‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 76 sur 181 · I. CAUSES DE l'évolution PmLOSOPmQUE DE COMTE · texte numérisé non relu

I. CAUSES DE l'évolution PmLOSOPmQUE DE COMTE

cause ; par conséquent, l'humanité tout entière avait le devoir de faciliter au chef de la philosophie destinée à donner au monde le bonheur, le tranquille accomplissement de sa mission, en lui venant en aide par des subventions d'argent. Ce devoir s'imposait tout d'abord à ceux qui, d' une part, étaient capables de comprendre mieux l'importance de son œuvre, et qui, d'autre part, avaient le moyen de traduire pratiquement par des actes cette intelligence plus parfaite.

Il était dès lors naturel de songer aux riches anglais. J. Stuart Mill avait accueilli la philosophie positive avec une admiration pleine d'enthousiasme. Aug. Comte s'adressa donc à lui, d'autant plus que le philosophe anglais lui avait déjà, par lettres, offert ses services. Grâce à l'influence de J. St. Mill, trois de ses compatriotes, l'historien Grote, l'écrivain Molesworth etReikes Currie se cotisèrent pour réunir la somme nécessaire. Comte espérait qu'il s'agissait pour lui d'une subvention perpétuelle : mais la lettre pressante qu'il écrivit à Mill l'année suivante, au milieu de difficultés du même genre, n'eut point le résultat attendu.

84. — Comte réclame vainement la continuation du subside « en vertu d'un devoir social ». — Ses lettres à J. St. Mill sont curieuses, à ce sujet. Ces subsides, dit-il dans la première (18 décembre 1845) ne doivent pas être temporaires, mais.

perpétuels. Les trois amis, qui lui sont venus en aide jusqu'ici, se montrent infidèles à un véritable devoir social. « Si je parle ainsi », continuet-il, « je le fais en vertu de la magistrature morale qui m'appartient par ma situation philosophique. Une digne assistance temporelle m'a toujours semblé due par la société tout entière à chacun de ceux qui consacrent sérieusement leur vie aux divers progrès, généraux ou spéciaux, de l'esprit humain, quand leur aptitude réelle a été assez constatée. Personne aujourd'hui n'oserait plus contester directement le principe universel, sur lequel repose la première coordination élémentaire de la vie sociale, d'après la division fondamentale entre l'existence active et l'existence spéculative ». Et longuement, scientifiquement, il déduit des principes exposés dans le Cours de philosophie positive, en les appuyant de considérations sur l'histoire universelle, le devoir social qui lie les trois Anglais.

J. St. Mill, dans sa réponse, décline le plus doucement qu'il lui est possible les hardies prétentions d'Aug. Comte et prend la défense de ses compatriotes. Comte réplique le 27 janvier 1846, par une nouvelle épître aussi longue, dans laquelle il s'appuie sur des réflexions philosophiques et historiques, pour condamner de nouveau, avec une inflexible sévérité, la conduite antisociale des trois anglais. Mill est de plus en plus

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