près également plausibles, le pour et le contre sur la plupart des points dont la fixité importe si éminemment au bon ordre, produit des effets d'une tout autre gravité. »
Il convient de reproduire ici le Tableau des quinze grandes lois de philosophie première^ ou principes universels sur lesquels repose le dogme positij :
2» Concevoir comme immuables les lois quelconques, qui régissent les êtres d'après les événements.
3® Les modifications quelconques de l'ordre universel sont bornées à l'intensité des phénomènes dont l'arrangement demeure inaltérable.
Premier sous-groupe, relatif à l'état statique de rentendetnent,
I® Subordonner les constructions subjectives aux matériaux objectifs.
2° Les images intérieures sont toujours moins vives et moins nettes que les impressions extérieures.
3* Toute image normale doit être prépondérante sur celles que l'agitation cérébrale fait simultanément surgir.
Deuxième sous-groupe, relatif à l'essor dynamique
de l'entendement.
lo Chaque entendement présente la succession de trois états : fictif, abstrait, et positif, envers les conceptions quelconques, avec une vitesse proportionnée à la généralité des phénomènes correspondants.
2° L'activité est d'abord conquérante, puis défensive, et enfin industrielle.
3° La sociabilité est d'abord domestique, puis civique, et enfin universelle, suivant la nature propre à chacun des trois instincts sympathiques.
Premier groupe, autant objectif que subjectif.
I* Former l'hypothèse la plus simple et la plus sympathique que comporte l'ensemble des renseignements à représenter.
Troisième groupe, essentiellement objectif.