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que réel et utile, certain et précis, organique et relatif. « En considérant », dit-il, « dans son ensemble cette sommaire appréciation de Tesprit fondamental du positivisme, on doit maintenant sentir que tous les caractères essentiels de la nouvelle philosophie se résument spontanément par la qualification que je lui ai appliquée dès sa naissance. Toutes nos langues occidentales s'accordent en effet à indiquer par le mot « positif » et ses dérivés, les deux attributs de rëalHé et d'utilité, dont la combinaison suffirait seule pour définir le véritable esprit philosophique, qui ne peut être, au fond, que le bon sens généralisé et systématisé. Ce môme terme rappelle aussi dans tout l'Occident les qualités de certitude et de précision, par lesquelles la raison moderne se distingue profondément de l'ancienne. Une dernière acception universelle caractérise surtout la tendance directement organique de l'esprit positif, de manière à le séparer, malgré l'alliance préliminaire, du simple esprit métaphysique qui jamais ne peut être que critique. Ainsi s'annonce la destination sociale du positivisme pour remplacer le Ihéologisme dans le gouvernement spirituel de l'humanité. Cette cinquième signification du titre essentiel de la saine philosophie conduit naturellement au caractère toujours relatif dvL nouveau régime intellectuel, puisque ^a raison moderne ne peut
cesser d'être critique envers le passé qu'en renonçant a tout principe absolu. Quand le public occidental aura senti cette dernière connexité non moins réelle que les précédentes, quoique plus cachée, positif deviendra partout inséparable de relatif, comme il lest aujourd'hui d'organique, de précis, de certain, d'utile et de réel » ^.
En attribuant ces propriétés à son système, Comte l'oppose aux philosophies qui ont prévalu jusqu'alors et qu'il nomme « théologique » et « métaphysique ». La philosophie théologique est celle qui, dans son explication du monde, recourt à des êtres surnaturels, à une volonté supérieure ; la philosophie métaphysique est celle qui admet les causes premières et les causes finales et qui traite de l'essence des choses. L'une et l'autre, d'après lui, abandonnent le terrain solide de l'expérience pour se perdre dans des rêveries sur l'absolu, qui échappe entièrement à la connaissance humaine. La philosophie positive, au contraire, s'en tient aux réalités « appréciables à notre organisme ». Elle est réelle. Elle écarte toute recherche de l'absolu, des causes premières et des causes finales, ainsi que des essences ; elle se borne à chercher, dans les phénomènes, les lois invariables pour les saisir dans
leurs rapports de succession et de similitude et pour les ramener de plus en plus à Tunité. — Elle est donc relative. Par là, elle écarte aussi toutes les questions oiseuses. Elle incline l'esprit de Fhomme vers Vutile, en le mettant en état de faire tourner à son profit le cours des événements par la prévoyance rationnelle qui s'appuie sur la connaissance des lois de la nature. En excluant tout ce qui échappe à l'expérience, elle bannit l'indéterminé et le vague : elle devient donc aussi précise que les sciences exactes dont elle emprunte la méthode. — Grâce à toutes ces propriétés, elle est organique, c'est-à-dire qu'elle permet d'introduire l'unité et d'élever un système. Comme elle n'avance rien qui ne soit parfaitement démontrable, c'est à elle seule que les esprits doivent se soumettre. Enfin, parce qu'elle est entièrement d'accord avec les faits, parce qu'elle découvre les lois effectives et invariables de tous les phénomènes et de tous les ordres de phénomènes, elle ouvre dans toutes les directions une voie sûre au plus salutaire développement, elle conduit au véritable progrès de l'humanité. Elle n'est autre chose que le .sens com' inun systématisé. — Voilà en quel sens Aug. Comte appelle sa philosophie, la « philosophie positive ». « Nous voyons », dit-il, « parce qui précède, que le caractère fondamental de la philosophie positive est de regarder tous les phéno-
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mènes comme assujettis à des lois naturelles invariables, dont la découverte précise et la réduction au moindre nombre possible sont le but de tous nos efforts , en considérant comme absolument inaccessible et vide de sens pour nous la recherche de ce qu'on appelle les causes soit premières soit finales. Il est inutile d'insister beaucoup sur un principe devenu maintenant aussi familier à tous ceux qui ont fait une étude un peu approfondie des sciences d'observation. Chacun sait en effet que dans nos explications positives, même les plus parfaites, nous n'avons nullement la prétention d'exposer les causes génératrices des phénomènes, parce que nous ne ferions jamais alors que reculer la difficulté , mais seulement d'analyser ai;ec exactitude les circonstances de leur production et de les rattacher les unes aux autres par des relations normales de succession et de similitude » *.
Il dit ailleurs: « Envers c/iacwn des différents ordres de johénomènes nous avons spécialement reconnu que la philosophie positive se distingue surtout de l'ancienne philosophie théologique ou métaphysique, par sa tendance constante d^écarter comme nécessairement vaine toute recherche quelconque des causes propre-
ment dileSy soit premières^ soit finales^ pour se borner à étudier les relations invariables qui conslituent les lois effectives de tous les événements observables , ainsi susceptibles d'être rationnellement prévus les uns après les autres. Tant que les effets naturels restent attribués à des volontés surhumaines, les spéculations relatives à l'origine et à la destination des divers êtres doivent seules paraître dignes d'occuper sérieusement notre intelligence, dont elles pouvaient seules, il est vrai, stimuler suffisamment le premier essor contemplatif. Mais sous l'inévitable décadence ultérieure de l'esprit religieux, à mesure que notre activité mentaie trouve un meilleur aliment continu, ces questions inaccessibles sont graduellement abandonnées, et finalement jugées vides de sens pour nous qui ne saurions réellement connaître que les faits appréciables à notre organisme, sans jamais pouvoir obtenir aucune notion sur la nature intime d'aucun être ni sur le mode essentiel de production d'aucun phénomène » *.
« Toute proposition », dit-il encore, « qui n'est pas finalement réductible à la simple énonciation d'un fait ou particulier ou général, ne saurait offrir aucun sens réel ou intelligible » ^.