LIVRE II. — CHAPITRE III
volonté, revêtit la livrée de la sainte Vierge , plus honorable et plus précieuse aux yeux de la foi que la décoration qui brillait sur sa poitrine, et dès lors il fit sa méditation chaque jour. En trois mois il fut méconnaissable. L'Esprit-Saint s'empara de son âme au moyen de cet exercice salutaire, qui est la flamme par laquelle Dieu se communique, et sa conversation changea tellement que les autres officiers disaient : « On ne le com- « prend plus, le voilà enfoncé dans la dévotion jus- « qu'au cou. »
Après Dieu, il devait en partie ce bien à notre apostolique capitaine. « Ah! disait Marceau, que « d'âmes feraient de grands progrès dans la vertu, « si elles trouvaient un directeur qui les poussât « dans le bien ! ! ! » 11 ajoutait : et Le monde est « rempli de prêtres vertueux et zélés ; mais en « est-il beaucoup qui soient uniquement , exclusi- « vement occupés des intérêts de Jésus-Christ? « On ne parle presque plus de ce qu'ont fait les « saints. » Il disait encore : « Sans mortification, il « n'y a pas de sainteté. Dieu demande l'hommage « du corps, l'hommage du cœur et l'hommage de « l'esprit. Quelquefois on amollit, on amortit les « conversions. »
Pour lui, il est vrai qu'il avait besoin d'être retenu. Il était si dur à lui-même que, plus tard, quand il vint à Lyon (en 1845), le religieux auquel il donna sa confiance, craignant que le démon ne
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le portât à des excès et ne lui enlevât ainsi une santé précieuse, lui fit plusieurs observations à ce sujet. Marceau écouta tout avec la simplicité et la docilité d'un enfant; et comprenant que Vobéissance vaut mieux que le sacrifice, il résolut de se conduire par les avis d'un sage directeur, afin de marcher dans la voie de la prudence, entre le défaut et V 'excès.
Comme dans les hommes généreux, les actes et les sentiments sont ordinairement en harmonie, on peut juger par un fait, avec quelle ferveur toujours croissante notre ami allait à Dieu.
Il était en station à Brest. A deux lieues de cette ville se trouve une chapelle célèbre, dédiée à sainte Anne. Pour satisfaire sa dévotion et se vaincre lui-même, Marceau fit ce trajet, piedsnus, par un chemin mauvais et rocailleux, sans craindre les moqueries que sa conduite pouvait lui attirer, ou plutôt pour s'y exposer lui-même. Ses pieds étaient ensanglantés. Racontant cela à son directeur, il disait : « Plusieurs me traitent de fou ; mais c'est « ce qu'il me faut, mon Père; l'orgueil est mon « vice capital : il faut qu'il plie , cet orgueil! » .
Nous avons à faire ici une observation très-importante. Presque à chaque page nous citons des actions héroïques de Marceau; quelques-uns, à