M. STUART MILI. KT LA PHILOSOPHIE POSITIVE
certain nrdre de conceptions, elle ne doit pas abandon* ner le champ , pour faire place à une autre philosophie qui apporterait une autre méthode? Non, cela ne peut être et ne sera pas. La philosophie positive, que les siècles ont lentement enfantt^e, n'a pris un corps que depuis qu'elle a embrassé la totalité des connaissances humaines, en s'appropriant une h une toutes les sciences dont la civilisation moderne nous a dotés; elle ne s'est élevée au niveau du siècle présent, que parce ((u'elle a traversé tous les siècles passés. Une doctrine à laquelle tant de choses et tant d'hommes ont pris part, ne peut rester renfermée dans les limites toujours étroites d'une école; son avenir doit être grand comme estgrand son passé : elle constituera un régime universel, aussi puissant que celui dont nous avons vu tomber les derniers vestiges dans l'ébranlement de 89. Il ne nous est pas donné, à nous qui vivons dans une époque d'anarchie et de transition, de prévoir la forme que revêtira ce régime, mais nous pouvons être sûr qu'il imposera son autorité sur l'ensemble de la vie morale et intellectuelle des hommes ; il donnera satisfaction à tous les besoins et répondra à toutes les exigences, car ce n'est qu'à ces conditions qu'un régime mental peut exister, \]ne fusion entre deux conceptions du monde différentes ne s'est jamais faite ; les idées nouvelles ont toujours remplacé les idées anciennes; et un compromis n'a jamais pu exister que pendant la lutte nécessaire qui s'engage entre ce qui s'en va et ce qui vient. Cette lutte, l'ancienne philosophie l'a soutenue ; la philosophie positive la soutient maintenant à son tour; et pour ceux qui savent comprendre l'histoire, l'issue en est certaine. Une croyance nouvelle et des dogmes nouveaux relieront les intelligences et feront converger vers un même but les plus nobles aspirations de la société moderne. Ce but, c'est la science, qui a plus d'infaillibilité et de perpétuité que les
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dogmes transitoires qui ont gouverné la terre; car elle s'appuie sur la réalité, et le temps ne fait que l'accroîlre. Les siècles écoulés l'ont produite; mais elle produira les siècles à venir qu'elle éclairera de ses lumières; et dans ce tout complet et homogène il ne peut y avoir de place pour les lambeaux informes de l'ancienne philosophie. Le progrès, que le positivisme ne craint pas et qui amènera dans le monde tant de grands changements, ne sera pas un retour vers le passé; les idées que notre siècle a condamnées ne reparaîtront plus sur l'horizon intellectuel des générations futures, que comme de vagues souvenirs d'un temps qu'elles n'auront pas vu; et si un jour, après une série de siècles, une philosophie nouvelle venait s'élever sur les ruines de celle que nous prêchons maintenant, elle nous montrerait un pas de plus que l'humanité aurait fait pour s'éloigner de la théologie et de la métaphysique.