Auguste Pointelin et la critique
Ainsi, dans notre temps soi-disant oublieux, insensible et affolé, il se rencontre encore des cœurs qui se souviennent, des amitiés attentives aux manifestations délicates des esprits qui demeurent attachés à leurs certitudes de beauté !...
Les fervents d'un artiste aussi modeste qu’il est grand, et aussi fier qu’il est modeste (ces deux mots, après tout, sont des synonymes d’un même sentiment) songent à préparer à ses années vénérées une surprise et un hommage. Comment ne serait-on pas ému
d'un tel acte de foi, et comment ne se sentirait-on pas joyeux d’y être associé ?
Auguste Pointelin a passé la quatrevingtième année. Il ne se mêle plus au monde artistique, sauf pour prouver, au Salon, que ses yeux, son cœur et son pinceau n’ont pas vieilli. Mais le monde artistique, lui, ne considère pas comme une retraite cette laborieuse prolongation de carrière, ni comme une solitude ce tête-à-tête avec une haute pensée. L’affection et le respect songent alors à rassembler, comme témoignage, les plus significatifs écrits qui ont jalonné les étapes de la route où il a marché d’un pas si sûr et le front si élevé. Et cette brochure lui est offerte, d’où l'on découvre à la fois le passé d’un caractère et l’avenir d’une œuvre.
En vérité, c’est là un spectacle réconfortant, et quimontre un pur aspect de la France silencieuse en regard des mirages de la France agitée. Toutes deux ont leur raison d’être et leur mystérieuse mission ; mais il est digne et juste que nous payions spontanément notre fidèle tribut à la première.
Le vieux maître jurassien aura été une des énergies et une des douces clartés de celle-ci. Il a connu les plus fécondes ivresses de la nature et du rêve ; le doute ne l’a jamais effleuré. Il a été grave, mais point pessimiste; sévère, mais riche en consolation ; contemplatif et agissant. La superbe unité de l’œuvre et de la personnalité, que l’ami qui écrit ceci faisait ressortir il y a vingt ans, assure la durée à l’une, et donne l’autre en exemple à tous les artistes,, quelles que soient leurs tendances, leur destinée. C’est en cela que ce livret dépasse la portée d’un simple acte amical, puisque pour et par Pointelin, il s’adresse à tous.
A la fin de la préface que l’on trouvera plus loin, et que nous ne rappelons que parce qu elle marqua une date dans sa vie, nous honorions en lui le jiutum ac tcnacem propoditi l’irutn. En ce moment la parole d’un autre poète, et français, nous vient aux lèvres comme s’appliquant non moins harmonieusement à cette date nouvelle :
Rien ne trouble sa fin, c’est le soir d’un beau jour.
Ce beau soir se prolongera, nous y comptons, bien des heures encore, et il continuera à apporter paix, suavité et consolation à l’homme, au sage, à l’artiste qui aura comme nous éprouvé les douleurs de la patrie, mais plus heureux que de moins riches en années, assiste à son relèvement.
La F rance nous est chère et le culte de ses créateurs de beaux spectacles est la manière la plus parfaite par où se manifeste notre amour pour elle. Je me souviens, comme d’une des solennités de ma vie, de ce voyage, si simple cependant en compagnie de Pointelin, sur le « Premier plateau du Jura » dont on retrouvera l'impression quelques pages plus loin. J’y compris pleinement l’accord indivisible et parfait entre un grand cœur, sa terre natale, et l’immense Nature.
Cet accord résonne dans toute peinture du rude et bon contemplateur des soirs austères, intenses, religieux. Ceux qui voudront, comme lui, rendre avec unité l’exaltation réfléchie du meilleur d'eux-mêmes en présence de leur portion d’univers, assureront à leur
ouvrage les plus grandes chances d’éloquence et de force. Ceux qui, seulement, cherchent à ennoblir leur esprit au contact des productions d’un ardent et fécond labeur, trouveront toujours devant une œuvre de Pointelin des réponses profondes à leurs questions.
Pour nous, ses amis, nous célébrons avec une calme joie le soir d’un beau jour, le soir d’un beau Maître.
Arsène Alexandre.
Lej hommes ne sont rien, le<> œuvrer dont louu, .
Le Plateau du Jura, de M.. Pointelin, est un effet d’automne très saisissant dans sa simplicité. L’auteur nous amène devant un de ces plateaux dénudés comme on en trouve dans les régions montagneuses. Un bouleau détache sa silhouette sur le ciel gris du matin. On ne saurait être plus sobre en fait de composition. Celui qui, avec si peu de moyens, a exprimé si fortement sa pensée, n’est pas le premier venu, et il faudra le suivre désormais dans ses développements.
Castagnary.
Salon i)e i8jt) ( p. 261. Paris, Charpentier. T. 2*, 1892).
C’est par ses grandes lignes simples que M. Pointelin attire et captive. Sa Prairie danj La Côte-d’Or, prise au soleil levant, est toute
imprégnée encore des fraîcheurs de la nuit : effet charmant et vivement rendu.
Castagnary.
Salon de iSj8 (p. 35^. Paris, Charpentier. T. 2' 1892).
La peinture de Pointelin ne tire pas
l’œil; elle est toute de poésie et de discrétion; elle est de celles qu’on cherche au milieu des fadaises polychromes des salons. Un bout de nature y dort tranquillement, tantôt ensoleillée par les journées de l’août, tantôt assombrie par les crépuscules. C’est la lande du Jura, bordée de sapins, la mare verte aux eaux bleues, la plaine ou la montagne, seules, sans feintises, sans falbalas. Vigoureuse et hardie, la colline coupe le ciel chaud des soirs; la forêt noire se festonne, la « fin » se déroule. Devant ces toiles on se prend à rêver, comme aux beaux soirs de septembre quand la buée blanche s’étend sur les marais ou les rivières, et que les voix des paysans attardés s’entendent aux coteaux...
H. Bouchot.
Pointelin. Revue franc-comtoise (20 janvier 1886).