‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 23 sur 181 · CHAPITRE II LE COURS DE PHILOSOPHIE D'AHG. COMTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II LE COURS DE PHILOSOPHIE D'AHG. COMTE

(a) Ouverture du Cours.

18. — Auditoire choisi. — Le 2 avril 1826, Comte ouvrit, comme nous l'avons déjà rappelé, son cours de philosophie. Il n'y avait invité qu'un très petit nombre de personnes, à cause de î'exiguité de son appartement (Faubourg Montmartre, 13), qui lui servait de salle de conférence.

Un public d'élite se présenta. Nommons seulement le célèbre Alexandre de Humbolt, le fameux naturaliste de Blainville, l'illustre mathématicien Poinsot, l'économiste Ch. Dunoyer, Joseph Fourier, le médecin aliéniste Broussais, Montebello, Gustave d'Eichthal, Cerclet, etc. etc. — tous personnages bien connus dans le monde littéraire. De Lamennais serait aussi venu assister au cours, ainsi qu'il l'écrivait à Aug. Comte, s'il n'eût été obligé de s'absenter de

Paris.

La composition même de cet auditoire choisi

montre que les travaux publiés par Comte dans sa jeunesse avaient étendu au loin sa réputation. Les récents biographes du philosophe le constatent aussi. En particulier, son livre de 1822, réimprimé en 1824, lui valut Tassentiment d'hommes comme Lenoir, Guizot, Delessert, de Laborde, de Broglie, Say, Dunoyer, et de quelques économistes anglais. Du fond de son exil, Carnot Tencouragea. Buchholz, professeur d'histoire à l'université de Berlin, lui écrivit une lettre flatteuse. « J'ai retrouvé dans votre livre », lui disait-il, « beaucoup d'idées qui m'occupent depuis vingt quatre ans. Mais avec quel art merveilleux vous savez les exposer ! avec quelle clarté victorieuse vous développez les pensées fondamentales de votre système » * !

Pour l'étrangeté du fait, nous rappellerons qu'Aug. Comte, par l'intermédiaire de son ami d'Eichthal qui se trouvait alors à Berlin, entra en relations plus étroites avec Hegel, son antipode en philosophie. « Je suis bien aise », écritil à d'Eichthal, le 10 décembre 1824, « d'avoir fait connaissance avec Hegel...; il est bien moins fort que Kant, mais c'est, sans aucun doute, un homme de mérite. Il me semble encore trop métaphysique ; je n'aime point son esprit, auquel

1. Lettre du 28 seplenilre 1825. — Voir Revue Occidentale, mai 1882 ; pp. 227, et suiv.

il fait jouer un rôle si singulier. Mais je trouve, comme vous, un esprit positif dans les détails ; j'aime surtout qu'il ait vu que le monde n'a été vraiment chrétien qu'au onzième siècle; une observation de cette importance prouve beaucoup pour lui. En tout, je crois qu'il y a entre lui et nous un grand nombre de points de contact, quoique je ne croie pas jusqu'ici, comme vous, à l'identité de principes; et je ne pense pas que nous fassions bien de nous rapprocher de lui. Je suis très content de l'accueil qu'un homme aussi distingué a fait à mon travail ». (Il s'agit du travail publié en 1822, et dont nous avons parlé plusieurs fois déjà).

De Lamennais manifesta, lui aussi, son admiration à Aug. Comte : il était surtout frappé de cette idée de Fauteur, que l'institution d'une autorité spirituelle indépendante de l'autorité civile, est nécessaire au salut de la société ; il espérait gagner Aug. Comte à sa cause. Depuis ce temps, il s'établit entre eux des rapports d'amitié qui cessèrent lorsque de Lamennais passa au parti de la révolution (1838)*.

(5^, — Interruption du Cours, folie d'Aug.

Comte. .

Ce Cours si brillamment commencé fut bientôt interrompu. Quand les auditeurs se présentèrent

Page 1