‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 154 sur 178 · LIVRE III. — CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE IL

« entre ses bras! Hélas ! que de compte n'aurai-je « pas à rendre à Dieu? Que de, grâces! que je de- « vrais avoir de générosité ! Bonne mère , chère « sœur, soyons unis en Dieu , travaillons à nous a anéantir en lui pour nous retrouver. »

Tels étaient les sentiments de Marceau dans ce détroit si peu fréquenté, si redouté des marins, et où il fit preuve d'une habileté si grande, que son humilité éprouva pour ainsi dire le besoin de s'en justifier, afin de renvoyer toute la gloire à Dieu : sa correspondance, que nous avons sous les yeux, en fait foi.

Au retour de son expédition, Marceau nous disait : « Les vaisseaux de guerre passent par le « détroit de Magellan, parce que leur nombreux « équipage rend la manœuvre plus facile; les « petits navires tentent aussi quelquefois ce « passage; mais les gros bâtiments marchands, « jamais. L'Arche d'alliance est le premier qui « l'ait fait en se rendant en Océanie; il nous « a fallu 32 jours, tandis qu'en revenant j'ai « franchi en 48 heures le même détroit. Je <r n'y passerai plus jamais qu'au retour. — Et « pourquoi vous êtes-vous ainsi exposé? — J'ai « eu confiance en Dieu. Plusieurs de nos mission- « naires étaient malades. Un des Frères coadju- « teurs serait sans doute mort si j'eusse doublé le « cap Horn; j'ai cru, en ces circonstances, que « Dieu m'autorisait à espérer de lui un secours

« extraordinaire. C'est le motif principal qui m'a « déterminé. »

Un missionnaire qui est resté quinze mois à son bord, luiditun jour: a Commandant, en quelques « circonstances, je vous ai trouvé très-hardi : je « vous aurais môme accusé peut-être d'impru- « dence , si je ne savais que vous avez grande conte fiance en Dieu. — C'est vrai, reprit-il, j'ai été « hardi, mais j'ai confiance. Et*la médaille de « l'Immaculée Conception que nous avons mise « à la tête du navire, y est-elle pour rien? » Nous verrons plus tard quand et pourquoi il l'avait placée là; et nous verrons aussi que généralement Marceau n'a pas été hardi sans de grandes raisons : il n'aurait pas voulu tenter Dieu, et il ne cherchait qu'à accomplir sa sainte volonté. « Quel malheur, « se disait-il une fois, avant son entrée dans le « détroit de Magellan, si, dans un intérêt d'amour- « propre, je venais à perdre le navire par une « manœuvre audacieuse, et que je comparusse « devant Dieu en compagnie de plusieurs âmes c en état de péché mortel, ainsi réprouvées par « ma faute ! ! Que pourrais-je répondre au tribu- « nal de Dieu , moi dont l'orgueil les aurait prêts cipitées dans l'enfer? » C'est ainsi qu'il envisageait tout à la lumière de la foi. A la même époque , s'apercevant de l'estime que faisait de lui le médecin de l'Arche d'alliance, il écrivait dans ses résolutions : « J'ai à me défier, dans l'intérêt

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