‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 51 sur 178 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

« la peur. Il faut substituer à cette habitude une « coutume contraire. » Et sans craindre les sarcasmes de ses camarades, il parut dans le lieu saint en uniforme; et là, se mettant à genoux sur le sol, au milieu de pauvres femmes, prosterné comme unangeadorateur, profondémentrecueilli, il passait des heures entières devant le très-saint Sacrement, cherchant à ne pas faire attention à ceux qui l'entouraient. On le regardait quelquefois de tous côtés, et lui, avec sa parole énergique, il se disait à lui-môme : « Reste là, orgueilleux. »

Des hommes sans religion suivaient Marceau jusque dans le temple sacré, pour l'épier et le tourner en ridicule. L'humble et charitable officier se contentait de plaindre de pauvres aveugles qui blasphémaient ce qu'ils ne connaissaient pas. J'ai été comme eux : que ne peuvent-ils être bientôt comme moi!

On lui représenta à lui-môme que, dans ces occasions, il devrait revêtir un habit bourgeois; il répondit : « On se garderait bien de paraître « devant les princes sans le costume militaire, a et vous voudriez que je le quittasse pour paît raître devant le Roi des rois ! » Peu à peu d'autres officiers imitèrent Marceau , et les capitulations de la peur devinrent plus rares. «Ce qui fit « promptement disparaître en lui le respect huai main, disait un jour Marceau au commandant « Le Bobinnec, ce fut l'usage de la communion

a fréquente. » Le vin eucharistique en effet rend le cœur vaillant (1).

A l'époque dont il s'agit, la religion n'était pas en honneur, tant s'en faut. On n'avait pas vu arhorer sur une flotte l'image de Marie; on n'avait pas enlendu les maréchaux et les amiraux appeler à leur secours les prêtres et les sœurs de charité, en partant pour une helliqueuse expédition (2), ou se glorifier d'avoir renversé des citadelles inexpugnahles et remporté d'insignes victoires par l'intercession de la sainte Vierge aux jours de ses fêtes. Il fallait du courage pour se montrer franchement chrétien ; il en fallait encore plus , même aujourd'hui il en faut encore beaucoup, pour se montrer pieux. Marceau a avoué lui-même que souvent des collègues étaient venus le remercier chaudement de s'être approché des sacrements en habits militaires. Pourquoi, se disaient-ils, n'oserions-nous pas faire en bourgeois ce que Marceau fait en uniforme? de sont les propres expressions de l'officier qui nous transmet ce témoignage.

« Je revis Marceau à Lorient , dit un de ses anci ciens camarades du Minos , pendant que nous « armions le Caire. Il commandait alors le Vautour. « Quel ne fut pas l'étonnement de toute la ville, « en voyant assister, cierge et chapeau à la main,

(1) Ille enim sanguis valdè nos facit audaces. (Albert le Grand).

(2) Guerre de Crimée.

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