‹ Auguste Ravier, peintre, MDCCXIV-MDCCXCVChapitre 22 sur 32 · AU NOM DES ÉLÈVES DE M. PONSCARME · texte numérisé non relu

AU NOM DES ÉLÈVES DE M. PONSCARME

Messieurs,

cfrg au nom des élèves de notre cher et regretté ^v7>maitre Ponscarme que je viens rendre un dernier hommage à sa mémoire et aux si profitables leçons que nous avons reçues de lui.

La grande qualité de son enseignement a été de ne pas influencer la personnalité de ses élèves.

11 considérait son atelier comme la serre où la nature agissait librement sur le tempérament de chacun.

Il n’enseignait pas la technique, mais s’efforcait de faire comprendre que, sous vos yeux, le modèle ou l’esquisse devait être rendu simplement, largement.

D’ailleurs son œuvre est pleine de ce principe, et ceux qui ont pu comprendre un tel professeur lui doivent une grande reconnaissance pour les avoir dirigés dans ce chemin de l’individualité.

Ses élèves sont très nombreux, certes, il a fait école, et c’est trop modestement qu’on lui a rendu justice.

Cher Maître,

Vous qui fûtes si affectueux et si plein de bonté, recevez notre éternelle reconnaissance et notre dernier adieu.

impérissables, auquel ses pairs viennent de rendre un si éloquent et si juste hommage, il reste un dernier mot à dire, au nom de ses compatriotes et de ses amis, pour achever de peindre cette belle et grande figure.

DISCOURS

Prononcé par M. Jules MELIN E

Député des Vosges

AU MOM DE L'ASSOCIATION VOSGIENNE

m vaut de rendre à la terre la dépouille mortelle du -ç-j/.-p grand artiste, auteur de tant de chefs-d’œuvre

C’est d'abord au nom de l’Association vosgienne de Paris que je viens déposer, sur sa tombe, l’expression de notre vive douleur et de l’inconsolable regret qu’il laisse au milieu de nous; il était un de nos plus anciens membres, un des plus aimés; il nous apparaissait à tous, avec sa belle barbe d’argent et ses grands yeux bleus, si bons et si doux, comme le patriarche de notre Société; nul n’v était plus populaire que lui ; il n’était pas moins populaire dans notre département, qu’il aimait tant et qui était si lier de lui.

Mais, si je sens toute la perte que fait notre Association, je suis bien plus touché encore en voyant partir l’ami fidèle avec lequel je faisais route depuis plus de quarante ans.

Dès que je le connus, je fus tout de suite conquis par cette nature droite et honnête, par cette belle et vaste intelligence ouverte à toutes les idées généreuses. Il avait un tour d’esprit d’une originalité tout à fait séduisante ; son bonheur était de remuer des idées, de creuser tous les problèmes de l’art, de la philosophie et même de la politique. C’était un penseur sans prétention et un causeur plein de verve. Ce qui dominait en lui, c’était la bonté et la générosité. II ne savait pas ce que c’était que la haine, l’aigreur même ne pouvait pénétrer jusqu’à cette âme forte et désintéressée.

Il avait eu, comme tant d’autres, à côté de succès éclatants, plus d’une déception amère dans sa carrière d’artiste, et la (in de sa vie avait été assombrie par de pénibles abandons. 11 en avait éprouvé de la tristesse, mais aucune colère, aucune amertume ; il planait de toute la hauteur de son caractère sur ces misères de l’ingratitude humaine.

Permettez-moi, maintenant, de toucher d’un mot un autre côté de l’homme, qu’il ne pardonnerait pas de négliger ; je veux parler de sa foi politique qu’il ne perdait aucune occasion d’affirmer hautement. Elle était empreinte d’une telle sérénité, que je n’éprouve aucun embarras à en parler devant celle tombe.

Ponscarme était un républicain de race ; républicain il était sous l’Empire, à une époque où il y avait quelque mérite à l’être, républicain il est resté jusqu’à la fin de sa vie ; il l’était comme on devait l’être dans la Rome antique ; il avait la dignité, la fierté, la farouche indépendance d’un vrai citoyen romain.

Il aimait la liberté avec passion, et il la voulait pour ses adversaires comme pour ses amis. Ma dernière conversation avec lui, qui remonte à quelques mois à peine, roulait sur cet éternel problème de la liberté et de l’autorité, et je l’entends encore me dire : «Je ne comprends pas qu’un libre penseur refuse aux autres le droit de penser librement comme lui et qu’il mette à l’index ou qu’il persécute ceux qui ne pensent pas comme lui. »

Tel est l’homme, tout d’une pièce, qui a traversé la vie en laissant à tous ceux qui l’ont connu l’impression d’un être d’un autre âge, aussi bien par sa haute stature que par sa rude franchise, ses mœurs simples et sa grandeur d’âme.

Il laisse à ses chers enfants, auxquels il avait consacré sa vie, un exemple sur lequel ils auront toujours, j’en suis convaincu, les yeux fixés. Ils écouteront la voix de leur père qui leur dit du fond de cette tombe : « Soyez dignes de moi ! » Nous leur exprimons nos bien sincères et bien vives sympathies.

Nous les exprimons aussi à la fidèle et dévouée compagne pour laquelle notre ami avait une si profonde tendresse et qui a été le charme de ses derniers jours. Nous comprenons l’immensité de sa douleur : Ponscarme a été toute sa vie l'homme de la famille; c’est elle qui lui a donné toutes ses joies, toutes ses consolations, toutes ses inspirations. C’est elle aussi, hélas ! qui lui a causé ses plus cuisantes douleurs; la perte récente d’un fils aimé lui avait fait à l’àme une blessure secrète qui saignait toujours et qui a avancé sa fin.

Et maintenant, mon cher Ponscarme, mon cher ami, adieu! adieu et merci ; merci pour l’exemple que tu nous laisses d’une vie bien remplie terminée par la mort d’un sage; merci pour les jeunes intelligences que tu as ouvertes à la religion de l’art, et pour les nobles jouissances que tu nous as fait goûter; merci pour la vision que tu nous laisses et que nous gardons au fond du cœur, d’une noble intelligence, d’un grand artiste et d’un beau caractère !

H. PONSCARME

Liste des œuvres principales

DE PONSCARME

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