CHAPITRE XIV ET di:r>-ier
Quelle heureuse journée on passa?
chez madame deWalstein! le comte rendu à ses amis , se réuuissoit à eux pour toujours j car il annonça de suite l'intention où il étoit de prendre dans la maison l'appartement qu'avoit occupé Auguste. — « IN'ous ne nous quitterons plus, dit-il à son ami;:
notre première séparation ne m'a pas porté bonheur. » Charlotte per-mit que pour celte fois le petit Henri dinât à table , et Frédéric en resrar-dAQi tour À tour soq iiiâ et des ojtai^
az» AUGUSTE
si cliers , s'étonnoit d'avoir pu longtemps faire cas d'autre chose. Le lendemain cependant , le roi le fit demander ainsi que le baron deMulden.
Après l'avoir félicité sur son triomphe, il lui parla de la manière la plus touchante du vif regret qu'il éprouvoitde S être laissé tromper par ses ennemis , et finit en lui déclarant qu'il étoit toujours ministre. B.ien ne pouvoil flatter autant le comte qu'une semblable réparation j mais il se contenta d'exprimer à son souverain toute la reconnoissance que lui inspiroient ses bontés , et il refusa le ministère.
Depuis ce jour, les idées de pouvoir, de grandeurs, ne furent plus pour Frédéric que le souvenir d'un songe pénible , dont un heureux réveil éioit venu le délivrer. Eutouré
ET FRÉBÉRIC. 22^
de tout ce qui lui étoit cher , il reprit bientôt sa gaieté. Sa fortune trèsconsidérable lui permit de se livrer plus que Jamais au goût qu'il avoit conservé pour les arts : il aimoit beaucoup la lecture , et ces occupalions jointes à celles d'écrire des mémoires qui dévoient être un jour du plus grand intérêt, employèrent à l'avenir ses momens. 11 acheta une fort belle terre , dans laquelle on passoit l'été en famille j et le petit Henri s'éleva au sein des vertus et des talens dont il étoit appelé à devenir le modèle.
Auguste et Frédéric approchoîcnt de la vieillesse , lorsqu'un jour étant seuls auprès du feu , le comte resta long-temps plongé dans la rêverie, i— « Sais-tu à quoi je pensois? dit-iJ
enfin à son amij je retraçois à ma; mémoire et ta vie et la mienne ; sans doute lorsque chacun de nous a pris sou chemin dans le m onde , celui que j'ai choisi paroissoit plus brillant), tout a semblé me protéger ; les événemens , les hommes , m'ont servi le plus souvent j cependant la douleur, les inquiétudes et le dégoût ont accompagné ma jeunesse) et toi, dont en mille façons j'ai troublé l'existence, que d'années heureuses et tranquilles n' as-tu point passées ! cela lient uniquement à ce que , plus sage que moi, lu as su chercher le bonheur dans des jouissances réelles et durables ; car celui que nous donnent les succès de fortune , de grandeurs et de vanité, n'a point de lendemain;; tout ce que j'obtejaois alors avec laat
de peine , me touchoit peu l'instant d'après , tandis que je ne me lasse pas de vivre près de toi , près de mon fils , et que mon idée la plus douce est celle de vous retrouver à toute heure : l'étude me semble aussi présenter les mêmes avantages; tout le reste est chimère. »
— (r Oui , dit Auguste , des affections , des habitudes , et cette libené individuelle que ijous assure un état médiocre, voilà le bonheur. »