VII. — U Origine des espèces
U Origine des espèces au mot/en de la sélection naturelle ou la suroivance des races les plus favorisées dans la lutte pour la cie^ a pour but d'établir un fait historique : la transformation des espèces les unes dans les autres et d'expliquer par quel moyen — qui est la sélection naturelle — cette transformation se produit. La science, dit Aristote, est fille de l'étonnement. Je m'étonne d'abord que le rapport de la circonférence au diamètre soit ce qu'il est ; après avoir démontré le théorème qui établit cette mesure, je m'étonnerais qu'elle fût autrement. De même, ici, c'est une grande surprise d'abord que les espèces ne soient pas immuables ; mais si je démontre qu'elles varient parce que la sélection existe et que, la sélection existant, elles doivent varier, mon étonnement serait de les voir immuables. Le point essentiel est donc de prouver que la sélection existe et quelle elle existe ; et la transformation des espèces sera prouvée par là même. Et en effet la thèse proprement darwinienne, distincte de celle de Lamarck, est l'hypothèse mécaniste de la sélection du plus apte par la lutte pour la vie ; c'est cette hypothèse spéciale que Darwin a pour but d'établir.
Or les espèces varient et la preuve en est que nous les faisons varier. Le procédé resté le plus célèbre que Darwin emploie consiste à prendre pour point d'appui les jardiniers et les éleveurs. Les jardiniers, en croisant les graines des fleurs, obtiennent des variétés à l'infini ; les éleveurs, en choisissant avec soin dans les portées des animaux les jeunes qui présentent au plus haut degré certaines perfections — la vitesse, ou
la force, ou la beauté — et en appariant entre eux les êtres ainsi choisis, obtiennent des variétés chez lesquels ces perfections s'accumulent et parviennent au plus haut degré.
Ce que certains éleveurs font aujourd'hui d'une certaine façon consciente — choisir les étalons les plus rapides pour obtenir dans quelques années un cheval de course défini, — tous les hommes l'ont fait inconsciemment, dès le premier jour où le sauvage, ayant domestiqué le chien ou le taureau, a particulièrement apprécié, choisi et gardé dans sa demeure ceux de ces animaux qui lui rendaient le plus de services. Et enfin, ce que l'homme inconsciemment produit, la nature le produit de même avec une puissance décuplée par l'immense étendue de temps et d'espace dont elle dispose. Les animaux soumis à des conditions différentes d'existence, à l'équateur ou aux pôles, dans la forêt ou dans le désert, sur le rivage ou sur la montagne, subissent directement ou indirectement l'action des milieux. La quantité et la qualité de la nourriture produisent des changements distincts ; quelques différences dans les composés chimiques dont l'organisme est fait engendrent des déviations considérables ; ces changements entraînent par corrélation des modifications parallèles plus nombreuses. Outre l'action des milieux, les circonstances diverses déterminent chez les animaux un usage plus fréquent de certains organes, moins fréquent des autres ; l'habitude, l'usage et le non usage des parties développent celles-ci, atrophient celles-là ; enfin et surtout les animaux tendant à se reproduire en nombre de plus en plus grand, dans un habitacle dont les produits et les ressources sont limités, tous ne peuvent pas trouver leur nourriture. Les plus favorisés par des avantages naturels — des ongles plus acérés, des muscles plus forts, une course plus agile — vivent où les autres meurent. Les faibles sont directement la proie des forts, ou indirectement les plus forts subsistent et les plus faibles disparaissent. La lutte pour la nourriture devient
la lutte pour la vie et c'est la doctrine de Malthustransportée de nos villes ouvrières à la cité du monde. Dans les nations où les hommes naissent trop nombreux, eu égard aux ressources de la nature, il faut que l'excès de la population disparaisse, et il disparaît, en l'absence des guerres proprement dites, par l'élimination des plus pauvres qui sont plus exposés aux privations et chez qui la misère matérielle engendre la misère physiologique, en sorte qu'ils résistent moins. Ainsi l'exemple des éleveurs de chevaux ou de pigeons, la lutte des fauves dans îa jungle, le paupérisme humain, tels sont les points qui conduisent Darwin de la variation des races à celle des espèces.
