PREFACE VU
Réunir les partisans de Tordre contre ceux du désordre;
Les disciplinés contre les révoltés ;
Les silencieux contre les discoureurs ;
Les humbles contre les superbes ;
Les réservés contre les agités ;
Ceux qui résistent contre ceux qui poussent à la désorganisation ;
Ceux qui dirigent et ceux qui mettent leur dignité à être dirigés contre les brouillons incurables, également incapables de conduire et d'être conduits ;
Tous ceux qui, acceptant le joug salutaire du passé, se soumettent volontairement à une règle, personnelle, domestique et civique, contre tous ceux qui, abandonnés à leur sens propre, suivent les impulsions de leurs passions aveugles, épuisent leurs forces dans la poursuite de vains remaniements temporels;
Ceux qui gémissent du dérèglement universel contre ceux qui dirigent les cornes insolentes (Tune fausse liberté envers tout ce qui est saint et respectable ;
Réunir, en un mot, tous ceux qui ont une religion contre tous ceux qui n'en ont pas, afin de former une force collective irrésistible, capable de réagir profondément sur les destinées de l'Occident.
Telles furent les préoccupations d'un Maître vénéré dans les dernières années de sa vie, préoccupations arrivées à maturité en 1857, où la mort vint briser prématurément de si grands projets, éclipsant pour longtemps de nouveaux horizons d'espérance1.
Préparer le terrain pour cette noble Ligue religieuse, seule capable de sauver l'Occident de l'immense désordre dont il est menacé ; faire voir à tous que le positivisme y a sa place marquée ; initier le public à quelques-unes des graves et fortes leçons, torrent d'idées, neuves, profondes, consolantes, jaillissant, comme d'une source féconde, de l'œuvre finale d'Auguste Comte, tel est le but de cette compilation.
{ Voir dans sa correspondance, qui va être publiée incessamment, les lettres de 18o7.
VMI PREFACE
Ce n'est point un exposé de sa doctrine : un seul chapitre complet, à titre de spécimen, de la façon dont Auguste Comte traite des questions morales et sociales; soixante-quinze morceaux détachés, pris presque au hasard, sur la religion, la morale, la politique, l'histoire, etc., dont aucun n'est banal, qui ne ressemblent en rien à l'étrange jargon des prétendus « sociologues » du jour, ni à celui de ses soi-disant disciples.
C'est une lecture sérieuse, qui demande à être faite avec attention. Mais comme on est récompensé d'un léger effort par des fruits abondants et délicieux !
Auguste Comte a construit un boulevard inexpugnable et forgé des armes invincibles contre les sophistes anciens et modernes, pour la défense des institutions fondamentales de toute société, résultant directement de notre immuable nature : religion, gouvernement, famille, propriété.
Remontant à la source, alors inaperçue, de toute anarchie intellectuelle et morale, il dénonçait, il y a plus de soixante ans, la science pure, la science officielle, la science académique, comme le siège du principal désordre, le foyer de corruption, d'où émanait le funeste dérèglement des intelligences contemporaines.
L'esprit de révolte sous toutes ses formes ne sera dompté, l'irruption anarchique du délire occidental enrayée, un ténébreux matérialisme à jamais éteint, les dangers universels de l'irréligion ne seront conjurés que par l'œuvre de salut du noble génie, persécuté, privé de ses moyens d'existence par le monde savant dont il dépendait, mort il y a quarante ans dans une navrante pauvreté, mort obscur, délaissé, méconnu.
Fait le 1er centenaire d'Auguste Comte.
l'un des exécuteurs testamentaires d'Aujmste Comtj