‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 175 sur 181 · Revue Occdentale, septembre 4888, p · texte numérisé non relu

Revue Occdentale, septembre 4888, p

3. Comte lui-même dit dans son Testament (p. 31) que le secret en question est identique à la communication faite un jour par lui, sous t le sceau delà confession», à de Lamennais et à Gerbet. (Voir plus haut n*» 19}.

de temps il Fêtait resté, et où Ton examinait en détail les points les plus délicats de sa vie et de sa doctrine. C'est à partir de ce moment que, même dans les cercles des libres-penseurs, l'opinion s'est accréditée que, durant la seconde période de sa vie (après 1845), Aug. Comte avait été atteint d'aliénation mentale.

CONCLUSION

Le nom d'Auguste Comte, comme J. StuartMill le fait observer (voir plus haut n^ 73) est, « plus que tout autre, étroitement lié à la méthode positive », qui est bien le caractère dislinctif de la science incrédule de nos jours. Il a donné l'impulsion décisive au courant positiviste-agnostique qui pénètre aujourd'hui si prétentieusement dans le domaine des sciences et de la vie publique, mais surtout dans l'enseignement. C'est de lui que viennent la plupart des mots à effet, des formules stéréotypées que les coryphées de la civilisation moderne ont si volontiers à la bouche. « Le temple des dogmes», — proclamait-on à l'occasion des fêtes que le paganisme nouveau célébrait récemment dans la capitale du monde «hrélien— « le temple des dogmes s'est effondré sur nos têtes ; il faut donc construire un autre temple, édifié sur la foi indestructible que procure la science. Seule, la science surnage au milieu du naufrage d'une société tourmentée par le doute. Une religion nouvelle doit remplacer

CONCLUSION

la religion chrétienne; elle aura pour dogmes fondamentaux les découvertes de la science, les relations internationales fondées sur la justice, les expositions universelles de l'industrie et du travail. La religion nouvelle n'a point de pro~ phètes; elle a des penseurs»*.

Auguste Comte a lancé de la manière la plus radicale la maxime fondamentale de la science" incrédule de nos jours, à savoir que l'observation exacte est la seule méthode recevable ; que, par conséquent, tout ce qu'elle ne vient pas confirmer doit être rejeté définitivement du domaine de la vérité, comme choses inutiles et sans valeur. C'est lui qui, le premier, a tenté d'appliquer cet axiome, dans toutes ses conséquences, aux diverses sciences et à la vie tout entière. Il s'est eff'orcé d'offrir en lui-même un «modèle de l'existence normale de l'homme», pour tous les âges à ve* nir. Il voyait là une mission sacrée qui lui était échue en partage ; et, chez lui, cette pensée domine sans cesse sentiments et habitudes, pensées et actions. Il mit à cette œuvre un sérieux, un dévouement et une sincérité qu'on n'est pas habitué à retrouver dans le camp des libres-penseurs. Il a bravé toutes les difficultés, il est resté

1. Ainsi parlaient, aux fêtes données à Rome (9 juin 1889) en l'honneur de Giordano Bruno, les panégyristesofficiels Trezza et Bovio. — Voir JRivisia délia Massoneria italiana, 1889, p. 133.

CONCLUSION

fidèle à sa devise : Vivre au grand jour, sans se laisser jamais détourner par les critiques. Toutes ces circonstances font d'Aug. Comte un type remarquable de la civilisation moderne.

Mais quelle impression le lecteur impartial at-il retirée de Tétude de la vie et de la doctrine du philosophe ? Comte lui-même se réclamait toujours du « sens commun » ; c'était son critérium. C'est au « sens commun » que nous en appelons nous-même, en terminant ce travail. L'opinion que le philosophe avait de sa personne et de sa conduite, et que ses disciples ont encore exagérée, peut-elle soutenir le jugement du « sens commun »? Comte peut-il réellement être regardé comme le grand philosophe, comme le merveilleux réformateur qui « unissait en lui Moïse, saint Paul et Aristote »? Est-il vraiment le « modèle accompli de l'existence normale de rhomme » pour tous les âges à venir, « le type idéal de l'histoire de l'humanité tout entière » ?

Nous l'avons vu : de fervents disciples du maître — Littré, par exemple, et J. St. Mill — en ont jugé plus tard autrement. Cette réforme que le philosophe voulait appuyer sur « la foi démontrée de la science », « ce modèle achevé de l'existence humaine dans toutes les phases de la vie », qu'il prétendait offrir en sa personne,, ont provoqué chez eux un sentiment bien différent de l'admiration. J. St. Mill déplore la

CONCLUSION

« chute lamentable » de son ami. Littré va plus iom : il parle de folio, pour expliquer la dernière période de la vie de son maître.

Le lecteur impartial sera sans doute de notre avis : la seconde période philosophique d'Aug. Comte — comme, du reste, le tribunal la prononcé — ne justifie pas Taccusation de folie portée contre le philosophe ; mais, d'un autre côté, dans la manière dont Aug. Comte s'est efforcé de réduire ses théories en pratique, il y a <îhez lui tant de singularités que le « sens commun » est complètement dérouté.

Est-ce là un pur accident? est-ce peut-être 1 effet d'une influence étrangère perturbatrice ? Nous ne le croyons pas. De même que la vérité reçoit le témoignage d'une vie en conformité avec elle, ainsi l'erreur doit nécessairement conduire à la bizarrerie et à la contradiction, dès qu'on s'efforce de mettre sa conduite d'accord avec son ■esprit.

L'homme est créé par Dieu et pour Dieu. Sa mission ici-bas consiste à travailler à perfectionner en lui la ressemblance divine qui est dans sa nature même. — Comte a méconnu cette vérité fondamentale. Pour lui, l'homme était simplement le plus parfait des corps vivants, le premier <les animaux. Une société établie sur ces idées erronées, une. vie gouvernée d'après cette fausse théorie ne pouvaient être qu'une lamen-

CONCLUSION

table difformité, en dépit de l'apparence scientifique et des phrases retentissantes où l'on parle de civilisation, de lumières, de méthode exacte, de progrès, etc.. Que Lucifer lui-même, révolté contre Dieu, entreprenne d'établir le monde sur d'autres bases que celles qui ont leur fondement dans l'essence même des êtres, il n'arrivera jamais qu'à une hideuse caricature. Si dans les systèmes et les théories de certains autres penseurs incrédules, les contradictions qui résultent nécessairement de leurs erreurs sont moins saillantes que chez le fondateur du positivisme, c'est uniquement parce qu'ils n'en ont pas, comme Aug. Comte, traduit toutes les conséquences dans leur vie et dans leur doctrine. En réalité, de nos jours, les représentants des diverses théories sociales ne dissimulent leur échec aux yeux d'une multitude irréfléchie, qu'en empruntant au christianisme ses vues morales et en les faisant passer pour une conclusion naturelle de leurs propres principes.

Seule, la doctrine catholique a toujours reçu le témoignage de la vie pratique , comme elle continue à le recevoir aujourd'hui. Les grands Saints de l'Église ont traduit cette doctrine dans leurs actes: ils sont, sans contredit, les plus nobles, les plus parfaits des hommes ; c'est à eux qu'il faut demander l'idéal. La vérité seule donne grandeur et noblesse.

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