Car le problème est là : nos éleveurs font des races nouvelles, font-ils des espèces 1 On sait que l'espèce est pour Linnée l'ensemble des animaux sortis d'un même couple primitif, en sorte que le nombre des espèces est et sera toujours irréductible parce qu'il dépend d'un geste du créateur qui a été fait une fois pour toutes. Pour les modernes, l'espèce est l'ensemble des animaux qui peuvent s'apparier entre eux et donner naissance à des animaux également féconds à leur tour. La faculté de procréation durable, c'est-à-dire le pouvoir de procréer des êtres procréateurs, est le critérium auquel la notion d'espèce est attachée. La chienne de chasse et le chien de berger donnent naissance à des chiens qui peuvent s'accoupler à leur tour ; le chien est une espèce dont voilà deux races. Mais le chat et le chien ne s'apparient pas ; ce sont deux espèces. Le cheval et l'ànesse s'apparient, mais leur rejeton, le nmlet, est stérile. Ce sont deux espèces dont l'accouplement est un fait de hasard, sans perpétuité, insuffisant donc pour marier les deux lignes en une seule espèce. Telle est la doctrine ; mais sur cette doctrine les amendements se multiplient, les dissertations des naturalistes deviennent bientôt, pour l'interprétation des faits très multiples qui se croisent en tout sens, aussi pleiues d'exceptions et de détours que les dissertations les plus subtiles
des idéologues. On nage dans certains chapitres de biologie en pleines entités verbales ; et par conséquent Darwin a beau jeu pour induire du connu à l'inconnu Les éleveurs les plus sagaces, dit-il, plus frappés que les naturalistes des différences qui séparent telle race de telle autre, croient volontiers que ces races, entière ment distinctes à leurs yeux de praticiens, sont réellement et en soi des espèces irréductibles ; et les naturalistes savent qu'il n'en est rien. Pourquoi ne croirions nous pas que la même illusion abuse les naturalistes quand ils prennent les espèces actuellement existantes dans la nature pour radicalement différentes ? La nature a pour elle le temps infini. Ce qui nous paraît aujourd'hui tranché et distinct peut être le résultat d'une différenciation progressive dont les anneaux nous échappent. Darwin pourrait prendre ici pour épigraphe cette pensée de Buffon : « Dieu seul voit tous les temps ; l'homme ne connaît que la durée dans laquelle il passe, et il juge faussement parce qui est de ce qui fut et sera. »
C'est ce jugement qu'il faut réformer en remplaçant une vue trop courte par des inférences plus complètes et c'est ici que le darwinisme a pour point d'appui la géologie et suppose, pour être admis et compris, l'état d'esprit apporté par Lyell. Les époques de la nature, avait dit Buffon, nous sont encore présentes par leurs fossiles comme l'histoire de l'humanité nous est présente par les monuments et les médailles des peuples disparus. Deux choses sont donc nécessaires : recueillir les vestiges qui restent et se rappeler en outre que ces vestiges sont très peu nombreux par rapport au nombre infini de ceux qui ont disparu.
La tâche de Darwin est donc d'abord de montrer que la géologie raconte d'une manière très incomplète l'histoire de la terre, et il insiste sur ce point que dans la série des cataclysmes qui ont bouleversé les entrailles du sol il ne faut pas s'attendre à retrouver aujourd'hui la série régulière des couches et des fossiles qui per-
tirait de reconstituer d'un bout à l'autre la série des
• ces disparues ; et, dans sa correspondance, Darwin
iV'licite d'avoir reçu l'approbation de Lyell suivant
iiel il aurait plutôt atténué qu'exagéré l'état de niuti-
;,iion des archives géologiques. Il faut tirer parti de ce
iii reste accessible à nos recherches, et ce reste se
se en deux grandes séries : psychique et physique.
- faits psychiques sont les instincts des animaux,
!' is que nous les voyons aujourd'hui et que nous pouvons
Irs induire dans le passé. Les faits physiques sont la
structure des organes, tels que ces organes apparaissent
Suit dans les animaux fossiles, soit dans les animaux
;ictuels, et dans tous ces ordres de faits le problème
ijiic nous ne devons pas perdre de vue est le même :
induction du passé par ce qui subsiste dans le présent.
