I. CAUSES DE l'évolution PHILOSOPHIQUE DE COMTE i
contre les attaques du philosophe. Voici cette page : « Au moment de mettre sous presse la Préface de ce volume, je me suis aperçu que l'auteur y injurie M. Arago. Ceux qui savent combien je dois de reconnaissance au secrétaire de l'Académie des sciences et du Bureau des Longitudes, comprendront que j'aie demandé catégO' riquement la suppression d'un passage qui blessait tous mes sentiments. M. Comte s'y est refusé. Dès ce moment, je n'avais qu'un parti à prendre, celui de ne pas prêter mon concours à la publication de ce sixième volume. M. Arago, à qui j'ai communiqué cette résolution, m'a forcé d'y renoncer. « Ne vous inquiétez pas, m'a-t-il dit, des attaques de M. Comte, si elles en valent la peine, j'y répondrai. La portion du public que ces discussions intéressent sait d'ailleurs très bien que la mauvaise humeur du philosophe date tout juste de l'époque où M. Sturm fut nommé professeur d'analyse à l'Ecole polytechnique. Or, avoir conseillé, dans le cercle restreint de mon influence, de préférer un illustre géomètre au concurrent chez lequel je ne voyais de titres mathématiques d'aucune sorte, ni grands ni petits, c'est un acte de ma vie dont je ne saurais me repentir ». — Malgré les incitations si libérales de M. Arago, j'ai cru ne devoir publier cet ouvrage qu'en y joignant une note explicative du débat qui s'est élevé entre M. Comte et
moi. — Bachelier, libraire-éditeur, Paris, 46 août 1842 ».
On s'imagine la colère de l'irritable philosophe à ce coup de son éditeur. Il lui intenta aussitôt un procès, et se chargea de se défendre lui-môme devant les tribunaux. Comme il était à prévoir, il eut facilement gain de cause ; mais l'affaire devait avoir un contre-coup et compromettre sa position à l'École polytechnique. Comte déclarait ouvertement que, pour lui, la partie adverse était moins Bachelier que le savant caché derrière l'éditeur ; et c'est lui qu'il visa dans sa plaidoirie. Il ne tarda pas à porter la peine de ses attaques passionnées contre ses collègues. En 4844, malgré la bienveillance personnelle du général Soult, directeur de l'École, il perdit sa place d'examinateur. En 1852, on lui enlevait ses fonctions de répétiteur. Alors les embarras financiers recommencèrent pour le philosophe.
83. — Subvention accordée par trois anglais. — La manière dont le fondateur de la philosophie positive chercha à parer à ces difficultés, est très caractéristique. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, il avait la parfaite conviction que sa philosophie était le salut du monde. Travailler à l'établir et à la propager devenait donc à ses yeux le service le plus important et le plus méritoire qu'on pût rendre à la société. L'humanité tout entière était intéressée à cette