‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 6 sur 178 · LIVRE I. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE I

apprendrons de ce prélat ce qu'était ce collège. Parmi les professeurs il y avait cinq apostats; un seul n'affichait pas l'irréligion. Parmi les étudiants l'impiété était pratique, la corruption ardente. Ils haïssaient leurs maîtres, et ils auraient fait regretter la vertu à des hommes moins incapables d'un pareil regret. On était obligé de faire suivre les cours de ce lycée aux jeunes gens du petit séminaire; ce simple contact avec les internes était une peste : deux mois aprè$, les directeurs désolés ne reconnaissaient plus leurs enfants et versaient les larmes inconsolables de Rachel : Quia non sunt (1).

Ce spectacle de démoralisation laissa au futur évêque une impression d'horreur qui , quarante ans après, vibrait encore en accents indignés. Lui du moins avait échappé au naufrage 1

a Hélas! écrivait à son tour Marceau, plusieurs « années après sa conversion, au directeur d'un « collège catholique, j'ai eu. tant à souffrir, lors- « que j'étais loin de Dieu, que rien ne me touche « plus que le sort des enfants. Je ne saurais ou- « blier ceux dont vous êtes chargé. Quelle tâche » que la vôtre! Je ne connais que le dévouement « religieux qui puisse y suffire. » Et comme on agitait alors ces grandes et redoutables questions dans les assemblées de la république française, il ajoutait : « Et je m'afflige plus que je ne saurais

(1) Parce qu'ils ne sont plus.

« dire de toules les fameuses discussions de ces « temps-ci à l'Assemblée législative sur la liberté « d'enseignement. Moi qui ai été victime de l'an- « cien ordre de choses que quelques-uns vou- « draient maintenir, j'espère que Dieu aura raison « de ces rhéteurs et de ces habiles pour le bon- « heur d'un âge qui mérite tant de respect et de « compassion. »

Cette éducation destructive de toute vérité religieuse laissa donc le jeune Marceau dans ce vague indéfini qui doute de tout et n'affirme rien ; et déjà cependant, quoique à son début dans la vie, il aurait eu besoin des consolations de la foi , précieuses toujours pour tous , plus précieuses pour ceux qui souffrent.

A peine âgé de quatorze ans, il avait été atteint par quelques-unes de ces rudes épreuves qui épuisent ou qui fortifient, suivant la trempe des hommes. Pour toute richesse, il ne lui restait que l'épée de son oncle , la lourde carabine allemande qui l'avait étendu mort sur le champ de bataille, l'affection d'une sœur, le cœur de sa mère... et sa propre énergie.

Après des succès remarquables dans ses études, il fut admis en 1824 à l'École polytechnique. Une contradiction injuste et blessante, qui l'accueillit à son début, froissa violemment son âme, déjà aigrie par le malheur.

Mais il ne désespéra pas de lui-même. Cette

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