L'étude la plus positive est celle des structures et des
squelettes, et nous avons ici deux ordres de faits qui
racontent le passé : paléontologique et anatomique. La
[•aléontologie exhume à nos regards les squelettes des
animaux disparus. C'est un fait non contestable que
l'ichtyosaure a vécu, quelle que soit l'étrangeté de ses
formes et de ses dimensions, puisque nous tenons ses
os et contemplons son squelette. Or les divers squelettes
patiemment découverts et reconstitués forment une
S('rie dont les lacunes sans doute sont inégales et nom-
i'ieuses, mais qui offrent, par tels ou tels de leurs
MMMnbres présents, de singulières ressemblances, gra-
iiiellement définies, avec les espèces actuelles. Un
exemple souvent cité est celui ducheval. Le chevalactuel
est solipède, c'est-à-dire que la partie du pied qui repose
.■ar terre, est faite d'un seul doigt ; deux stylets latéraux
! l's réduits y sont soudés. L'hipparion est une sorte de
> lieval de l'époque miocène, à trois doigts ; le doigt du
)iiilieu porte à terre comme chez le cheval actuel ; les
ii')igts latéraux, très grêles, pendent inutiles à droite
' t. à gauche et ne touchent pas le sol. Enfin le paléo-
rium, d'une date plus ancienne, dite eocène — car
iiature des couches géologiques sert naturellement à
dater l'époque des fossiles — le paléothérium est un cheval à trois doigts qui posent tous sur le sol et contribuent à la marche. D'une manière générale il existe actuellementdes animaux à cinq doigts, les éléphants, les les ours ; à quatre doigts, l'hippopotame ; à trois doigts, le rhinocéros ; à deux doigts les ruminants ; à un seul doigt, le cheval. En remontant dans le passé, certains animaux fossiles, comme ces sortes de chevaux cités tout à l'heure, présentent des structures intermédiaires aux structures actuelles. L'ichtyosaure avait six doigts. Il est aisé de concevoir par quel raisonnement, de proche en proche, l'esprit peut suppléer aux intermédiairessupposésdisparus et remplacer — dans un mélange toujours provisoire d'imagination et de prudence — la ligne interrompue et saccadée des formes actuelles par une ligne uniforcne et continue ; la pensée restaure la nature.
L'anatomie vient ensuite, et le même exemple peut nous servir. Les stylets actuels du cheval sont des tronçons de membres qui ne signifient rien si on les isole du passé, qui s'expliquent comme réduction d'organes disparus si on les compare aux doigts latéraux des hipparions et des paléothériums. D'une manière générale l'anatomie découvre dans les êtres actuels toute une série de membres plus ou moins atrophiés qui ne s'expliquent pas si l'on ne fait appel à l'idée d'organes autrefois utiles et peu à peu atrophiés faute d'usage. Les mamelles des hommes, qui ne sécrètent pas du lait comme celles des femmes, en sont l'exemple le plus commun ; sans doute on peut les expliquer par une simple raison d'harmonie et de similitude extérieure. D'autres exemples sont plus frappants par leur singularité même. Les muscles qui permettent aux animaux de plisser leur front, de mouvoir leur pavillon auditif, sont plus ou moins atrophiés chez l'homme qui peut froncer les sourcils comme Zeus, mais non pas, au sens propre, dresser les oreilles comme le cheval. Notre oreille, dit Perrier, conserve dans un tubercule en saillie
le souvenir des oreilles pointues qui existent chez le chat et chez certains singes, et dans la mythologie chez les faunes ; et notre œil présente, dans un coin interne, un rudiment de la membrane nicti tante, troisième paupière, qui subsiste chez tous les oiseaux et qui permet aux aigles de fixer le soleil. Quelquefois enfin cette survivance est chez l'homme non seulement inutile mais monstrueuse. Gœthe a signalé le premier dans la machine humaine les rudiments d'un os intermaxillaire qui existe chez les singes et qui, quand il reparaît chez les hommes, produit la difformité du bec de lièvre. Ainsi l'étude des anomalies actuebes est une révélation des organismes normaux d'autrefois .
