‹ Auguste RodinChapitre 14 sur 39 · LA MARIÉE DE VILLAGE · texte numérisé non relu

LA MARIÉE DE VILLAGE

geste éloquent figé dans la matière perdurable, en style de théâtre.

Le premier envoi, l'Aomme au nez cassé, précise que ce nouveau sculpteur ne s'incline pas devant la définition académique du beau et qu'il cherchera le caractère, par dessus tout. ZL’Aomme au nez cassé est exposé aux moment même où l’impressionisme secoue les classes bien pensantes d’un frisson de haine. Le S£-Ÿean Baptiste qui vient après les émeut plus encore, parce que le personnage de la statue marche; dans l'esthétique de l'Institut il eut du bénir ou baptiser, ou se figer en un aspect de sermonnaire ? Le St. Jean de Rodin va et annonce la bonne nouvelle d'un crand geste simple.

Contrairement à l'optique académique qui ne donne le détail d'un corps humain que du côté ou le sculpteur veut, par le geste de son modèle, appeler l'attention, tous les aspects du St.-Jean sont aussi curieusement travaillés que la face. L’exactitude même de ce modelé suscita à Rodin la plus méchante querelle, et ses adversaires’ prétendirent que la statue avait été moulée sur un corps humain. Mr. Léon Maillard, dans son étude sur

Rodin, a fort judicieusement détaillé les raisons qui eussent du

PARMSENSLERB EAU

empêcher de se produire cette ridicule accusation, à savoir surtout qu'un moulage ne peut reproduire d'ensemble les proportions exactes de tout un corps. Mais l'hostilité et l'envie ne choisissent pas leurs arguments d'attaque. Malgré l'improbabilité de l'accusation, Rodin exigea une enquête, et les ennemis durent s'incliner devant la série des études préliminaires que Rodin pouvait montrer à ses détracteurs.

Ces études de détail, Rodin les accumule; les vitrines de son atelier sont pleines d’études partielles, de torses, de mains. Il a avec passion recherché les expressions de la main humaine. II en a fait qui se tordent comme pour saisir le vide, le ramasser et le pétrir, en faire comme une boule de neige et de guignon à jeter sur le passant heureux; il en a fait de formidables, une surtout, qui semble ramper violente, sillonnée de crevasses, tentaculaire, avec un mouvement comme de bête forcée, éclopée, marchant encore contre un invisible ennemi sur son moignon sanglant ; il écrase des doigts avides sous la pesée de la destinée, il a dessiné des mains de joueur, des mains de crabe acharné à saisir l'ombre du destin. Il leur à donné une importance toute

spéciale, à un moment de sa vie, à un moment seulement, car

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