‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 145 sur 181 · Philos, pos., in · texte numérisé non relu

Philos, pos., in

3 J. St. Mill, Ueber Religion, Berlin, 1875, p. 92.

cune de ces religions dans telle ou telle de leurs manifestations particulières ».

Littré attache ensuite beaucoup d'importance à ce fait qu'Aug. Comte a abandonné la méthode objective pour la méthode subjective. Ici encore, l'objection a plus d'apparence que de réalité. Comte, en effet, explique expressément et à plusieurs reprises que sa méthode subjective doit être employée d'après les principes et sous le contrôle perpétuel de la méthode objective. Au fond, par l'introduction de la méthode subjective, il veut simplement assurer la prépondérance du point de vue sociologique et moral dans la vie comme dans les sciences ; et c'est là, en effet, le résultat principal qu'il se propose dans la philosophie positive*.

Littré et St. Mill objectent encore que notre philosophe a péché gravement contre la méthode positive, établie par lui, en abandonnant le terrain des réalités pour se livrer à des rêveries et à des utopies sans consistance. — Rien de plus juste. — Mais Aug. Comte avait depuis longtemps abandonné le terrain des réalités, en établissant le dogme fondamental de tout positivisme et de tout agnosticisme. Comment vérifier par l'observation directe ou par l'expérience cette

1. Synthèse subjective, pp. 40, 58 et suiv. Voir aussi plus haut, n*> 99.

in. HOMOGÉNÉITÉ DES DEUX PÉRIODES PHILOSOPmQUES 279

affirmation capitale, que le surnaturel et l'absolu de la théologie sont de pures chimères? Quelles observations directes viennent confirmer la fameuse loi sociologique des trois états, base essentielle de toute la philosophie d'Aug. Comte ? Littré, St. Mill et les positivistes, et les agnostiques, n'ont-ils pas à se frapper la poitrine, eux aussi, en s'avouant coupables ? Comte, Mill, Littré et les autres étaient-ils là quand l'homme, -sortant graduellement de l'état animal, s'éveilla de sa léthargie intellectuelle pour entrer dans la période du fétichisme ? Quels irréfutables documents historiques nous apportent-ils à l'appui de leur loi sociologique? — Nous pourrions multiplier ces questions à l'infini. Bornons-nous à ces observations sur les efforts tentés par Littré et par St. Mill pour mettre Aug. Comte en contradiction avec lui-même.

Lewes a reconnu plus tard l'injustice de ces objections des deux philosophes. « Certains écarts de méthode », écrit-il, « certaines conséquences de la Politique positive m'ont fait, durant une année entière, regarder cet ouvrage comme une contradiction malheureuse à tous égards de la Philosophie positive. Mon opinion s'est modifiée depuis que, sur la remarque d'une personne bien chère (M" Eliot?), j'ai appris à voir dans cette œuvre une utopie qui contient plutôt des hypothèses qu'une doctrine, des indi-

cations destinées à diriger des investigations ultérieures plutôt que des dogmes proposés à la foi des disciples ». Lewes rappelle alors la République de Platon. Il fait observer que les germes des extravagances reprochées à Aug. Comte se trouvent déjà dans ses écrits précédents et que Littré n'aurait pas dû l'ignorera

Notons aussi qu'en réponse à St. Mill, le D'' Bridges a publié un volume traduit en français sous le titre : De Vunité de la vie et de la doctrine d'Aug. Comte^.

i. Lewes, Geschichte der Philosophie, ii, 728 et suiv. 2. Paris, rue Monsieur le Prince, 10.

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