‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 7 sur 178 · LIVRE I. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE I

force de volonté, qu'on a remarquée en lui jusqu'à sa dernière heure, grandissait par les obstacles ; déplus, il avait le sentiment de ses talents; enfin le souvenir de cet oncle qui, homme du peuple, avait atteint le plus haut degré des honneurs et de la gloire militaire à un âge où les autres commencent à peine, ce souvenir était toujours devant lui.

Bientôt il brilla au premier rang dans le cours d'élite où se trouvaient le commandant d'artillerie Guyod, l'ancien ministre Bineau et le général de la Moricièie. Auguste Marceau se lia avec ce dernier d'une de ces amitiés qui, une fois formées, ne se brisent plus. Chez l'un et l'autre on eût pu remarquer plus d'un trait semblable : c'était, à quelques nuances près, la même activité d'esprit, la même énergie , la même promptitude d'intelligence; c'était le même entrain d'action et de pensée dans toutes les habitudes.

Dieu réservait à ces deux jeunes hommes de magnifiques destinées. Nous avons entrepris cette biographie pour dire ce que fut le premier ; l'autre était appelé à dompter l'Afrique par dix-huit campagnes de victoires, à écraser la plus formidable des insurrections par des prodiges de prudence et d'audace (1), enfin (et c'est le couronnement de sa gloire) , au jour des grandes défaillances ou des grandes trahisons , il devait tirer

(1) Juin 1848, à Paris.

l'c'pce pour le droit et pour la Papauté à la tête d'une légion de héros-martyrs, et être le Judas Machabée de la civilisation et de la foi.

Marceau aurait voulu prendre parti dans l'armée déterre; les antécédents de son oncle l'exaltaient et le remplissaient d'espoir; de plus ses goûts l'y portaient. Mais il ne fut pas libre de suivre ses inclinations, o Comment pouvez-vous son- « ger, lui disait un officier supérieur, à entrer « dans une carrière où s'est distingué un parent « du même nom que vous? Vous devez viser à « une gloire indépendante et personnelle. » Enfin , de tous côtés , on le poussait dans la marine royale. Il céda, « et voilà vingt ans, nous disait-il « en 1849, que je cours les mers sans goût comme « sans répugnance. La Providence avait ses des- « seins. Je n'aurais pu rendre aux missions les « petits services qu'il m'a été permis de leur ren- « dre, si je n'eusse été marin. »

A la lin de son séjour à l'École polytechnique , Marceau allait souvent dans un des ateliers de machines à vapeur les plus considérables de Paris. Là, il étudiait avec une vive application les perfectionnements dont cette industrie est susceptible. Son génie précoce pressentait tout ce qu'il y a de puissant, de terrible dans cette nouvelle machine de guerre (les campagnes qui ont suivi justifient pleinement cette dénomination), et il disait : « La vapeur est appelée à rendre de

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« très-grands services à 'la marine militaire. » En effet , la vapeur tend à substituer, sur mer, l'élément militaire à l'élément naval. C'est une cavalerie marine, faisant oG lieues par jour, et portant en croupe ses vivres et ses canons. La rapidité avec laquelle on peut embarquer et transporter une armée et son matériel sur un point quelconque du territoire ennemi déjoue tous les calculs de l'ancienne stratégie et change les conditions de la guerre. Aussi, dans l'Exposé de la situation de la France présenté aux grands corps de l'État, en février 1861, on disait : «Aujourd'hui a les seuls bâtiments de guerre, vraiment dignes « de porter ce nom, sont les bâtiments à vapeur. » Le jeune homme qui , en 1824 , au milieu de l'incrédulité générale des officiers de marine , entrevoyait ces résultats dans leur principe , était sans aucun doute un homme de talent.

Ce fut dans ce même but d'étude que , plus tard, Marceau demanda à quitter les vaisseaux de guerre, pour le commandement d'un bateau-poste, stir la Méditerranée. Aussi sur tous les paquebots qui lui furent confiés successivement, le vit-on exécuter de grandes améliorations dans le service de la machine ; il fit en particulier, sur le bateau à vapeur le Vautour, ces expériences de perfectionnement qui lui donnèrent la réputation d'un des officiers les plus savants et les plus habiles dans la navigation nouvelle.

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