LIVRE II. — CHAPITRE III
Un jour ses amis lui dirent : « Nous ne savons « comment tu fais, Marceau; ton équipage est « toujours content et gai, quelles que soient les « corvées qu'on lui commande ; et nos matelots se « plaignent, crient, sont en fureur; nous ne pouce vonsles dompter. » «Messieurs, dit Marceau, « je vais vous donner mon procédé : quand je vois « que mes hommes sont mécontents, je vais « passer une heure ou deux devant le saint sacre- « ment, à leur intention, et ensuite tout va à merci veille.» Ce nouveau système de commandement lut sans doute une énigme.
Si le retour aux pratiques chrétiennes rendit Marceau bon envers ses inférieurs, il éleva son obéissance et son respect, à l'égard de ses chefs, à la hauteur de la foi la plus pure. Il voyait en eux la personne de Jésus-Christ lui commandant par leur bouche, et dans leurs ordres, la volonté même de Dieu; nous en citerons plus tard un exemple remarquable. Le devoir, la conscience étaient les seules limites qu'il mît à sa soumission respectueuse.
Il était président de la société de Saint-Vincent de Paul, à Toulon, et il nous enflammait, m'a dit un des associés, par sa parole brûlante. Plusieurs années après, j'ai trouvé moi-même en cette ville , dans plus d'un cœur, les traces de feu qu'y avait
rite divine sent souvent durs, orgueilleux et intraitables envers leurs intérieurs.
imprimées cette généreuse et apostolique parole. Pour Dieu il ne comptait ni son temps, ni sa peine, ni son argent. Un officier lui parlant de la modicité de l'aumône exigée de chacun dans l'œuvre de la Propagation de la foi : « C'est bien pour la « majorité, répliqua Marceau; mais dans notre « position , il ne nous est pas permis de donner « si peu. »
Le zèle le dévorait : un officier s'était converti environ à la même époque que lui ; Marceau l'ayant rencontré plusieurs mois après , lui dit : « Vous « confessez-vous souvent? — Oui, de temps en « temps, aux grandes fêtes par exemple. — Mais « on ne vous fixe donc pas d'époque? — Non : je « vais me confesser, on m'absout et on n'ajoute « rien de plus. — Mais, mon cher, il faut prier « votre confesseur de vous fixer l'époque du re- « tour. Dans la vie spirituelle tout doit être réglé « comme sur un vaisseau. » Et Marceau conduit lui-même son ami à un autre prêtre. Celui-ci eut bientôt découvert dans ce docile officier une âme d'élite; il le fit revenir tous les quinze jours, puis tous les huit, et, peu après, le camarade de Marceau communiait plusieurs fois par semaine. Le zélé militaire dit encore : « Faites-vous la méditait tion, portez-vous le scapulaire? » Il fut grandement étonné , il ne savait ce dont il s'agissait. Marceau le lui apprit, et lui enseigna la pratique de l'oraison. Aussitôt cet officier, plein de bonne