‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 68 sur 181 · Revue des Deux Mondes^ 1846, tome m, p · texte numérisé non relu

Revue des Deux Mondes^ 1846, tome m, p

182 PÉRIODE DE LA u PHILOSOPHIE POSITIVE »

Allemagne se sont aussi, en général, prononcés résolument contre le nihilisme philosophique du positivisme de Comte * à qui ils reprochent surtout d'avoir complètement négligé le problème fondamental delà connaissance humaine. La mission spéciale de la philosophie est de remonter jusqu'aux premiers principes de la connaissance, de résoudre les plus hauts problèmes de la vie humaine. Ces problèmes philosophiques ne souffrent pas qu'on les écarte : ils exigent une solution. Prétendre les biffer d'un trait de plume, c'est débuter d'une manière fort peu scientifique. Tout homme doit nécessairement, d'une manière ou d'une autre, prendre po~ sition à leur égard. S'il veut ordonner sa vie raisonnablement, il faut de toute nécessité qu'il réponde à ces problèmes affirmativement ou négativement. La neutralité absolue dans ces questions est, en réalité, une chimère. Aug. Comte de-

1. Voir Fichte, Zeilschrift fur Philosophie, t. 28; pp. 314 et suiv.; t. 50, p. 131; t. 52, p. 55; t. 60, p. 268; t. 62^ pp. 144 et suiv.; — M. T Monrad, Denkrichlungen der neuern ZeiL Bonn, 1879; pp. 133 et suiv.; - Sommer, Uie positive Philosophie Comte' s (dans la collection de Virchow pour la vulgarisation des sciences, Berlin, 1885) etc. — 11 est vrai que les naturalistes, qui ne peuvent s'empêcher de faire à l'occasion incursion dans le domaine philosophique, et d'émailler leurs travaux de digressions^ auti-spiritualistes et anti-métaphysiques, n'ont pas toujours aujourd'hui le même bon sens.

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vait en faire l'expérience. D'une part, il rejette tous les problèmes relatifs aux causes premières et aux causes finales, à l'essence des choses, à Dieu, à l'âme, etc.; il les rejette comme « insolubles »; et, d'autre part, il a la présomption de leur opposer sa solution à lui, à savoir que « la science écarte Dieu du monde, pour le remplacer par l'h umanité ; que l'homme n'est que le premier des animaux, l'âme une simple fonction du cerveau » etc.. Quant à ceux qui ne se rangent pas à son opinion, il déclare qu'ils ne sont pas encore parvenus à la maturité de l'intelligence, qu'ils sont des rêveurs, qu'ils se repaissent d'imaginations, etc..

En cela, la présomption d'Aug. Comte est égale à son inconséquence au point de vue scientifique. Plus ses preuves sont insuffisantes, plus son langage s'enhardit. Quelle preuve solide, « fondée sur l'observation immédiate », aurait-il donc apportée à l'appui de son hypothèse fondamentale, que Tordre suprasensible tout entier est inaccessible à notre connaissance, ou de sa loi sociologique des trois états, etc.? Toutes les attaques dirigées par Aug. Comte contre la philosophie théologique et métaphysique, sont autant de fautes grossières contre la « méthode positive » établie par lui, puisqu'elle n'autorise d'autres allégations que celles qui, médiatement ou immédiatement, reposent sur l'observation

directe. Du reste, nous avons la satisfaction de pouvoir le constater ici : les écrivains sérieux en histoire et en politique sociale, qui prennent pour règle de leurs recherches les faits plutôt que des idées préconçues, condamnent énergiquement comme un procédé non scientifique les efforts tentés pour faire de l'histoire et de la science sociale une science naturelle *.

79. — L'œuvre de Comte est remarquable comme philosophie des sciences. — La tentative faite par Aug. Comte pour fonder une « philosophie » au sens propre du mot, a échoué; mais son œuvre n'en a pas moins sa valeur en tant que « philosophie des six sciences principales dont il traite ». Jl n'a pas écrit une philosophie : il est cependant « philosophe », et à un haut degré. Les explications dans lesquelles il entre, frisent souvent le ridicule et renferment parfois de grossières erreurs, môme au seul point de vue scientifique ; mais il y a là une théorie philosophique des sciences et de leur méthode, qui mérite de fixer l'attention, ne serait-ce que parce qu'elle éveille la réflexion et provoque l'examen. Par la

i. Voir Ernesf Bernstein, Lehrbuch der historischen Méthode; Leipsig. 1889; pp. 68 et suiv. Il cite encore (p. 75), un grand nombre d'autres auteurs, par exemple Schaffle, Bau und Leben des socialen Kôrpers, 4 vol., pp. 495 et suiv ; — Rûmelin, Reden und Aufsalze; Tu- Jbiûgue, 1875; p. 16; etc.

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