LIVRE 111. — CHAPITRE II
« la statue de la Sainte-Vierge, il la conjure avec « larmes de le faire entrer dans le détroit si c'est « la volonté divine, pour la plus grande gloire « de son Fils. Aussitôt , en moins de cinq mi- « nutes, le vent fait le tour de la rose, et le cap « est doublé en un instant. On entra dans le «. détroit en chantant les litanies de la Sainte- * Vierge; plusieurs fois le navire toucha; mais « enfin, Dieu aidant, on en fut quitte pour la « peur. »
Marceau écrivait lui-même, peu après à sa mère : « Ne voulant point perdre de temps, je suis entré « de nuit dans le détroit par un vent qui me faite sait courir trois lieues à l'heure. Durant toute la « journée suivante, j'ai continué la route avec un « bonheur extrême. La brise semblait être à mes « ordres. La sainte Vierge, dont nous chantions « les litanies , nous envoyait à chaque instant le « vent qui nous convenait.
« Tu sais combien je redoutais le commande- « ment de V Arche d'alliance, parce que depuis « longtemps j'étais éloigné de la marine à voiles; « mais l'assistance touchante que m'a donnée le a maître des vents et de la mer en maintes oc- « casions, a changé ma crainte en confiance. « Aussi je répugne à faire la relation de mon « voyage, parce que dans ma tête, il se résume « tout par cette seule pensée : Que la providence
« de Dieu est admirable! qu'elle est miséricor- « dieuse! quels soins elle prend de ceux qui met- « tent leur confiance en elle!
« Le bon Dieu m'inonde de consolations. Un a jour que je me trouvais dans une position fâ- « cheuse qui n'était pas sans danger, au moment « où je commandais les travaux nécessaires pour « en sortir, survint un vent menaçant qui faisait « prévoir à tous de longues fatigues : mais le vent « de la grâce soufflait aussi fort dans mon âme ; « et rempli d'un calme ineffable, je disais à « Dieu : C'est vous, ô mon Dieu, qui l'ordonnez « ainsi, et quels que soient vos desseins en cela, « je les adore et je les aime, parce que je suis « certain qu'ils sont dictés par votre amour pour « de pauvres créatures qui mettent toute leur con- « fiance en vous. Et ce vent, qui soufflait de ma- « nière à épouvanter tout le monde , a fait gonfler « les eaux de façon à nous permettre d'être à flot cf dans l'après-midi. Tu juges si j'ai remercié le « bon Dieu et la sainte Vierge. Quelle douce chose a que l'abandon à Dieu, que le repos en Dieu, que « de travailler à faire sa volonté, au moins autant « qu'on le peut avec toutes les misères qui ne « nous abandonnent jamais ! Ah ! si les pauvres « gens du monde connaissaient le bonheur qu'il « y a de servir Dieu, avec quelle ardeur ils re- « nonceraient à toutes leurs sottises pour se jeter