DERNIÈRES ANNEES ET DERNIERS LIVRES
Nous arrivons aux dernières années. En 18961e Cours Synthétique s'achève parla publication des Tnslitiilions Professionnelles et Industrielles. Nous n'avons pas pu énumérer les nombreuses digressions, les articles de revues et les polémiques, que Spencer avait menés de front avec l'accompli-sement de son programme synthélique. Nous signalerons iiarliculièrement la lutte contre Weismann en 189i, dans laquelle Spencer défend, contre le néo-darwinisme de l'auteur allemand, l'hérédité des caractères acquis et l'insuffisance de la sélection naturelle p^ur expliquer l'évolution organique. Dans un autre ordre d'idées, Spencer s'est fait, par un article de 1896, l'adversaire de notre système métrique, et le défenseur attitré du calcul duo-décimal: auquel il serait facile, par l'invention de deux chifïres nouveaux, de donner les mêmes qualités qu'au système décimal (douze unités d'un ordre valant une unité supérieure), et qui présente une supériorité naturelle par ce fait que le nombre douze est divisible en un plus grand nombre de facteurs simples que le nombre dix. En 1897, Spencer publiait, sous le titre de Fragments Variés, un recueil d'une vingtaine d'articles ; sur le système métrique, sur les droits d'auteur et de librairie, sur la question sociale et agraire, sur l'évolution morale et politique, qui ont été réimprimés récemment avec des additions, notamment un article sur la guerre Sud-africaine dont Spencer a été, jusque dans la victoire anglaise, l'adversaire irréconciliable. Les articles contenus dans les Fragments Variés sont
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d'ailleurs tous diiïércnts de ceux que M. de Varigny avait traduits en 1894, soûs ce titre : Prohlèmes de Morale et de Sociologie ; et parmi lesquels il faut citer surtout les morceaux consacre's à Kant, à la liberté et à la servitude, à la polémique contre Weismann.
En 1896 Spencer quittait Londres et se relirait à Brighton, sur les côles de la Manche, dont il avait fait souvent, à l'époque de ses excursions et de ses voyages, son séjour préféré. Il était épuisé par le travail et la maladie. La grande popularité avait fait place à l'indifférence ou à la critique. Le célèbre socialiste Henry George l'accusait — pour avoir démenti ses doctrines agraires de la Statique Sociale — de vénalité et de mauvaise foi. Les polémiques le lassaient. L'affection de ses ami?, transmise de génération en génération, le ratlactiait à la vie. Les filles de son ami Potter, M'"^ Sydney-Webb, M'"^ Cripps, lui conservaient un dévouement fidèle ; et Spencer raconte qu'en 1887 déjà, dans ce même Brighton, les filles de ses amies, qu'on lui avait confiées, éclairaient ses jours de douleur d'un rayon de jeunesse et d'espérance.
En 1902 Spencer publiait un recueil de quarante études, assez courtes, intitulées : Faits et Commentaires, et inscrivait dans la Préface ces mots non trompeurs : « ceci est mon dernier ouvrage ». Cet ouvrage est triste. Spencer, qui avait annoncé que le règne de l'industrie serait le règne de la paix, voit avec douleur le militarisme et l'impérialisme reconquérir l'opinion publique, le libéralisme décroître, la barbarie renaître. II descend à la tombe dans le deuil de ses revendications les plus nobles et de ses plus clières espérances. Le 8 décembre 1903 il mourait à Brigblon ; il était incinéré le 14. Avec lui était disparu « le dernier grand penseur du règne de Victoria ».
OEUVRES DE IIEIIBERT SPENGEH
Williams et Norgate, Londres