Une dernière forme de preuve, dans cet ordre d'idées, et la plus probante sans doute, se tire de l'embryologie. Darwin l'a indiquée sommairement et c'est la gloire de son disciple Haeckel — si connu à la fois par sa haute valeur scientifique et par l'intransigeance outrée de ses polémiques — de l'avoir mise dans tout son relief. L'embryon dans le sein de sa mère passe par une série d'états qui reproduisent, avec les modifications dues principalement à l'accélération embryogénique, les traits essentiels des types ancestraux. La genèse de l'individu reproduit celle de la race et peint dans l'être actuel les êtres passés. Enfin la forme actuellement définie des êtres vivants, et par conséquent la forme de ces êtres, peut s'expliquer par une diffiîrenciation progressive, que l'usage détermine et l'hérédité consacre. On peut imaginer, par exemple, des glandes qui sécrètent du lait disséminées sur toute la surface du corps, ou de certaines parties du corps dans les deux sexes ; et ces glandes, condensées peu à peu en organes définis dans des mamelles de moins en moins nombreuses, constitueront à la longue le caractère spécifique du sexe féminin, pour s'atrophier dans l'autre. D'une manière générale, le passage de l'homogène à l'hétérogène, du diffus au distinct, est partout dans les formules de Spencer et dans la pensée de Darwin ; on voit d'ail-
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leurs aisément combien il est difficile en fait d'expliquer ainsi, par un mécanisme causal, toute espèce d'organisation finaliste, et l'exemple de l'œil, si merveilleusement adapté aux fonctions de la vue, est un de ceux que Darwin aura le plus de peine — comme il le déclare très sincèrement — à ramener aux théories transformistes. Mais la structure des êtres vivants n'est dans toute la force du terme qu'un squelette inerte ; il faut voir l'animal en action. L'évolution ne s'explique pas seulement par le fonctionnement purement physiologique des organes, mais encore et surtout partout l'ensemble des manières qui constituent l'instinct de chaque espèce. Le problème de l'instinct est particulièrement difficile du point de vue transformiste parce que là surtout il semble qu'on ait affaire à des créations séparées qui ne peuvent pas s'expliquer par des liaisons causales et continues. Pour prendre l'exemple le plus souvent cité aujourd'hui, lorsqu'une sorte de guêpe, qui est l'ichneumon, paralyse d'un coup de stylet une cht nille pour déposer son œuf dans ses chairs vives dont la larve se nourrira peu à peu, l'ichneumon qui ne connaîtra jamais cette larve, comment sait-il avec tant de perfection réaliser les actes qui sont nécessaires pour assurer sa survie ? Aucune analogie n'est saisissable de prime abord entre nos moyens humains d'apprendre et la science infuse de cet insecte ; d'où résulte l'hypothèse, classique depuis Descartes, que les animaux ressemblent plus ou moins à des machines, qui font stupidement des actes merveilleux parce que chacun est particulièrement disposé à telle sorte de déclanchement défini une fois pour toutes. Darwin veut montrer au contraire que l'instinct des animaux est en voie de transformation perpétuelle comme leur structure, que l'instinct n'est pas d'un autre ordre que l'intelligence, et que les variations de l'instinct, plus ou moins fixées par l'hérédité, sont comparables dans leurs causes et dans leurs effets aux variations des facultés intellectuelles des hommes.
Les instincts sont muablos. La domesticité en est une première preuve puisqu'elle consiste par définition à fléchir les instincts naturels de l'animal pour les accommoder au service de l'homme. Un autre exemple, qui est en quelque manière réciproque du précédent, est tiré de ce fait que les animaux sauvages qui n'ont jamais vu l'homme ne s'etï'raient pas de sa rencontre : les oiseaux des îles Galapagos se laissaient approcher et frapper de près par les compagnons de Darwin, mais peu d'années suffirent à leur enseigner le danger humain et la peur des hommes. Les instincts se modifient par le détail, et les oiseaux savent varier la forme et les matériaux de leurs nids avec les circonstances diverses au point d'avoir adapté les modifications de leurs instincts aux inventions des hommes. Reste à suppléer par l'hypothèse aux lacunes qui dissimulent à nos regards actuels la continuité des instincts. L'un des instincts les plus célèbres et en apparence irréductible aux autres est l'art de l'abeille qui accommode si parfaitement sa cellule aux lois de la géométrie.
