‹ Auguste RodinChapitre 15 sur 39 · LE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

LE PRINTEMPS

l'art de Rodin est avant tout harmonieux, et il progresse d’un pas.égal, vers la perfection, en une longue gestation qui n'omet aueun détail.

Les œuvres de sa première manière c'est le Sf-Fean, c'est l'homme de l'age d'airain, qui semble, au sortir de la caverne des hommes, comme dirait Rosny, s'étirer hors du lourd sommeil, hors la barbarie, pour la longue journée de chasse et de rêve, de combat contre le fauve et d'émotion devant le sourire de la nature : c’est le Baïser, le poème en marbre blanc de l'abandon total du corps de la douce amoureuse entre les bras quasi craintifs et précautionneux du male, en un stage bref de douceur avant l’ardeur de l'emprise; c'est la Pensée, masque blanc de béguine tendre et recueillie, c'est un joli groupe #Ærère et Sœur, candide et doux, c’est le violent Appe/ aux armes, le joli groupe du ?rzntemps, c'est Eve peureuse et désolée s'apercevant qu'elle est nue et sentant en même temps que la pudeur, les flots du désir l'envahir, c'est la Faunesse, c'est le monument Sarmiento, dans lequel, au socle de l’œuvre, Apollon triomphe de l'hydre dans un élan ensoleillé et semble jaillir de

#/: pierre comme l'étincelle du minéral, en trouvaille de lumière,

L'ART ET LE BÉAU

en éclat de force généreuse aussi brillant qu'est puissant le geste héroïque dont Apollon va étreindre l'hydre, c'est la Be/lone casquée du Musée de Lyon, c'est le lent, tête de femme si harmonieuse à la fois et si irritée, toute empreinte d'une violence élémentale. Ce sont les Powgeots de Calais, le Monument de CZaude Lorrain, celle qui fut la Belle Heaumiere, la Porte de l'Enfer encore inachevée.

Mais autour de ces œuvres principales, une foule de groupes, un monde de statuettes, menues comme format (mais qui sont de la grande sculpture car les volumes et les plans étant déterminés, il suffit d'un travail matériel pour leur donner les proportions monumentales), sortent de sa main, et répandent sa gloire. Parmi ces groupes, beaucoup sont à la fois violents et gracieux. Rodin y est fils du XVII siècle, et il y admet parfois des proportions Tanagréennes; mais même quand il est exclusivement délicat de volonté, il met dans ces groupes tout l'élan de sa puissance. C'est /' Enlèvement, ou le mâle soulève de ses bras une femme qui s'est comme blottie en elle-même en un merveilleux raccourci, c'est la violente ÆEmprise, qui jette le mâle, sur la femme. Ce sont des nœuds de Bacchantes qui rappellent par la violence de leur flexions les Femmes Damnées du grand Baudelaire, dont Rodin (très baudelairien) illustra les #ewrs du Mal pour M. Paul Gallimard, le collectionneur, en un volume sans prix. C'est la lassitude d'une femme comblée de sommeil après avoir été éperdue de caresse et de fougue amoureuse dans les bras d’un satyre, c'est ÆVrobé, c'est une cariatide portant sur l'épaule le faix énorme de la douleur humaine. C'est la ruée du satyre sur la femme, la joie féminine, tranquille et coquette après que le vainqueur s'est humilié dans l'élan de sa victoire. L'Eve tranquille fait face en cette œuvre à la Faunesse violente, et les deux féminéités, l’innocente et la furieuse sont transcrites de la même maitrise. /care est projeté du ciel et sa tête va s'écraser dans la poussière en un mouvement frénétique et pourtant si simple et si juste; la fougue de Rodin a donné toute la joie triomphale de la femme de proie, enlevant jeté sur un coin de son épaule, l'adolescent qui sera la source éphèmere de

oibier. ..

ses liesses amoureuses, comme un chasseur emporte le g

les satyres, les faunes apparaissent dans cet art de Rodin, mais

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