VI PREFACE
fécond, dont l'oeuvre est seule susceptible de grouper en un faisceau compact le parti de Tordre, reste encore confondu, aux yeux du public, quarante ans après sa mort, dans la foule des rêveurs subversifs dont le facile succès fit la honte du xixe siècle.
Tous deux firent profession de l'honorer, de l'aimer même; ils se dirent chargés de continuer l'œuvre. El c'est peut-être pour le mieux servir que l'un, avec une franchise brutale, le taxa ouvertement de « folie », que l'autre, plus hypocrite, jugea la fin de sa vie remplie « d'illusions ».
Folie ! Illusions ! Mais que de grandeur dans ces illusions ! Quelle folie sublime !
Folie identique à celle de ses immortels précurseurs du moyen âge, qui, eux aussi, rêvaient le genre humain mieux discipliné, dépouillé de ses imperfections sans nombre.
Renouant la chaîne des temps qui paraissait rompue, leur successeur, embrasé du même amour, restaure les splendeurs de l'âge le plus heureux de l'humanité, Il leur infuse une vie nouvelle, avec une doctrine appropriée à sa destination, dans une situation plus favorable et dans un milieu mieux préparé.
Ouvrant des sépulcres séculaires, il ressuscite la chevalerie, le culte de la femme, la vénération, la tendresse, la piété, le dévouement, la primauté du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, — condition primordiale de toute dignité, de toute liberté, de toute indépendance. — Dominant l'esprit de détail, principal lléau du siècle actuel, par le génie d'ensemble ; subordonnant l'esprit au cœur; érigeant le sexe affectif en providence morale de notre espèce; réglant, comme le moyen âge, la vie humaine d'après le sentiment, il brise à jamais le prestige fallacieux, l'orgueilleuse et stérile domination d'une vaine science, anarchique et perturbatrice, qui, n'ayant su rien fonder, assiste, impuissante et indifférente, aux tourmentes qu'elle a déchaînées, trônant sur les ruines dont son règne a couvert le monde.