Mais d'une part l'abeille proprement dite est un cas particulier de l'immense tribu des mouches à miel, fabricatrices de cellules ; dans ce peuple ailé on trouve toutes les étapes de l'instinct : les bourdons qui fabriquent des cellules isolées, les mélipones qui construisent des rayons isolés, les abeilles enfin dont la perfection s'explique par la série des étapes précédentes ; et d'autre part cette perfection môme résulte, sans conscience calculatrice, des conditions dans lesquelles le rapprochement des cellules sphériques donne naissance, par leurs plans d'intersection, à la forme hexagonale des alvéoles.
D'une manière générale tous les instincts qui nous surprennent à cause de leur perfection singulière résultent d'approximations successives. Les voyages des oiseaux migrateurs ont eu lieu de proche en proche avant de s'effectuer sur l'immense échelle parcourue aujourd'hui. L'instinct du coucou se retrouve chez
l'étourneau américain, l'art de la chenille qui s'enve- ' loppe d'un cocon pour abriter la chrysalide se ramène, par une série d'intermédiaires, à l'habileté des autres chenilles qui cachées dans les feuilles les lient par des fils de soie à la branche pour en empêcher la chute l'hirondelle de Chine, qui fait son nid comestible avec une sécrétion salivaire fournie par son organisme, rappelle d'autres oiseaux dont le nid est fait de matériaux étrangers amalgamés seulement par la salive. Il n'y a rien d'isolé et rien de discontinu dans la nature et Darwin pense que les lacunes actuellement visibles entre les instincts sont relatives à nous et à notre ignorance et qu'elles n'existeraient pas aux regards d'un esprit suffisamment informé (1).
Ainsi V Origine des Espèces pourrait se résumer dans ces deux formules : d'une part, qu'il y a continuité dans les espèces animales, dans leur structure et dans leurs instincts, et d'autre part que ces modifications continues, qui résultent en partie de l'action des milieux, des habitudes et de l'hérédité, ont pour cause principale, ou tout au moins pour régulateur essentiel, le principe de l'utihté. Tout changement plus utile à la vie d'un être a plus de chance de durer, et c'est dans cette survivance du plus apte que la sélection consiste. Ne vous demandez pas si la girafe a voulu allonger son cou, mais dites simplement que, si quelque être est apparu un jour d'une taille plus haute que la moyenne dans un pays où le feuillage des arbres est sensiblement élevé au-dessus du sol, cette inégaUté était pour cet être favorisé une cause de survie, en sorte qu'elle a du se perpétuer, s'ac-
(1) Un correspondant et adversaire de Darwin, très estimé de Darwin lui-même, le professeur Fabre d'Avignon, a tiré au contraire de l'observation directe des mu'urs des insectes, dans ses Souvenirs Entoinologiques (Delagrave, 1879, sqq.) une conclusion analogue à celle de Descartes ; les animaux sont des machines merveilleuses, ignorantes des merveilles qu'elles réalisent ; l'instinct ne résulte paa d'à' commodations procrressives, mais d'un plan niturel, d'un décret de Dieu.
cumuler chez ses descendants et s'intégrer de plus en plus dans la forn:ie actuelle des girafes. Et si la queue du même animal a l'aspect d'un chasse-mouche artificiel, c'est, dit Darwin, parce que les moustiques incapables de tuer les grands animaux peuvent tellement les affaiblir de leurs piqûres répétées que la possession d'un moyen de défense plus parfait était, pour la conquête des pâturages, un véritable élément de sélection naturelle. Ainsi Darvin renchérit en subtilité sur Lamarck ; la sélection est la machine de théâtre qui explique toutes les survies et par conséquent toutes les vies.
Toutes les choses se passent comme si l'adaptation au miheu et la concurrence pour la vie expliquaient toutes les variétés actuellement existantes des races animales : le problème subsiste, après Darwin, de savoir si ces principes sont, en effet, des causes efficientes et purement mécaniques, dans le cours des choses naturelles, ou des causes idéales, et purement formelles, dans la pensée de Dieu créateur : des facteurs constituants ou des idées directrices.