I. — MONTPELLIER
2. — Le lycée de Montpellier. Le professeur Encontre. — Une autre circonstance a exercé sur le caractère de Comte une influence très réelle; et Robinet la signale également. A neuf ans, le jeune Auguste Comte entra comme élève au lycée de Montpellier; il n'y trouva pas le même esprit que dans la maison paternelle. Là, il est vrai, il fit de rapides progrès dans ses études; mais — plus tard, il s'en plaignait bien souvent — il ne reçut point cette éducation du cœur et du caractère qu'il n'eût pas manqué de rencontrer au sein de la famille, en compagnie de son frère et de sa sœur. De bonne heure, l'esprit d'opposition et de désobéissance à l'égard des supérieurs subalternes se développa chez lui. Une maturité précoce favorisait encore l'indépendance de son caractère indiscipliné.
A douze ans, il achevait déjà le cours de ses études littéraires, telles qu'on les faisait alors dans les collèges et lycées. Sur le conseil du directeur et avec l'assentiment de son père, il commença l'étude des mathématiques et y fît des progrès si remarquables qu'il put subir avec éclat l'examen d'admission à l'École polytechnique de Paris. Mais coname il n'avait pas l'âge requis pour entrer à l'École, il dut attendre encore une année. Pendant ce temps, son professeur de mathématiques, Encontre, qui était alors malade, lui confia l'honorable mission de le remplacer dans
son cours; et le jeune suppléant s'acquitta de sa charge avec un plein succès.
Nous venons de nommer le professeur Encontre (1762-1818): il a eu sur son élève une influence qui s'est étendue à sa vie tout entière. C'est le seul maître à qui notre philosophe ait gardé jusqu'à la mort un souvenir reconnaissant. Encore en 1856, il lui dédiait le premier volume de son dernier grand ouvrage ^ . Il consacre une dédicace longue de onze pages à exposer comment Encontre sut dignement comprendre en lui le grand rénovateur du monde et le préparer à sa vocation 2. Il nous apprend en outre que ce maître appartenait à la religion réformée, et que plus tard il devint professeur de dogme et doyen à la faculté protestante de Montauban. Il est trop évident qu'une telle amitié n'était pas faite pour affermir dans sa foi, un esprit déjà bien assez indiscipliné. Et les catholiques de talent, lorsqu'ils abandonnent l'Église, ne vont pas au protestantisme qui est une religion inconséquente : ils se jettent résolument dans l'incrédulité. — C'est ce même Encontre qui poussa son élève aux études philosophiques; et Auguste Comte subit, durant tout le reste de sa vie, l'influence de cette première impulsion.
i. Synthèse subjective, p. lv-lxvi.