‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 52 sur 178 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

« à la procession de la Fête-Dieu, celui qu'elle « avait vu, quelques années auparavant, apôtre « exalté du saint-simonisme, tout à fait homme « du monde, et même passablement libertin. »

A ceux qui l'engageaient à ne pas afficher ainsi sa religion, Marceau répondait : « J'ai été publi- « quement incrédule et apôtre , hélas ! trop élo- « quent du mensonge; rien de plus juste que de « réparer ce scandale donné à la société. J'ai re- « nié et blasphémé Jésus-Christ et sa religion « sainte; n'est-ce pas de la plus stricte justice « de lui faire amende honorable et de me mon- « trer, avant tout, chrétien? D'ailleurs, Jésus- « Christ n'a-t-il pas prononcé ce redoutable ar- « rêt : Je renierai, devant mon Père et les anges, « celui qui m'aura renié devant les hommes. »

Un jour il alla, en uniforme, recevoir la trèssainte Eucharistie, dans une chapelle, et à l'endroit même où. il avait autrefois outragé Notre- Seigneur. Il agissait ainsi en esprit d'expiation. « Et c'est là même, ajoutait-il , transporté de dou- « leur et d'amour, là même qu'il est assez [bon « pour se donner à moi ! ... »

« Je fais bien un peu de scandale ici, écrivait- « il à sa mère, en assistant chaque jour à la messe « et en communiant dans la semaine. Il n'y a pas « tant de lieutenants de vaisseau faisant ainsi, » pour qu'on ne trouve pas un peu extraordinaire « ma conduite et qu'on ne crie pas. Il s'est même

'Ji VIE DE MARCEAU.

« rencontré un amiral qui, l'autre jour, voulait « me faire entendre qu'il n'était plus dans nos « mœurs qu'un officier communiât !!!... Mais ce- « pendant il n'a pas parlé assez ouvertement pour « que je me crusse en jeu. »

Que dira le lecteur chrétien de cette ridicule idée, qu'il est des époques où il n'entre pas dans les mœurs de communier? C'est-à-dire, à prendre la proposition dans le sens absolu et général qu'on paraît lui avoir donné, qu'il est des époques où il n'entre pas dans les mœurs d'aimer et de servir Dieu et de faire son salut. Car Jésus-Christ dit : « Si vous ne mangez ma chair, vous n'aurez a pas la vie en vous. » Qu'ils sont à plaindre, ceux qui se laissent gouverner par des mots!... Bien à plaindre, parce que de tels préjugés, quelque futiles qu'ils soient, ne laissent pas d'être la cause de leur perte !

Un jour Marceau se trouva, dans une diligence, avec des jeunes gens fort bien selon le monde, qui s'évertuaient à raconter les aventures galantes et licencieuses dont ils avaient été les acteurs ou auxquelles ils aspiraient. 11 prend la parole : « Messieurs, dit-il, si j'avais volé cent mille « francs, je serais perdu de réputation , désho- « noré, et à juste titre; cependant je puis gagner « cette somme et réparer entièrement le tort que •i j'ai fait, quoique je reste toujours condamné. « Mais si abusant de l'aveuglement d'un ami je

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